PARTIE 2: Ouh la
19h16 Tout le monde, à part moi, Géraldine, Nadège et Sophie, trois aspirantes locatrices de 25 ans. La maîtresse de maison a eu le temps de claquer la porte de l’appart et de nous enfermer à double tour: « Je vais appeler les flics.» « Mais madame on est juste venues visiter l’appart!» dit Sophie. « Vous êtes des menteuses, menteuses, menteuses!» nous accuse la proprio qui du coup nous garde en otages. Rapide coup d’œil sur les dégâts de la soirée improvisée: à part quelques confettis par terre et dans les cheveux de la taulière, tout est à l’identique.
19h18 Le fils de la proprio débarque. 35 ans, grand, veste bleu marine. Il boxe un mec devant la porte puis referme à clef l’appart. Il frappe aussi sa mère, avant de courir à la fenêtre: « Je vous donne 200 euros si vous m’en chopez un!» hurle-t-il aux gars du quartier qui sont en bas. Merde. Il me fonce dessus et me soulève à un mètre du sol, il a des grosses cernes et mesure 30 cm de plus que moi. Il me donne un coup de poing. Ouh la. Il me repose. Ca finit en coups de pieds dans les murs. On est au quatrième étage, pas moyen de sauter. Je viens de me rappeler que je porte en ce moment même une perruque jaune poussin sur la tête. Je tente un : « Nous allons porter plainte pour séquestration et coups et blessures.» Aucune riposte pacifiste.
19h22 Dissolution de l’espace temps. Une minute = une heure. Je range ma caméra discretos. Ne pas parler, ne pas bouger.
19h25 Le père de famille arrive. Il ouvre la porte, on s’enfuit toutes comme des poules poursuivies par un renard. Fin du cauchemar.
19h26 Dans les escaliers, j’entends « c’est des psychopathes, faut pas louer cet appart ». La voisine du dessous, une dame âgée alertée par les cris avoue: «Vivement qu’on loue cet appart j’en peux plus, ils sont fous». En bas, le collectif nous attend. La proprio continue de hurler. Le fils nous poursuit dans les escaliers. « Tout le monde est là ? » « Allez on se tire » crie Victor.
19h30 « C’est la première fois que ça nous arrive » dit Julien Bayou, fondateur du collectif et conseiller régional pour Europe Ecologie. « Sauf une fois où un vieux a boxé une nana de Ouï FM.» Il est désolé de ce qui s’est passé, c’est sûr c’est embêtant pour un collectif qui se définit comme non violent.
PARTIE 3: Ouf, un after
19h32 En cœur: « Alllez on va tous boire un coup à la Péniche Antipode, on a un excellent champagne.» Une danse est improvisée par tout le collectif dans la rue, avec toujours Disco King aux platines.
20h00 Sur la péniche, c’est bonne ambiance. Victor avoue son véritable âge; 37 ans, il a donc pris dix ans en une heure.
Christophe bosse comme architecte mais a pas mal étudié le droit pour Jeudi noir. « Le problème, c’est que l’appart était occupé, ça arrive jamais. Ils peuvent porter plainte pour violation de domicile,et même si c’est eux qui nous ont ouverts, ça peut quand même passer pour une manœuvre de notre part. Bon la plupart du temps, comme il n’y a pas de dégradation et aucune violence, il ne se passe rien. Une fois, un gars a porté plainte, les flics nous on dit : ‘ça part direct au parquet de corbeille’.»
A l’arrière de la péniche, Disco King se démaquille, enlève sa perruque, ses lunettes, son patte d’éph. Sous le costume, un jeune homme pimpant de 29 ans « superviseur télé à Disney TV.» Que pense-t-il du mouvement des Indignés? « Les Indignés c’est chiant. C’est trop frustrant en fait. Nous on fait des actions rapides, ce qu’on veut c’est faire la fête, et avoir un impact direct. Avec les Indignés, il faudrait 2.000 ans avant de pouvoir faire avancer les choses.»
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