Quand l'Iran débranchera ses habitants de l'Internet

Quand l'Iran débranchera ses habitants de l'Internet

La République Islamique va lancer ce week-end son «Internet national»

3615 Ahmadinedjad | News | par | 22 Septembre 2012

Quand l'Iran débranchera ses habitants de l'Internet

Ce weekend, l'Iran lance son « Internet national », un Intranet géant censuré et pour l'instant réservé aux fonctionnaires et agences gouvernementales. Mais qui sera bientôt ouvert aux particuliers. Avant de leur couper l'accès au WWW ?

Imaginez un monde où chaque pays aurait son propre Internet. En Chine, vous surferiez sur un Internet chinois, en Birmanie sur un Internet birman et ainsi de suite. Pour Lucie Morillon de Reporters Sans Frontières, on n’en est pas si loin que ça, puisque les régimes répressifs poussent de plus en plus « vers une balkanisation de l’Internet ».

séparer le réseau interne du réseau mondial C’est ce weekend que l’Iran va propulser son « Internet national ». Au début du mois de septembre, le ministre des télécommunications iranien en avait fait l’annonce officielle. Reza Taghipour avait promis son avènement pour aujourd’hui, le samedi 22 septembre :

« La première phase du réseau national d’information, qui consiste à séparer le réseau interne du réseau mondial, a été achevée (…) Dans le totalité du pays, les deux réseaux Internet, le réseau mondial et le réseau national d’information, seront accessibles. »

Le Washington Post s’est procuré il y a quelques jours un rapport de chercheurs américains de l’université de Pennsylvanie qui atteste de l’existence d’un réseau de communication indépendant, avec des versions dédiées de sites gouvernementaux iraniens, et des solutions de filtrage opérationnelles.

souveraineté électronique ou balkanisation du web Cet internet réservé aux Iraniens, Téhéran le justifie par des raisons de sécurité. Le pays a subi des attaques informatiques répétées et prétend défendre la souveraineté de ses communications électroniques : Sur l’internet national, les communications ne transiteront pas par des serveurs étrangers. Le blogueur Amir Taheri y voit ainsi une saine avancée vers plus d’indépendance électronique pour son pays :

« La crainte, c’est que la nation qui a créé Internet et qui détient le pouvoir de l’éteindre, pourrait un jour utiliser ce levier pour couper l’Iran du reste de l’internet mondial. »

« Dans le totalité du pays, les deux réseaux Internet, le réseau mondial et le réseau national d’information, seront accessibles »

Un webmail géré par les autorités Dans un premier temps, ce sont toutes les administrations du pays, environ 42.000 bureaux qui vont être connectés à l’Internet national iranien. Le réseau sera ensuite ouvert aux particuliers, qui peuvent par exemple déjà créer leur adresse mail sur un webmail géré par les autorités. Pour créer son compte, il faut renseigner nom, prénom, adresse et numéro de carte d’identité… « Les autorités tentent ainsi d’éradiquer en amont l’anonymat en ligne », s’agace Reporters Sans Frontières. Pour l’ONG, à terme la population iranienne pourrait « être cantonnée à l’Internet national tandis que le gouvernement et les institutions bancaires et financières conserveraient la capacité de se connecter au réseau international ».

Avis aux autocrates de tous poils, mettre en place un Intranet géant, à l’image de l’Internet national iranien est assez simple à réaliser. « Ca n’a rien d’extraordinaire », s’amuse un administrateur réseau contacté par StreetPress. Concrètement, un Internet national repose sur une reprise en main du système de gestion des DNS pour les noms de domaine en .ir pour lesquels on ne transitera que sur des serveurs basés dans la République islamique. L’autre volet, c’est de créer un portail captif, qui décide des URL qui sont autorisées, sur le principe des logiciels utilisés pour les hotspots dans les hôtels, par exemple.

L’Iran ne serait pas le premier pays à proposer un réseau fermé pour ses citoyens tout en conservant l’accès au WWW pour le pouvoir et les échanges commerciaux. Lucie Morillon de RSF cite en exemple le cas de la Birmanie :

« En 2010, la junte à lancé son nouvel Internet, avec trois fournisseurs d’accès à internet distincts: Un FAI pour la population évidemment censuré, un autre pour le gouvernement et encore un autre pour l’armée. De sorte qu’ils se réservent la possibilité de débrancher la population sans que cela ne perturbe les communications de l’armée.»

Reporters Sans Frontières annonce que les experts de l’ONG multiplieront les tests sur le réseau iranien pendant le weekend.


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