Publicis : Sauvons les Riches - et après ?

Champagne au 133 avenue des Champs-Elysées. Un bonus de 16 millions d’euros, ça se fête ! Les salariés du groupe ont invité Sauvons les Riches et Génération Précaire pour rendre un hommage tout ironique à leur patron, Maurice Lévy. Une publicité dont le géant de la pub, troisième groupe mondial de communication, se serait bien passé.

La direction a beau avoir publié un communiqué justifiant le bonus accordé à son dirigeant, la manoeuvre passe mal - surtout quand ledit patron a fait la morale à tout le monde quelques mois avant.


Marre du "deux poids, deux mesures"
En fait de rassemblement, une petite centaine de personnes. Et pas mal de journalistes. “Les gens ont peur”, confie Monique Tanguy, salariée chez Publicis Consultants. Serge Hoffman, d’info’com-CGT, ajoute : “Les affiches mises par la CGT dans les locaux ou les ascenseurs ont été immédiatement arrachées.” Pour le reste, il est dubitatif : la mobilisation avec Sauvons les Riches et Génération Précaire permet d’attirer l’attention. Mais que va-t-il se passer après ? Les salariés sont peu syndiqués. La direction va essayer de faire retomber l'emballement médiatique.

Le collectif Sauvons les Riches réclame le plafonnement des salaires des très riches à 40 000€ par mois. Rien de tel chez les salariés de Publicis. Ils trouvent le bonus exorbitant. Mais sont surtout choqués par le “deux poids deux mesures”.

Côte direction, le groupe dit ne pas avoir de grille de salaire et appliquer la grille de la convention collective nationale des entreprises de la Publicité. Il prétend privilégier les augmentations au mérite. Pour le patron, 16 millions d’euros de bonus. Pour les salariés, pas d’augmentation salariale depuis deux ou trois ans, parfois plus, précise Cécile Capin, déléguée syndicale info’com-CGT chez Mundocom, une filiale de Publicis. Techniciens de maintenance, standardiste, gestionnaire du parc automobile : ils gagnent entre 1400 et 1700 euros net par mois.

Sans compter les contrats précaires : “Dans des entités du groupe, le pourcentage de stagiaires atteint 35% à certaines périodes de l’année”, affirme Eric Diemer, délégué info’com-CGT chez Publicis Consultants.

gagner du temps
Maurice, descends ! Ton bonus est indécent !” En fait de Maurice, c’est plutôt Benoît qui répond présent mardi : le DRH du groupe, Benoît Roger-Vasselin, et le Secrétaire général, Mathias Emmerich, acceptent de recevoir les 6 délégués syndicaux CGT.

De retour sur le trottoir une demi-heure plus tard, les délégués syndicaux CGT annoncent que l’ouverture des négociations salariales est prévue la semaine prochaine. FO et la CFTC y seront associées, même si elles sont restées en retrait ce mardi.


Les invités indésirables partent. Sur le trottoir mouillé, les confettis restent. Quelques salariés sortent pour leur pause cigarette. Pas vraiment désireux de s’épancher. “Nous, on n’était pas à la manif. Parmi les grands patrons, il n’y a pas de raison d’attaquer en particulier Maurice Lévy. Et puis, toute cette polémique arrange aussi les autres agences de com’.

Mais les langues finissent pas se délier. “On pourrait parler, mais on ne travaille pas dans la fonction publique... 16 millions d’euros, c’est sûr, c’est indécent. Mais ce qui nous choque le plus, c’est l’écart entre ces 16 millions et le discours qu’on nous tient depuis deux ans : il n’y a pas d’argent pour des augmentations salariales, et pas d’argent pour remplacer le matériel informatique.” Et les négociations salariales obtenues dans l’après-midi ? “Ha ! ha ! Ça, ça n’arrivera jamais. C’est ce que la direction dit pour gagner du temps.”

Jointe par email, la direction de Publicis parle d’une rencontre pour aborder “les négociations annuelles obligatoires (NAO) actuellement en cours dans certaines agences” et non l’ouverture d’une nouvelle négociation salariale au niveau du groupe.

La prochaine bouteille de champagne pourrait être débouchée par Maurice Lévy lui-même : quand il se sera débarrassé de ces salariés intempestifs.

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Commentaires

22.05.2012 / 16h03 Dellage Richard

Bonjour,
Puis-je vous demander ce qui est arrivé depuis votre manifestation, les salaires ont il fait un petit pas en avant ? y a t il des départs de gros salaires ou de petits ? Plus ou moins de stagiaires mal rémunérés ?


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