Ukraine : le girls band d’extrême droite Les Brigandes en voyage dans le Donbass

Ukraine : le girls band d’extrême droite Les Brigandes en voyage dans le Donbass

Tourisme de guerre et comptines anti grand remplacement

Les Choristes | Infos StreetPress | par | 24 Novembre 2016

Ukraine : le girls band d’extrême droite Les Brigandes en voyage dans le Donbass

À la mi-octobre, Les Brigandes, le groupe de musique préféré de la fachosphère, s’est offert un séjour dans le Donbass. Une opé de propagande rondement menée par l’autoproclamée République populaire de Donetsk.

Clip La visite des Brigandes

Face au balcon où les séparatistes pro-russes ont proclamé unilatéralement la République populaire de Donetsk (DNR), un petit groupe de touristes français écoute attentivement les explications de leur guide. Carte à l’appui, ce dernier leur assure que la région a toujours été russe. « Ce sont les communistes qui ont construit l’Ukraine. Tous les nationalistes devraient être pour son démantèlement », martèle l’homme à la casquette de grand-père.

Les brigandes, girls band d’extrême-droite

Antoine et Roxane écoutent avec attention ce cours d’histoire revisité. Tous deux sont membres du groupe de musique folklorique d’extrême-droite les Brigandes. Du 16 au 22 octobre, les deux compères, et un troisième visiteur, ont sillonné le Donbass, du centre-ville décrépis de Donetsk à Lougansk. Sur place, les huiles du coin leur ont déroulé le tapis rouge, tandis qu’une cadreuse filmait leurs moindres faits et gestes. Normal : le voyage était organisé par le service de presse de la République autoproclamée…

Ce n’est pas la première fois que les Brigandes, le girls band le plus couru de la fachosphère, fait parler de lui. Sur la toile, leurs chansons politico-folkloriques sont vues plusieurs centaines de milliers de fois. Dans leur viseur ? Les antifas, les juifs, les migrants, les médias et les hommes politiques… Le groupe a même été invité à jouer au congrès de la revue Synthèse Nationale devant un parterre de pontes de l’extrême-droite la plus radicale : Jean-Marie Le Pen, Serge Ayoub ou Roland Hélie…

Tourisme de guerre et propagande

Dans une vidéo publiée au lendemain du départ des Brigandes, Christelle Néant, une Française qui collabore avec le bureau de presse de la République autoproclamée, se réjouit du passage de ces VIPs. C’est elle qui a organisée leur voyage :

« Tous ont été très contents de leur visite. J’espère que ce petit groupe ouvrira la voie à des groupes plus importants. »

Un voyage qui n’a rien d’anodin. Comme StreetPress l’expliquait dans une enquête publiée en août dernier, les séparatistes pro-russes se lancent dans le tourisme de guerre. Le but ? Médiatiser leur cause et rallier des soutiens. Les célèbres Brigandes sont donc une belle prise pour eux.

Antoine interviewé par l’agence de presse du Donbass

brigandesdonetsk2.png

Quand elles ne vont pas à la rencontre des séparatistes pro-Russes, les Brigandes résident près de Béziers. Comme l’expliquait un excellent article de Rue89, le groupe vit dans une communauté « antimondialiste » menée par Joël Labruyère, un gourou de 68 ans. Tous les clips du girls band sont tournés dans ce cadre bucolique, tout comme les émissions politiques, « Radio Brigande », que le band diffuse sur sa chaîne YouTube. Sur un simili plateau télé, Antoine, présenté comme le nouveau leader de la bande, accompagné d’une ou plusieurs Brigandes, opinent sur l’état de la presse en France ou déclare sa flamme à Vladimir Poutine. Et en russe, s’il vous plaît. « Ils feront une émission consacrée au Donbass », pérore justement Christelle Néant, dans son compte-rendu du voyage.

Les Brigandes, interview sous conditions

Contactées par StreetPress, Les Brigandes confirment s’être rendues dans le Donbass et préparer un mini-doc sur leur voyage à Donetsk. Par contre, pas question de répondre à nos questions sur leur périple sans poser une ou deux conditions. En plus d’un lien dans notre article renvoyant vers l’émission « Radio Brigandes / spécial Donbass », elles exigent une attestation sur l’honneur signé de notre main certifiant qu’il n’y « aura aucun commentaire visant à nous coller des étiquettes condamnables par la loi » :

« Votre engagement idéologique étant différent du nôtre, nous sommes fondés d’exiger cette petite précaution. »

Nous avons décliné poliment.

Contactée par StreetPress, Christelle Néant a refusé de répondre à nos questions.