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George Eddy : «Un match de basket dans les années 80, c'était comme le film porno ! »

Le commentateur stratosphérique à Bercy pour le Final Four de l'Euroligue

Dunkorama | Interviews | par | 7 Mai 2010

George Eddy : «Un match de basket dans les années 80, c'était comme le film porno ! »

Sur StreetPress, le Mister basket du Paf n'est pas nostalgique de l'Age d'Or période Jordan. Ce week-end il commente la finale de l'Euroligue dont la Fédération Française devrait s'inspirer pour ne pas couler. Ça dégaine : mettez vos casques !


Salut George, bon première révélation l’accent n’est pas postiche ?

Oh non !

Pourtant quand j’étais au collège la légende urbaine c’était que tu t’entrainais à parler américain en écoutant des cassettes…

C’est une plaisanterie que j’ai sorti il y a longtemps disant que tous les matins j’écoutais des cassettes de Jane Birkin dans la douche pour entretenir mon accent ! Au début c’est clair que mon accent m’a aidé, mais ce n’est pas grâce à ça qu’on te laisse travailler pendant 25 ans à la télé. D’ailleurs j’ai progressé par rapport à mon français depuis mon premier match en 1985.

Comment tu as fait ?

Lire l’Équipe, ça m’a beaucoup appris !

Tu as pas mal appris de vocabulaire pour passer de l’Équipe à des expressions telles que « le lancé de briques » ?

Oui, et j’ai même eu un effet sur l’évolution de la langue française. On a importé des expressions des grands commentateurs américains: Slam Dunk, Coast to Coast, Money Time… Tout un tas d’expressions qui sont entrées dans le langage courant du sport français.

L’expression dont tu es le plus fier c’est laquelle ?

Money Time, je la vois utilisée partout. Et surtout quand j’allais sur les playground parisiens j’entendais les gamins utiliser ces mots là. On a eu une influence sur une génération, on est un peu fiers de ça.

George Eddy


  • 16 Juin 1956 : Naissance en Floride, d’une mère française et d’un père américain.
  • Années 70 : Joue à l’Université de Floride, où il se fait chaque année évincé de l’équipe première. En profite pour obtenir un diplôme en criminologie.
  • 1977 : S’installe en France dans sa famille maternelle à Chatou (78). Il joue à l’Alsace de Bagnolet, en première division à l’époque. C’est le 2ème joueur américain pro à évoluer en France. Il devient pote avec Jacques Monclar.
  • 1985 : Entre au service des sports de Canal + comme spécialiste du basket et du football américain.
  • 1992 : JO de Barcelone, George trouve sa personnalité de commentateur sportif sous l’influence de Thierry Rey. Les premières briques sont lancées, messieurs-dames !
  • 2010 : Totalise plus de 11.000 heures d’antenne télé, 18 Superbowls, et 14 finales NBA en direct.

Bon sinon ce week-end c’est le Final Four de l’Euroleague à Paris. Tu as quelque chose de prévu ?

Comme d’habitude je commente les matchs en alternance avec Jacques Monclar. On fait une demi-finale chacun le vendredi et je commente la finale dimanche.

Ça sera sur Canal ?

Non c’est sur Sport+.

Voilà où je veux en venir, le Final Four de 2000, déjà à Paris, était sur Canal +. J’ai l’impression que pour cet événement majeur du basket, il n’y a même pas de couverture médiatique ou de promo…

Mais il y en a eu ! De toute manière c’est sold-out, donc ils n’ont pas besoin de faire de la pub ! Bon il n’y a pas de club français aussi. Mais je pense que dans l’Équipe il va y avoir une grosse couverture, et sur Sport+ on est partenaires d’Euroleague depuis des années, malgré les résultats des clubs français.

J’ai quand même l’impression que ce Final Four il est organisé comme une convention de vendeurs de chaussettes. En catimini…

Disons que séduire le tout-Paris n’est absolument pas la priorité des dirigeants d’Euroleague. Eux ils veulent que les grands clubs en présence soient bien accueillis et que leurs fans soient contents d’avoir payé un prix presque plus cher que pour les matchs de play-off NBA ! L’essentiel c’est qu’ils soient contents de leur investissement, mais à la fin c’est logique !

Tu penses qu’il y aura beaucoup de Français samedi à Bercy ?

C’est clair que ce sera surtout des supporters des 4 clubs en présence. Je crois qu’il y aura 8.000 spectateurs de l’Olympiakos pour une salle de 15.000 personnes. C’est déjà la moitié ! Bon après il y aura le petit microcosme du basket français. D’ailleurs je les pousse à venir car c’est en allant à la rencontre de plus fort que nous que nous apprenons. Ça a été vraiment triste de voir si peu de dirigeants français aller aux Finals NBA ou au All-Star Week-End.

Le Final Four à Bercy

Le Final Four est la finale à 4 de l’Euroleague, la compétition majeure en club du basket européen. Inspirée des finales du championnat universitaire américain NCAA, la finale se déroule sur un week-end, où les 4 meilleures équipes de la ligue s’affrontent lors de matchs à élimination directe.

Cette année les demi-finales opposent le CSKA-Moscou à Barcelone et l’Olympiakos au Partizan Belgrade. Le Barça fait office d’ogre de la compétition, emmené par le petit génie du basket espagnol Ricky Rubio. Les deux représentants français, l’Asvel et Orléans, ne sont pas sortis de la phase de poule. C’est la 4ème fois que Paris accueille le Final Four.

Tu penses que les dirigeants du basket français ont beaucoup à apprendre ?

Le problème c’est qu’on a jamais trouvé notre Max Guazzini pour faire la promotion du basket français au plus haut niveau. Nos dirigeants n’étaient pas à la hauteur ! C’est le mauvais côté de notre système associatif avec la Fédération sous la houlette (sic) du gouvernement. Ce sont des fonctionnaires, absolument pas businessmen, alors qu’ils gèrent un très gros business. Il faut des businessmen pour le basket et des fonctionnaires pour l’administratif. C’est ce qui a manqué sur la dernière décennie. En plus on avait le modèle espagnol à côté de chez nous qui est une référence. On aurait dû s’inspirer d’eux.

Par rapport aux médias, toi tu n’as même plus d’émission comme avant NBA Time ou Eddy Time. Maintenant l’après-midi sur Canal, c’est Burnley-Stoke City. Canal a-t-il lâché le basket ?

Non, non ! Beaucoup de jeunes me disent ça ! Ils me demandent : « Mais qu’est-ce que vous faites maintenant ? » En fait ce sont des jeunes qui aimaient la NBA quand ils étaient ados mais maintenant ils sont passés à autre chose. Et puis le monde audiovisuel a tellement progressé avec la prolifération de chaînes, d’Internet. L’offre est colossale ! Au début de Canal je commentais un match par semaine. Maintenant j’en fais 4 ou 5 ! On n’en fait pas moins, mais beaucoup plus au contraire.

Tu ne penses pas qu’il y a eu un Age d’Or quand même ?

C’était l’Age d’Or, parce que la NBA a commencé à signer d’énormes contrats avec les chaînes de télé. Ça a gonflé les salaires des joueurs. Jordan avait une aura à l’international. C’est clair que l’époque où il y avait plusieurs magazines sur la NBA qui cartonnaient est révolue. Quand on faisait un match sur Canal dans les années 80 c’était un événement, parce qu’il n’y avait que 4 chaines. C’était comme le film porno !

Au niveau des joueurs tu ne trouve pas que les Barkley, Malone, Pat Ewing ou même Greg Ostertag, ça avait plus de gueule ?

Mouais… Je pense que des joueurs comme Lebron ou Kobe ont beaucoup de charisme. Ta génération, parce qu’elle est moins disponible pour regarder, croit que certaines choses ont disparu. Après c’est clair que pour moi la référence c’est l’époque de Jordan, avec les premières finales en direct en 1991. C’était l’époque glorieuse du basket. Mais c’est une question de génération ! Moi je ne suis pas du tout dans la nostalgie.

Tu t’identifies à la génération hip-hop/tatouages du basket des années 2000 ?

Pas vraiment. Mais c’est une musique que j’ai appris à apprécier avec le temps.

Quelques jeux de mots (réservés aux fans de joueurs cultes)

« Il fait la pluie et le beau temps Clarence Weatherspoon ! »

« Ce Darwin Ham nous rappelle qu’il ne faut pas le prendre pour un jambon ! »

« Raja Bell sonne les cloches »

« Magnifique action du petit Lue »

« Shaq a pédalé dans la neige face à Eric Snow »

« Longley a balancé tellement de briques qu’il pourrait construire un maison pour sa maman »

Alors t’écoutes quoi ?

J’ai 53 ans, bientôt 54. Je suis plus dans le jazz, le rock-fusion. Pat Metheny, Brad Bow, des grands jazzmen du moment. Après du jazz ou de la bonne musique avec le rap, j’aime. Mais le côté vulgarité, hardcore, ça ne m’a jamais trop plu.

Cette vulgarité tu ne trouves pas qu’elle a envahi la NBA ?

Bah, il y a eu l’époque où Iverson était au sommet, avant le Dress Code. Bon la NBA en a profité parce que leur clientèle était composée de beaucoup d’ados qui aimaient le hip-hop et les fringues…Mais il fallait jongler et éviter une image trop ghetto. Attention, quand on parle de ghetto, ce n’est pas une question de couleur, mais de violence dans les propos. Iverson a fait des raps anti-gay !

Jospin aime le basket, Obama aussi…. Le basket est-il de gauche ?

Basket = sport de gauche je ne sais pas. Mais si c’est le sport de la tolérance entre les races et les ethnies, alors là oui j’applaudis des deux mains !

Et toi, tu es à gauche? Je me souviens que tu commentais très excité la victoire de Obama.

Je suis à gauche depuis toujours ! Je suis membre à vie de l’Association Martin Luther King parce que mon père travaillait avec le Docteur Luther King en Floride dans les années 60. Chose très courageuse pour un homme blanc venu du Nord ! J’ai été noyé là dedans, les discours en 33 tours de Martin Luther King à la maison… C’est imprimé dans mon ADN philosophique et politique !

Et le système de franchise, de marketing à outrance, ça ne heurte pas ta sensibilité d’homme de gauche ?

C’est mon côté américain. Je comprends la nécessité de ce coté très buisness pour faire vivre l’ensemble. Bon je suis choqué par les salaires ! Je trouve ça excessif, c’est pareil dans le foot ou dans la chanson. C’est le problème du système capitaliste qui n’a pas de limite. C’est la même chose que la crise financière mondiale, les traders, les banquiers qui nous ont foutus à genoux ! Mais je ne veux pas que la NBA soit réduite au côté business, comme avec les Fantasy League. Je ne suis pas fana de l’idée de jongler avec les salaires des joueurs pour spéculer et faire des équipes.

T’as des amis joueurs en NBA ?

A travers les années, la meilleure relation que j’ai eue c’était avec Shaquille O’Neal. J’ai même pu m’entraîner avec le Magic à la fin de sa carrière à Orlando. J’ai fait le dixième joueur pendant les entraînements d’été. Quand Shaq est venu en France j’étais traducteur-guide. J’étais animateur à son concert de rap au Zéntih !

J’avais oublié le Shaq période hip-hop… Et c’était mieux que TP ?

J’aurais du mal à en juger ! Mais je pense que le Shaq était mieux entouré, avec de vrais rappeurs autour de lui. Mais sinon un mec comme Mbenga, francophone des Lakers c’est un vrai copain !

M. J. ?

Jordan aussi parce qu’on s’est tellement croisés à chaque fois qu’il venait en France. La dernière fois qu’il est venu il a dit « tu ne te rends pas compte de tout ce que tu as fait pour la NBA en France, je te félicite ! » Quand Jordan te dit ça tu te sens tout petit. Ça m’a beaucoup touché.

J’me souviens de t’avoir vu déconné avec Mutumbo dans un vieux NBA Time aussi…

Avec Mutumbo on a eu un très bon feeling ! Il a commenté avec nous un All-Star Week-End. On ne se rend pas compte de l’impact qu’on a eu en Afrique, c’est énorme ! J’en suis très fier. J’avais fait des vidéos sur les techniques de shoot l’été dernier et elle se sont retrouvées en première page du site de la Fédération sénégalaise ! On se dit qu’on a pas trop mal bossé pendant 25 ans quand on voit tout ça !

Vidéo - George Eddy marque un shoot du milieu de terrain au All-Star Game

L’équivalent du « Badaboum-messieurs dames ! » pour le foot ça serait quoi ?

Oh pour les onomatopées, les commentateurs d’Amérique du Sud sont les précurseurs de tout ce que j’ai fait. J’ai aussi beaucoup piqué à John Madden et sur les playground parisiens. Le Gruyère Time c’est un black, je me souviens très bien sur un playground vers la Bnf… Tolbiac je crois ça s’appelle ! Et il avait dit « Ohlalalala c’est Gruyère Time dans votre défense ! » Au match d’après je sors l’expression et c’est devenu culte !

Qui lance les plus beaux saucissons du football ?

Ça je n’ai pas de réponse ! Mais tu peux traduire par le joueur qui a le plus d’occasions et qui envoie la balle au dessus des buts ! Mais c’est plutôt de Monclar ça. Lui c’est plus le côté franchouillard qui plaît à la France profonde, le saucisson et tout ça. Chacun son crédo !

Tu verrais un Domenech version basket ? Un coach qui catalyse toute la haine ?

Ça pourrait être Jean-Pierre de Vincenzi. Beaucoup moins médiatisé que Domenech. Mais c’est sa façon de gérer les choses en coulisse, de tout manipuler sans le dire… Ça pourrait être ce type de personnage qui a su rester à la même place contre vents et marées, grâce à la politique.

Après 25 ans d’antenne tu es devenu culte… Tu vois un autre commentateur sportif qui pourrait te ressembler ?

25 ans, c’est très long dans l’audiovisuel, mais surtout ne me compare pas à Thierry Roland ! Je ne veux pas entendre ça ! Je veux bien Pierre Albaladejo, Roger Couderc mais pas Thierry Roland ! S’il te plaît… Son côté réac et raciste ne me plaît pas du tout !


Source : Robin D’Angelo et Nicolas Victoor |
Crédit photo de une : Robin D’Angelo


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