Non, les réfugiés n’immigrent pas dans un pays pour les allocs

10 Janvier 2017

par François Gemenne, Chercheur à Sciences Po et à l’université de Liège, je travaille sur la gouvernance des flux migratoires et la géopolitique de l’environnement.

Le mythe de l’appel d’air, relayé par la droite et le FN, tourne en boucle: meilleures seraient les conditions d’accueil des migrants, plus ils seraient nombreux à venir. Sauf que c’est complètement faux !

En France, beaucoup de gens pensent que le nombre de migrants qui arrivent dans un pays dépend directement des conditions d’accueil dans ce pays. Améliorer les conditions d’accueil attirerait massivement les migrants : on appelle ça « l’appel d’air ». C’est une idée qui a fait son trou dans l’opinion publique européenne. Elle est agitée par l’extrême droite, et logiquement poussée par certains gouvernements pour justifier l’absence d’une politique d’accueil des migrants, ou même des réfugiés.

Pourtant, on sait parfaitement que ce n’est pas le niveau d’allocations sociales, ou les conditions d’hébergement qui déterminent le choix d’une destination pour les migrants.

Le mythe de l’appel d’air

Le choix du pays de destination obéit en réalité à trois critères principaux : la présence dans le pays d’autres membres de leur famille ou de leur communauté, les opportunités de travail et la connaissance de la langue du pays.

C’est pour cette raison que l’Angleterre reste une destination préférée des migrants : le pays a accueilli de nombreux migrants de toutes origines, le marché du travail y est beaucoup plus flexible qu’en France, avec notamment beaucoup de travail au noir, et l’anglais est une langue communément parlée par les migrants.

« Penser que les gens migrent parce qu’une frontière est ouverte, c’est méconnaître les causes des migrations. »

François Gemenne

Le mythe de la frontière

Une autre idée reçue concerne la fermeture des frontières: le degré d’ouverture d’une frontière ne constitue en aucun cas un déterminant des migrations. Penser que les gens migrent parce qu’une frontière est ouverte, c’est méconnaître les causes des migrations. Les gens migrent pour sauver leur vie ou pour nourrir leur famille, pour fuir des violences, des persécutions, des catastrophes naturelles… Jamais une frontière fermée ne fera renoncer quelqu’un à sa migration.

La fermeture des frontières, par contre, a un coût financier considérable. Le contrôle des frontières extérieures de l’Europe a coûté 13 milliards d’euros, au bas mot, depuis 2000. Dans le même temps, les migrants et les réfugiés ont dépensé 15 milliards d’euros pour payer les passeurs.

« On vit aussi dans ce mythe de la France terre d’asile. C’est une légende urbaine. »

François Gemenne

Il n’y pas d’accueil

On vit aussi dans ce mythe de la France terre d’asile. C’est une légende urbaine ! La France n’est pas du tout le pays le plus demandé en Europe. En 2016, la France a reçu 100.000 demandes d’asile, 20% de plus qu’en 2015. A titre de comparaison, la Belgique, qui compte six fois moins d’habitants, a reçu 35.000 demandes en 2015, contre 80.000 pour la France cette année-là. Rapporté à sa population, c’est la Suède qui accueille le plus de réfugiés en Europe.

La vérité, c’est qu’il n’y a pas de véritable politique d’accueil en France, et que les gouvernements, de gauche comme de droite, ont depuis longtemps adopté une politique strictement managériale en la matière, qui consiste surtout à essayer d’en faire le moins possible.

Edité par Tomas Statius
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