L’Atelier Parigot, la marque de fringues d’extrême droite recommandée par Télérama

L’Atelier Parigot, la marque de fringues d’extrême droite recommandée par Télérama

Les nationalistes-swags ont maintenant leur boutique dans le 18eme

Cristina Cordula | News | par | 23 Septembre 2016

L’Atelier Parigot, la marque de fringues d’extrême droite recommandée par Télérama

Sympathisants du GUD, de Génération Identitaire ou de l’Action Française… Le gratin de l’extrême-droite radicale porte les T-shirts de l’Atelier Parigot, la marque de sapes qui reprend les codes nationalistes de manière « subtile ».

Des T-shirts à l’effigie de Jeanne d’Arc tenant une kalachnikov. Des hoodies avec la déclaration des droits de l’homme en rouleau de PQ. Des débardeurs « impossible n’est pas Français » assortis d’une fleur de lys. Bienvenue dans la boutique de l’Atelier Parigot, la nouvelle marque de fringues qui cartonne chez les fachos.

La fachosphère fait la pub de la marque

Avec sa décoration épurée, l’Atelier Parigot ressemble à n’importe quel shop à la mode du 18e arrondissement. Pourtant, c’est bien sur la fachosphère que la marque parisienne s’est fait connaître. Sur Twitter, la pin-up° et militante nationaliste Electre pose avec leur t-shirt de Jeanne d’Arc. « #AtelierParigot représente ! Génération Jehanne ! » commente-t-elle.


Paris Fierté, la section locale de Génération Identitaire, y va aussi de son big up. « Si t’es parigot, passe à l’atelier ! » vante le compte Twitter du groupuscule en renvoyant vers la page Facebook de la marque.


De Vincent Vauclin, animateur du groupuscule La Dissidence française, en passant par Stéphane Blanchonnet de l’Action Française et Logan Djian du Gud, c’est tout le gratin de la droite radicale qui se retrouve sur la page Facebook de L’Atelier Parigot. Une notoriété qui traverse même l’Atlantique puisque que le site américain Radix – qui se spécialise dans la « défense de l’homme blanc » – recommande ses créations dans un article consacré aux marques identitaires en Europe.

Le rat noir, les Karens et Louis-Ferdinand Céline

Dédicace au GUD

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Des fachos, l’Atelier Parigot ? « Nous n’avons aucune couleur politique. Nous ne demandons pas à nos clients quel parti politique ils soutiennent », balaie d’un revers de main Angelo Seminara, le boss de la boutique. Sur les présentoirs, des polos siglés d’un rat noir, le symbole du mouvement d’extrême droite le Gud. Le créateur se justifie :

« Il existe aussi un modèle avec un rat blanc. Et puis le rat, c’est un symbole de Paris. »

Et ce T-Shirt à l’effigie de Louis-Ferdinand Céline ? « Nous faisons tout type de t-shirt », continue l’Italien. Sur son comptoir, un prospectus fait la promo d’une conférence consacrée au peuple Karen. Cette minorité chrétienne persécutée en Birmanie a reçu tout au long des années 1990 l’appui de mercenaires d’extrême droite…

Un succès jusque dans les colonnes de… Télérama !

L’Atelier Parigot joue sur les ambigüités. Et ça marche. Joint par StreetPress un militant nationaliste parisien est enthousiasmé par les créations d’Angelo :

« Ce qui est intéressant, c’est que c’est subtil. Un mec qui passe devant la boutique, qui n’est pas identitaire, ni même de droite, va voir les motifs et sera attiré parce qu’ils sont branchés. Mais peut-être qu’en même temps nos idées feront leur chemin dans son esprit. »

télérama
Télérama « aime beaucoup ». / Crédits : DR.

Investir le champ culturel pour faire avancer ses idées politiques : le concept a été théorisé par le marxiste italien Antonio Gramsci avant d’être remis au goût du jour par l’extrême droite au début des années 1980. Cette fois même Télérama est tombé dans le panneau. L’hebdo recommande la boutique dans son supplément Sortir du 20 décembre 2014. Extrait :

« Inspectez l’Atelier Parigot et ses trouvailles qui jouent sur un esprit canaille sans faire racaille. »

°Edit du 23/09/2016 : Remplacement de “actrice porno” par “pin-up” car Electre a arrêté sa carrière


Droit de réponse

La publication, tant sur votre site que sur votre page Facebook, d’un article mettant si directement en cause Télérama ne pouvait demeurer sans réponse.

Vouloir jouer les « lanceurs d’alerte » est une chose ; le faire deux ans après l’ouverture d’une boutique dont vous n’aviez pas, contrairement à moi, franchi la porte (sinon, pourquoi ne pas avoir alerté votre public dès 2014, avant que le « mal » ne se propage ?) en est une autre.

Vous autoriser ensuite à rédiger un titre sous-entendant que Télérama, par ma plume, recommandait alors sciemment un produit (des T-shirts et autres vêtements) véhiculant des idées d’extrême droite est mensonger et malhonnête. Vous n’avez pas pris la peine de procéder au b.a.-ba du journalisme : la vérification de vos infos. Me passer un coup de téléphone aurait suffi à vous faire comprendre que, non, Télérama n’est pas tombé dans le piège… car de piège il n’y avait pas.

Dans cette toute petite boutique qui venait juste de s’installer dans un quartier très métissé (il ne s’agit pas de la butte bling-bling des Abbesses mais d’une rue qui va… buter sur le boulevard Barbès et le quartier de la Goutte-d’Or, dans un arrondissement connu pour ses persistantes inclinations électorales socialistes), tout signe de provocation nationaliste ou xénophobe sur les articles de mode vendus aurait non seulement signé la faillite de cette implantation (les riverains sont souvent bien plus prompts à réagir que les journalistes !), mais m’aurait forcément sauté aux yeux.

Il n’y avait, à part un goût — que l’on a le droit de ne pas partager — pour le détournement de clichés parigots (ces « têtes de veau » qui font les quatre cents coups) et de répliques gouailleuses, pour les références à des abus de boisson, à l’insoumission…, aucun de ces signes prêts à être récupérés que vous avez — AUJOURDHUI — sélectionnés en illustration de votre article pour faire croire à vos lecteurs qu’il s’agit de ceux que Télérama trouvait (dans sa grande naïveté ou sa grande duplicité, ainsi que vous l’insinuez) simplement « canailles ».

Heureusement, ceux qui apprécient notre magazine en connaissent trop bien la probité pour être tombés dans le panneau… Et là, je ne parle pas tant de l’Atelier Parigot que de l’utilisation inappropriée de mes propos et du reflet déformé que vous en donnez.

Sophie Berthier



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