Ça commence comme un film de Fernando Eimbcke (Temporada de patos , Lake Tahoe ). Des plans larges, pas de musique, un héros seul dans un paysage désertique. Il faut aussi attendre le premier quart d’heure pour entendre la première réplique d’un script qui pourrait tenir sur une feuille de papier A4. On se dit que le film va être long. Sauf que, comme Eimbcke, Rigoberto Perezcano n’a pas besoin de faire parler ses personnages pour dire quelque chose: la justesse de sa réalisation et du jeu de ses acteurs lui permet d’exprimer l’indicible.
Des habitants de Tijuana, ni trafiquants ni prostituées mais humains et mélancoliques
Andrès atterrit à Tijuana, à cinq mille kilomètres de son état natal Oaxaca, après s’être fait attrapé par la Migra en train de franchir illégalement la frontière avec les États-Unis. Seul dans une ville qu’il ne connait pas, il attend comme au purgatoire le moment où il va pouvoir passer de ’l’autre coté’.
Le Tijuana de Perezcano n’a rien à voir la cité du vice présentée dans les productions sensationnelles US (Traffic, The Shield): ici pas de trafiquants, ni d’armes ou de prostituées. C’est donc entre les mains d’une quadragénaire célibataire – Ela – et non d’un chef de cartel, que tombe Andrès. Devenu employé dans son épicerie, il comble l’ennui et la mélancolie en se rapprochant de ‘sa famille d’accueil’ et en ruminant des stratagèmes pour entrer aux États-Unis.
Mais le temps passe, et l’épicière – elle aussi rongée par l’ennui – s’attache au clandestin. C’est ensuite au tour de son autre employée, la boudeuse Cata, de tomber amoureuse du migrant. L’amour des deux femmes pour Andrès les unit mais ce n’est pas tout: toutes deux ont été abandonnées par leur mari respectif parti chercher l’aventure aux États-Unis. Andrès succombera-t-il lui aussi aux sirènes du rêve ricain ?

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