« Je ne vois pas pourquoi certains disent que c’est comme la cocaïne »
Abdanoor, 35 ans, d’origine somalienne est assistant professeur dans un collège. Il a un diplôme d’ingénieur électronique. A Londres, impossible de trouver un job dans sa branche, alors il a pris ce qu’il a trouvé. Il vient souvent au Club Social, pour se retrouver avec les gens de sa communauté.
Grand amateur de Khat devant l’éternel, il explique : “Tu prends la partie molle de la branche avec les feuilles, tu la coupes et tu la mâches. Tu gardes les feuilles dans ta joue. Quand tu en as marre tu craches.” J’essaie: Le goût est amer et la texture fait l’effet d’un fruit pas mur sur les dents. Abdanoor m’apprend qu’il est souvent consommé sous forme thé, afin de diluer l’amertume.
Il continue “Je ne vois pas pourquoi certains disent que c’est comme la cocaïne. Si tu mâches beaucoup tu ne dors plus, mais c’est comme tout, il ne faut pas en abuser.” Pas une drogue le Khat? Il ajoute quand même qu’il ne conseillera jamais à sa petite sœur d’en prendre.
Les vertus thérapeutiques du Khat
Fier de sa plante, Abdanoor aime à raconter le petit miracle du salon. C’était il y a plusieurs mois: un anglais cherchait du Khat au Club Social à cause de problèmes de circulation sanguine dans les jambes, lié à son emploi. “Le médecin lui avait dit qu’il allait sûrement finir paralysé, mais qu’il pouvait essayer une plante que les africains mâchent, le Khat, annonce t-il avec orgueil. Depuis ce temps-là il n’a plus aucun problème de circulation! ”
Mâcher du Khat au Royaume-Uni: Une activité clandestine.
En Angleterre, la plante demeure légale, mais son interdiction dans le reste de l’Europe ainsi qu’aux Etats-Unis suscite l’incompréhension des ses fervents consommateurs. Ke, 27 ans, responsable dans un restaurant d’une chaîne très connue de poulet, montre son voisin du doigt : “Regarde, lui c’est comme mon oncle, il mâche du Khat depuis 35 ans mais il est normal tu vois bien” Avachi sur un fauteuil devant un concours de beauté pour chiens à la télé, l’oncle confirme : “Je suis normal, j’ai pas de problèmes.”
Mais à Londres mâcher du Khat, ce n’est pas si simple. Ils ont beau répéter que c’est légal et sans danger, le rideau du club est toujours baissé. Le gérant s’explique : “Si on remontait le rideau, que verraient les gens de dehors ? Ce n’est pas comme si on mangeait des samosas! ”.
Les consommateurs viennent plutôt le soir. La clientèle est essentiellement masculine mais les femmes mâchent aussi. Ke passe ici environ une fois par semaine. Avec son style gangsta rap, il répète que c’est bon d’être avec les siens et de rester souder. Néanmoins, il ne veut pas dire son nom complet et insiste pour ne pas être enregistré. “Je suis manager dans un restaurant” justifie-t-il avec fierté. Mal à l’aise, il finit même par nous demander d’arrêter de lui parler. Légal mais mal-vu: Mâcher du Khat au Royaume-Uni reste une activité clandestine.
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