18h30, 88 rue Ménilmontant. Laurent Pasquier installe son matériel. Ce lundi soir, c’est le grand soir, et l’un des derniers. Une nuit spéciale, la diffusion du travail de ce jeune réalisateur, en guise d’ultime protestation. Il a passé un an à filmer le mythique squat parisien. Un an de lutte contre « ceux qui veulent aseptiser Paris », explique Michel Ktu, le « gérant ». Ici, il est présenté comme le responsable des lieux, même si pour lui, il n’y a pas de hiérarchie à la Miroiterie.
Une dernière danse Dans ce squat d’artistes – un des plus connus de Paris – des artistes passent, y trouvent un peu d’inspiration, puis s’en vont. Au plus fort du squat, ils ont été une trentaine d’artistes à travailler ici. Michel Ktu raconte :
« C’est un des derniers lieux d’expression libre à Paris. On laisse place au peuple ici. »
Un lieu façonné et sans cesse repensé par les habitants de passage. Squat d’artistes mais aussi salle de concert : entre 8.000 et 10.000 groupes se sont égosillés ici en concert. Et ce lundi soir, peut-être le dernier.
Alors que les zikos du soir font leurs balances à grands coups de guitare saturée, le « gérant » souhaite se confesser. Dans son ancien atelier à l’étage, une bière à la main, il raconte, révolté. Depuis le rachat par la société immobilière 7 rue Thorel il y a 3 ans et demi, les squateurs-artistes-anarchistes dérangent. Le lieu est jugé insalubre, et les nouveaux bailleurs ont d’autres projets. Depuis 3 ans et demi, 25 squatteurs (les plus actifs) ont dû se défendre dans pas moins de… 32 procès. Ils doivent 2.600 € chacun par mois d’occupation des locaux d’habitation depuis mars 2009, et 1.500 € par mois pour les locaux commerciaux. Michel Ktu s’énerve : « Une somme exorbitante ».
Jusqu’au 24 octobre Aujourd’hui, les 9 derniers survivants de la Miroiterie sont résignés. Bientôt, c’est sûr, ils quitteront ce lieu, soit dans une semaine soit dans trois mois. Le juge de l’exécution a jusqu’au 24 octobre pour réexaminer le dossier : soit ils devront quitter les lieux dans une semaine, soit le juge accepte de leur accorder 3 mois de délai pour partir (pour pouvoir passer une partie de l’hiver à Ménilmontant). Dans les deux cas, le combat qu’ils continuent est symbolique. Un jour prochain, c’est certain, la Miroiterie va fermer.
« Il faut faire le deuil d’ici », confie Anne-Sophie, un des piliers de la Miroiterie, qui a rejoint Michel à l’étage où nous sommes. Même si eux envisagent quelques solutions : « La mairie peut racheter les lieux, et nous faire payer un petit loyer. Ou nous proposer un autre lieu. » Pour l’instant, la seule solution proposée par la ville de Paris est que les artistes-squatteurs intègrent des collectifs d’artistes déjà existants. Mais pour eux, hors de question de rentrer dans les normes. Ils veulent rester libres et sans cadre.
Les occupants du lieu vont plus loin : ils soupçonnent une politique européenne de nettoyage des villes. Le 4 septembre dernier, le Tacheles, squat emblématique de Berlin, avait déjà été contraint à la fermeture. Mais même s’ils sont amers, ils restent sereins. « On ré-ouvrira autre part de toute façon, c’est sûr. »
La Miroiterie, le plus vieux squat de Paris, fait ses adieux
« On ré-ouvrira autre part de toute façon, c'est sûr »
Reportage La Miroiterie, tu connais ? Si tu n’y as jamais mis les pieds, dépêche-toi, parce que ce vieux squat d’artistes va bientôt fermer – soit dans une semaine, soit dans 3 mois. Le juge rend sa décision mercredi prochain.
Adios la Miroiterie
On ré-ouvrira autre part de toute façon, c’est sûr
La mairie peut racheter les lieux, et nous faire payer un petit loyer. Ou nous proposer un autre lieu
25 squatteurs ont dû se défendre dans pas moins de… 32 procès
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Source : Gurvan Kristanadjaja StreetPress
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Commentaires
Lamentable que la mairie de Paris n'ait rien fais. Gouvernement de gauche, mais bien sur, on nous a fera pas non plus celle la.
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