Les hommes dégagés du cortège
18h00 : Le cortège se met en branle. Les corps paralysés par le froid vont pouvoir se réchauffer. La Clio et son ampli sont en tête, devancés par une voiture de police qui ouvre la route. Suivent une banderole, des écriteaux et bien sûr, les manifestantes. La confrontation avec les journalistes mâles venus couvrir l’événement et avec les passants va révéler l’incompréhension quant à la non-mixité de la Marche de Nuit. La présence d’hommes n’est pas souhaitée – interdite pour le dire franchement. Un homme venu faire son travail (il est journaliste pour une agence de presse) est tout simplement éjecté de la manifestation. S’en suit une discussion polie mais ferme entre le recalé et une jeune femme du groupe. Le journaliste argumente: « Je suis venu prendre des photos d’une manif féministe ». La raison de sa présence est secondaire, le nœud du problème se trouve ailleurs : c’est un homme. « Il y a des flics hommes, vous allez les virer? », interroge-t-il d’un ton rageur. « On ne veut pas d’hommes ! Si la manif est non-mixte, c’est pas pour avoir un cordon de mec autour », rétorque la fille, fluette, du service d’ordre. Ambiance. « Si on a décidé d’être non-mixte c’est aussi pour se définir en tant que femmes, sans hommes autour », renchérit-elle. Tandis qu’une passante se prononce en faveur de cette manifestation car elle estime qu’il y a encore du chemin à parcourir vers l’égalité, elle ne comprend pas le pourquoi de la non-mixité.
« Debout femmes esclaves »
Un peu plus loin, un passant s’exclame: « c’est comme si parce que je suis pas homo, je pouvais pas participer à la Gay Pride ! Ça n’a pas de sens ». Pour justifier cette non mixité, des manifestantes avanceront qu’elles veulent « montrer que l’on peut se battre nous même » et que «quand les hommes sont là, on ne peut pas parler à cœur ouvert ». Un tract distribué pendant la manifestation se veut plus précis : le soir les femmes sont des victimes, des proies faciles, le fait de manifester de nuit, sans hommes, met la lumière sur ce constat.
Le cortège va marcher jusqu’à Hôtel de ville, où l’arrivée est prévue pour 22h. Résonnent des chansons comme « Maneater » de Nelly Furtado, « Think » d’Aretha Franklin, ou encore l’hymne du MLF (Mouvement de libération des femmes) dont le refrain donne le ton : «Debout femmes esclaves, Et brisons nos entraves, Debout, debout, debout ».
Sur le chemin, des militantes, armées de pochoirs et de bombes de peinture, sont chargées de tagger sur les murs et les trottoirs les slogans récités pendant la manif : « de l’air, de l’air, féministes solidaires, ouvrez les frontières ! », pour soutenir les femmes sans-papiers. « Ne me libère pas, je m’en charge ! » reflète la lutte contre le patriarcat. « Comment séduire un homme, on s’en fout ! », pour dénoncer les codes de conduites attribués à chacun des sexes, en l’occurrence au sexe féminin. Ou encore: « les filles sages vont au paradis, les autres vont là ou elles veulent ».
Commentaires
Pas de commentaires