Dans mon immeuble, les asiatiques se font agresser et je ne peux pas déménager

14 Mars 2017

par Philippe, 31 ans (prénom modifié). Lui et son épouse sont salariés dans le textile. Ils ont deux enfants et vivent à la Courneuve (93).

Philippe est bloqué dans un appartement qu’il a acheté en 2012. Dans son immeuble à la Courneuve, il y a eu 12 agressions en un weekend. Les asiatiques comme lui sont les premières victimes. Enchaîné par un crédit, il ne peut vendre son appart.

En 2012, j’ai acheté un appartement de 80 m2 pour 200.000 euros à La Courneuve (93). Nous nous sommes lancé dans cette aventure immobilière avec mon épouse car malgré nos deux salaires on habitait jusque là dans un 27 m2 insalubre, avec des fuites, des moisissures et des câbles électriques apparents.

C’était déjà à La Courneuve. La situation devenue intenable avec l’arrivée de notre second enfant et nous avons décidés de devenir propriétaires.

Je suis endetté sur 25 ans

Pour acheter mon appart, je me suis endetté sur 25 ans. Soit l’équivalent d’un loyer mensuel de 800 €. Rien de bien surprenant, tous ceux qui achètent des logements font ça. Sauf qu’en 5 ans, mon logement a perdu énormément de sa valeur, je ne pourrais pas le revendre au prix que je l’ai acheté.

Nos voisins Algériens ont revendu le leur récemment, ils ont perdu 40.000 euros par rapport au prix d’achat et de leurs travaux. Ils ont vendu à perte ! Du coup, impossible pour notre famille de quitter cette résidence à quelques pas de la mairie de La Courneuve.


«Nos voisins Algériens[…]ont perdu 40.000 euros par rapport au prix d’achat. Ils ont vendu à perte »

Philippe, habitant de La Courneuve

Pourtant nous voulons partir d’ici. La violence, et encore plus la violence contre les asiatiques minent notre quotidien. Et puis, partir mais où ? Tout est hors de prix en Île-de-France…

Tout a commencé avec une panne d’éclairage

Il y avait un problème d’éclairage dans notre hall. On traversait à l’aveugle sans distinguer grand chose. Ça n’a pas traîné, à peine ma femme et moi installés, mon beau-frère venu nous rendre visite s’est fait agresser et frapper par des agresseurs qui ont détallé. Courageux comme ils sont…

On a commencé à faire très attention avec mon épouse. Depuis ce jour, on a compris où nous étions.

Et ça a continué comme cela longtemps. Quatre mois exactement. Quatre longs mois pour réparer ces fichues lumières, durant lesquels tous nos voisins ont été aussi agressés.
Nous faisions en sorte de rentrer ensemble avec ma femme et les enfants pour ne pas être seuls. Car ils sont à l’affût de victimes seules, faibles et isolées.

12 agressions en un week end

Ça ne s’arrêtait pas, aucun répit pour nous. Nous sommes des cibles faciles pour eux. Il y a un an, le pic de violence est même monté jusqu’à 12 agressions en un week end. Cela se passait en bas de chez nous, même en pleine journée. Les agresseurs vous arrachent votre téléphone ou votre sac et s’enfuient.


«Il y a un an, le pic de violence est même monté jusqu’à 12 agressions en un week end. Cela se passait en bas de chez nous, même en pleine journée»

Philippe, Habitant de La Courneuve

Sept ou six victimes seulement avaient portés plainte. Voilà nos vies. La peur de se faire agresser en rentrant chez nous en plus des dégradations des parties communes par ces lâches qui n’habitent même pas ici.

Ils sont plus violents quand ce sont des Chinois ou des Cambodgiens

Même si tout le monde est victime de ces agressions, j’ai remarqué que lorsque ce sont des Chinois, ou des personnes que les agresseurs jugent comme tels, en plus de l’arrachage de sac Il y a un degré de violence supplémentaire et gratuit.

Un monsieur cambodgien s’est fait fracasser, le pauvre. Il est tout petit donc il a du mal à se défendre. Dans un ascenseur on lui a demandé de donner son argent et il a été salement passé à tabac. Il était incroyablement gonflé au niveau du visage.

Un autre monsieur a été envoyé à l’hôpital, un autre s’est fait suivre chez lui. S’il n’avait pas résisté la personne serait rentrée dans son appart.

Pour la police c’est notre faute, on n’a qu’à partir

A l’époque de l’ancien commissaire, quand on allait au commissariat de La Courneuve on était mal reçus. Des fonctionnaires nous disaient « pourquoi vous restez là vous n’avez qu’à déménager ». C’était limite notre faute si on se faisait agresser. Nous n’étions pas reçus comme des victimes.


«Des policiers nous disaient « pourquoi vous restez là vous n’avez qu’à déménager ». C’était limite notre faute si on se faisait agresser.»

Philippe, Habitant de La Courneuve

Une vie de travail pour rembourser le crédit de mon logement qui perd de sa valeur

Je ne suis jamais parti en vacances depuis des années. Tout ce qu’on doit économiser on le met dans l’appartement. Même en vacances, je reste sur Paris. Il faut rembourser notre crédit.
Aujourd’hui notre bien a perdu 30.000 €.

Si on parvient à vendre tout en récupérant un minimum des frais qu’on a déjà déboursés ca veut dire 20.000 €, on signe de suite et on part ! Mais soyons réalistes : 220 000€, un appartement dans ce quartier et avec cette violence… c’est impossible à ce prix là aujourd’hui.

On occupe le terrain

La solution en fait ce n’est pas de partir mais d’améliorer la situation dans notre quartier. Nous-mêmes. On a créé une association avec nos voisins de la copropriété et ça s’arrange doucement. On donne des cours de francais. Maîtriser la langue c’est une manière de mieux se défendre.

On se retrouve donc en bas dans un local, en plus des cours on propose des jeux de cartes, on raconte nos petites misères. Tous les soirs on est là ensemble, c’est convivial, on occupe les lieux.

Propos recueillis par Aladine Zaïane