Sept militants au tribunal pour avoir barbouillé des panneaux publicitaires

Sept militants au tribunal pour avoir barbouillé des panneaux publicitaires

Les déboulonneurs veulent faire de leur procès celui de la pub

Antisocial | Reportages | par | 12 Octobre 2016

Sept militants au tribunal pour avoir barbouillé des panneaux publicitaires

Christine et ses potes n’aiment pas les pubs et l’ont fait savoir. Au cours d’une manif, ils ont inscrit « la pub tue » et autres slogans sur 6 panneaux publicitaires de la Gare de Lyon. Pas vraiment du goût de la SNCF qui s’est portée partie civile.

TGI de Paris – A la barre, Christine, honorable vieille dame aux lunettes rondes et cheveux poivre et sel, a le verbe haut. En ancienne avocate, elle distille les bons mots pour le plus grand plaisir des badauds qui assistent à l’audience. « Que faites-vous dans la vie ? » interroge la présidente :

La pub tue

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« Je suis artiste et dessinatrice de presse. Et en toute cohérence, je dessine dans une presse sans publicité. »

Le 2 mai 2015, la militante anti-pub a taggué à la peinture orange « La pub tue », sur un panneau publicitaire de la Gare de Lyon. Après les présentations, la présidente passe à l’examen des faits :

« Vous reconnaissez avoir dégradé ce panneau ?

– Non. J’ai écrit une vérité sur de la pub, qui est par définition un mensonge. Je ne dirais pas que j’ai dégradé ce panneau. Je l’ai plutôt regradé. »

Eclats de rire dans la salle. Et réaction immédiate de la présidente, amusée :

« Mais vous connaissez la sécheresse du code pénal, maître. C’est beaucoup moins bucolique. »

Le 22e procès des déboulonneurs

Le jour de son barbouillage, Christine n’est pas seule. Les déboulonneurs, un collectif anti-pub, organise un rassemblement. À la Gare de Lyon, ils sont une trentaine à manifester leur opposition à la pollution publicitaire. Pendant que certains haranguent la foule, mégaphone au poing, d’autres militants distribuent aux voyageurs des tracts, quand les derniers taguent. Six panneaux sont barbouillés par des slogans comme « La pub tue nos rêves » ou « Liberté de réception ».

« Est-ce que vous faites attention au type de publicité avant d’écrire dessus ? » interroge l’avocat de la SNCF, partie civile dans ce dossier. A la barre, Betty, l’une des prévenues, répond calmement tout en jetant des regards noirs au baveux :

« Si ç’avait été une pub pour un bien culturel, j’aurais hésité. A la Gare de Lyon, je me souviens d’une pub pour une grande enseigne de mode féminin. »

Le lendemain, un article d’un blog de Mediapart relate l’action des activistes, explique l’avocat. Parmi les publicités barbouillées, de nombreuses affiches issues de campagne de prévention de la SNCF pour la propreté en gare. Un argument que la défense balaie : les publicités défilent sur ce type de panneaux numériques, particulièrement visés par les déboulonneurs.

Ils veulent faire un procès politique

Rapidement, la police intervient et interpelle sept personnes sous un tonnerre d’applaudissement. « Le procès verbal retranscrit assez mal la délicieuse ambiance de cette action » se désole Henry, l’un des prévenus, grand mec à l’air goguenard. La présidente rebondit :

« Oui, vous n’aviez pas l’air traumatisé par votre interpellation. »

L’audition des déboulonneurs s’enchaîne à un rythme soutenu. C’est au tour de Raphaël, trentenaire bien mis au pull bleu, de s’y coller. « Lui, il a proposé d’aller lui-même au comico’ » rigole la présidente à la lecture du PV. « Je voudrais ajouter que ces panneaux publicitaires sont un danger » tente le jeune comédien. « Ah ça, c’est votre opinion, ça n’a rien à faire dans une procédure pénale » coupe d’emblée la magistrate.

L’avocate des déboulonneurs intervient. Elle invoque le droit des prévenus à justifier leur action et à faire passer leur message. La présidente minimise :

« J’ai cru comprendre qu’il n’aimait pas la publicité. Mais moi, je n’ai que 6 panneaux détériorés. Il faut ramener ce procès dans de plus juste proportion. »

Même topo lorsque Henry tente d’évoquer les dangers de l’exposition prolongée à la publicité. La magistrate fait la leçon :

« Cela ne concerne pas ce qui vous est reproché. Si vous voulez vous exprimer, il y a des médias pour ça. »

anti-pub pollution
Pièce à conviction. / Crédits : CC

Les dangers de la pub

L’avocate de la défense appelle Isabelle à la barre. Elle a 44 ans et est diététicienne. La baveuse l’interroge :

« Compte-tenu de vos connaissances, pouvez-vous nous dire les dangers que représentent la publicité ? »

Et la jeune femme au poncho d’embrayer. L’obésité, la mise en avant de représentation sexiste, la promotion de l’extrême maigreur comme canons de beauté :

« On parle de matraquage : c’est difficile de s’affranchir de la pub. On la retrouve partout. »

La salle, acquise à la cause des Déboulonneurs, acquiesce. La présidente souffle, les yeux dans le vide.

De 300 à 400 euros d’amende

« Dans ce dossier, la SNCF est la victime » tonne l’avocat de l’entreprise publique, lors de sa plaidoirie. La mine grave, il sermonne les prévenus :

« Bien sûr, il n’y a pas eu de violences physiques. Mais ce rassemblement c’est quelque chose de violent pour les usagers. Dans ce type d’attroupement, il peut y avoir des dangers, des confusions, des tensions. »

Il demande un euro de dommages et intérêts symboliques ainsi que 1.500 euros pour les frais de procédures. La procureure va dans le même sens et requiert entre 300 et 400 euros d’amende pour les prévenus.

De son côté, l’avocate de la défense plaide la relaxe. Les déboulonneurs n’ont commis aucune infraction, puisque, selon elle, les panneaux sont en parfait état aujourd’hui. En conclusion elle rappelle :

« Les déboulonneurs n’ont pas pour but de dégrader mais bien de porter un message. Ce ne sont pas des ayatollah anti-pub. »

Verdict le 9 novembre.


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