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Montreuil : Une nuit à chercher un squat avec un groupe de 76 migrants africains

Difficile de dépêcher des CRS à une heure du matin

93 | Reportages | par | 14 Décembre 2012

Montreuil : Une nuit à chercher un squat avec un groupe de 76 migrants africains

Trimballés entre un gymnase, le métro et une école en construction, un groupe de 76 migrants africains a erré mercredi dans les rues de Montreuil. Sans-abris et frigorifiés, ils cherchaient un squat pour la nuit.

C’est une nuit rocambolesque qu’a passé dans les rues de Montreuil un groupe de 76 réfugiés africains, jeudi 13 décembre. Sans domicile depuis que le foyer de travailleurs migrants rue Bara – surchargé – les a mis dehors il y a une semaine, ces migrants pour la plupart Maliens dormaient dans les rues de Montreuil.

Mercredi 12 décembre, plusieurs associations avaient « réquisitionné » un gymnase de la ville pour passer la nuit. Un accueil d’urgence qui n’a pas pu être renouvelé pour le lendemain, les policiers ayant investi les lieux.

1La médiation avec les pouvoirs publics

Jeudi 13 décembre à 19h, tout le monde est réuni, au croisement de la rue Bara et de la rue Paul Eluard, pour essayer de trouver une solution pour la nuit qui s’annonce. Une vingtaine de jeunes militants issus de la Brigade Anti-Négrophobie – que StreetPress vous avait présenté ici – et d’autres associations locales se sont mobilisés pour l’occasion. Le député PS Razzy Hammadi est venu pour rencontrer les migrants.


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« Le gros souci, c’est le caractère groupé de votre demande, ce n’est pas possible », explique devant l’assemblée le député d’origine toulonnaise. Il exclut dans un premier temps la solution du gymnase : « Les enfants des écoles de Montreuil ne pourront pas aller faire du sport. Et si on ouvre un gymnase pour 80 personnes, demain ils seront 200. On ne pourra pas fermer l’accès à d’autres sans-abris. » Un représentant des clandestins lui assure alors qu’il dispose d’une liste avec les noms de chacun des réfugiés et qu’il n’y aura pas d’appel d’air. Razzy Hammadi, se décide à prendre son portable :

« Bon, je vais prendre un petit quart d’heure pour appeler la maire Dominique Voynet. Je n’ai aucune autorité pour ouvrir un gymnase. Je vais lui proposer que vous puissiez passer les prochaines nuits dans un gymnase à condition que vous vous engagiez à le libérer chaque matin et que vous vous répartissiez petit à petit à travers le réseau du 115. »

Sophie Fadiga, membre de la Brigade Anti-négrophobie, reste perplexe : « Il est en train de leur mettre une banane. Son plan, c’est d’expliquer aux gens qu’ils doivent se séparer pour qu’ils n’aient plus de visibilité. On sait très bien qu’en hiver, le 115 est blindé et il ne peut pas garantir que chacun trouvera une place. »

Vingt minutes plus tard, Razzy Hammadi s’en va. Dominique Voynet n’a semble-t-il pas accepté la proposition. Il explique à Streetpress : « Je suis venu apporter une présence solidaire et humaine avant tout. On est face à un problème complexe qui nécessite d’être traité en amont et surtout pas dans l’urgence. »

Hammadi : « On est face à un problème complexe qui nécessite d’être traité en amont et surtout pas dans l’urgence »

2Le métro

L’heure est donc aux palabres entre militants et délégués. Pendant ce temps, une vingtaine de réfugiés va se réchauffer dans le foyer de travailleurs migrants situé rue Bara. Une jeune femme arrive avec une valise chargée de couvertures pour les offrir au groupe. « C’est gentil mais il faut plutôt des duvets facilement transportables ou des vivres » explique Youssouf, maraudeur expérimenté.

Un des délégués dit s’être concerté avec Denis Ochard, le responsable de la sécurité de la ville de Montreuil. En accord avec le commissaire de police, les réfugiés auraient obtenu le droit d’aller dormir sur les quais du métro Robespierre. L’information surprend mais le groupe décide de suivre les instructions municipales plutôt que chercher un squat. En rangs deux par deux, baluchons et cartons en main, la troupe remonte la rue Robespierre puis la rue de Paris avant de s’engouffrer dans le métro.

Il est 22h20 lorsque deux agents de maîtrise de la RATP descendent sur les quais pour discuter avec les délégués et les militants. « On va prendre sur nous… Veuillez à bien vous répartir le long des deux quais. Dites-nous si vous comptez revenir demain, on vous réorientera peut-être vers d’autres stations. » Mais l’illusion est de courte durée, rapidement un responsable de la sécurité débarque avec des membres de la GPSR, tous habillés en civil. La situation à l’air de lui sembler à la limite du burlesque. Après un aparté de quelques minutes avec des membres du collectif, il fait appel à la police.

Libye Pendant ce temps, les réfugiés discutent avec des personnes venues soutenir leur cause. Daouda Traoré raconte son histoire. Ce jeune Malien de 24 ans a atterri en Libye en mars 2010. Il exerçait le métier de soudeur. Un jour, un groupe de civils armés est entré sur son lieu de travail. Paniqué, un de ses collègues, Malien également, tente de fuir et se fait cribler de balles. Le lendemain, Daouda reçoit une proposition d’embarcation pour l’Italie pour 300 dirhams. Les frontières avec la Tunisie et l’Algérie étant fermées, le seul moyen de quitter le pays est de prendre la mer. Après des escales en Tunisie et à Malte, il vit pendant dix mois dans un camp de réfugiés en Italie. En novembre dernier, Daouda arrive en car à la Gare de Lyon de Paris. Premier réflexe, il discute avec un agent d’entretien malien. Ce dernier lui conseille d’aller à Montreuil, dans le célèbre foyer de la rue Bara.

Depuis le mois de mai, de nombreux autres Maliens originaires de Libye s’y sont installés. Le foyer est cependant déjà sur-occupé avec près de 800 personnes pour 410 lits. Daouda et les autres réfugiés sont priés d’aller voir ailleurs. Depuis son arrivée à Paris, le jeune soudeur n’a pas donné de nouvelles à ses proches.

3Le squat

La police demande l’évacuation immédiate des quais. Les réfugiés s’y plient sans broncher. La Brigade Anti-Négrophobie a déjà trouvé une solution de rechange. On se passe le mot en bambara et on se disperse. Un lieu a été repéré en amont, il faut désormais être discret et lorsqu’on est un groupe de 100 personnes, ce n’est pas une tâche facile.

Rue Paul Eluard, l’école élémentaire Voltaire est en rénovation. Les néo-squatteurs se regroupent dans deux pièces de 30m² vides et isolées du froid. Pour les membres de la Brigade Anti-Négrophobie, les réfugiés sont en sécurité pour la nuit. La probabilité pour qu’une compagnie de CRS soit dépêchée à 1h du matin pour déloger 80 personnes est faible. Cependant, dès ce soir, il faudra de nouveau trouver une nouvelle solution.


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