Justement, quelle est la personne la plus inattendue que vous ayez
rencontré comme ça ?
D.P. : Jonny Makeup . Un personnage génial, très attachant. Au premier abord il est déboussolant. On l’avait déjà rencontré en tournant « J’y étais » (l’émission qu’on fait avec Julien sur Konbini depuis 2 ans). On l’avait rencontré au défilé de Jeremy Scott et on avait vraiment eu un coup de cœur. En enquêtant pour rencontrer Dov Charney (l’un des plus important personnages de notre film et patron d’American Apparel), on s’est aperçu que c’était lui l’attaché de presse d’American Apparel. On a vraiment halluciné. Quand il est venu nous chercher, il était dans son personnage de Jonny Makeup: il s’en fout, il chante, c’est une comédie musicale vivante, il drague tous les mecs sur son passage… il dénote vraiment dans cette entreprise qui était à l’époque composée à 80% d’employés latinos qui travaillent dur même si c’est dans une ambiance sympathique. Et lui il arrive là-dedans…Au final, c’est un type assez profond.
J.P. : Pour moi, c’est une interview à laquelle on ne croyait plus vraiment, celle de Tony Alva , le 1er champion du monde de skate (1977). C’était un rêve de l’avoir dans le doc et qu’il nous parle de t-shirts parce que c’est le premier en tant que skater à avoir eu le logo de sa marque imprimé sur un t-shirt. Il a une galerie à Los Angeles qui n’était pas très loin de notre hôtel. On passait quasiment tous les matins là-bas. On avait envoyé des mails. On téléphonait. Et on nous disait « oui, oui, c’est bon. Pourquoi pas. Ca va se faire ». Un matin une interview s’est annulée, on en a profité pour passer à la galerie et là on tombe sur Tony Alva qui préparait une expo. On lui explique ce qu’on fait et il nous dit « Ok les gars, j’ai ¼ d’heure, on fait ça maintenant ». Au final on est restés presque 1h avec lui. Ca s’est très bien passé. Il a été hyper généreux. C’était un peu la dernière fois qu’on allait passer là-bas et on a eu un coup de chance comme il en arrive parfois en tournage.
D.P. : On le voulait vraiment depuis le début, pour ce qu’il représente parce que le documentaire c’est plus une ballade dans la contre-culture des 50 dernières années. Tony Alva c’est un mythe ! On s’est dit on tente le tout pour le tout. Essayons de ne pas perdre notre temps. On a été récompensés, il était assis là avec ses dreadlocks et sa casquette.
Il vous aura fallu près de 2 ans pour arriver à la version qui sera diffusée sur Canal+ mercredi, est-ce que c’était un parcours plein d’embûches ou finalement le sujet vous a facilement ouvert les portes ?
D.P. : Ca nous a pris plus de 2 ans et demi. On a eu la chance de faire un article dans Wad, je remercie Romuald de Lazy Dog qui nous a commandé cet article, écrit à 4 mains. En le faisant, on s’est vraiment dit qu’il y avait de quoi faire un documentaire. Je travaillais chez Canal+, on a eu l’opportunité d’aller frapper à la bonne porte. Mais à partir du moment où le dossier est posé sur un bureau, c’est assez compliqué : ça passe dans des commissions, ensuite il faut réécrire le projet… La phase la plus longue étant la production où il faut convaincre des chaînes étrangères de financer. C’est assez coûteux à réaliser : il y a les voyages, beaucoup d’archives, la musique, les différentes droits à payer.
Tout coûte cher dans un documentaire. La grosse difficulté, c’est d’obtenir tous les droits sur la moindre photo, les accords des gens, des autorisations de diffusions, donc des négociations. Certains photographes, comme Roberta Baylay (photographe mythique de la scène punk new-yorkaise), nous ont laissé utiliser leurs photos parce qu’ils aimaient bien le projet, alors qu’ils les vendent pour une fortune… On n’a pas fait une enquête sur le nucléaire, c’est un thème joyeux et ludique. Les gens ont spontanément eu envie de participer. Mais ce n’est pas forcément un sujet évident à vendre aux chaînes. On a du redoubler d’effort.
J.P. On voulait pas du tout faire un sujet polémique, donc quand on démarchait les gens il n’y avait pas trop d’enjeux pour eux. Le seul qui aurait pu refuser c’est Dov Charney .
Surtout qu’il était en position délicate à l’époque
J.P. Oui c’est un personnage assez sulfureux qui a pas mal de procès derrière lui et pas mal de soucis à l’époque avec une boîte à faire tourner. C’était le seul qui aurait pu nous fermer la porte, et il ne l’a pas fait. C’était hyper dur de l’asseoir à son bureau et de le faire parler, mais une fois que c’était lancé il a coupé son téléphone et on a eu une interview d’1h30 où il s’est livré. Il nous a raconté des choses qu’il n’avait jamais racontées auparavant. Des gens de sa com nous disaient « c’est incroyable, ça fait 2 ans qu’il ne parle plus à la presse comment avez-vous réussi? » Donc après lui c’était un peu plus facile de bosser, quand on disait qu’on avait son interview, surtout aux Etats Unis, c’était une bonne caution.
Commentaires
Massikito ne s'habille qu'en marcel ;)
AlerterNon, merci, ça va.
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