En ce moment

    27/09/2021

    « Dans certaines cellules, il peut y avoir une centaine de cafards »

    Cafards, rats et surpopulation, bienvenue à la prison de Nanterre

    Par Cory Le Guen

    En raison de la surpopulation, certains détenus de la prison de Nanterre (92) sont contraints de dormir sur des matelas à même le sol, qu’ils partagent avec des rats et des cafards. L'administration, déjà condamnée pour ça, ne fait pas le nécessaire.

    « J’ai l’impression que plus je nettoie, plus il y a de cafards », soupire Damien (1), un détenu de la maison d’arrêt de Nanterre (92). Le trentenaire décrit une situation intenable :

    « Dans certaines cellules il peut y avoir une centaine de cafards, je n’exagère pas et encore chez les arrivants, c’est pire. »

    « On ne peut même pas cantiner [acheter] des pièges à insectes », abonde Farid (1), un autre prisonnier, « parfois je me demande dans quel pays on vit. »

    Une source syndicale au sein de la maison d’arrêt confirme l’ampleur du problème mais rejette la faute… sur les détenus :

    « Les nuisibles n’arrivent pas là par hasard, il convient tout à chacun de nettoyer sa cellule, l’administration met à leur disposition un kit de nettoyage mensuel. Et puis les cafards arrivent parfois par les vêtements depuis l’extérieur, remis lors d’un parloir donc, il faut faire attention à son hygiène. [rires] »

    Un problème récurrent

    Le 16 novembre 2020, un autre détenu, depuis libéré, avait dénoncé ses conditions de détention devant le Tribunal Administratif de Pontoise. Il pointait déjà la présence récurrente de cafards. Le tribunal avait demandé à l’établissement d’améliorer la situation :

    « Il y a dès lors lieu d’enjoindre à l’administration de prendre toutes les mesures utiles et nécessaires même transitoires pour assurer une procédure de désinsectisation rapide, efficace et régulière de l’ensemble des cellules et pour assurer un lavage hebdomadaire des draps et un lavage mensuel de tout linge de lit à disposition des détenus. »

    L’administration pénitentiaire par la voie du ministère de la Justice avait fait appel. « Lors de l’audience devant le Conseil d’État, la directrice de la prison était là en personne, elle ne comprenait pas ce qu’on lui reprochait », commente maître Juliette Chapelle, l’avocate du référent. Mi-décembre 2020, le Conseil d’État avait confirmé la décision judiciaire.

    La situation a empiré

    « Mais rien n’a été fait », soupire l’avocate. En tout cas, rien de valable. Une désinsectisation a bien eu lieu il y a quelques mois mais le produit pulvérisé n’est efficace que quelques semaines. La situation s’est même aggravée, puisque les détenus ont constaté le retour des rats dans l’établissement.

    Et pour couronner le tout le nombre de personnes par cellule s’est envolé. Au premier août 2021, il y avait 920 détenus pour 597 places soit 154% de densité carcérale. Début septembre, un détenu qui venait de se bagarrer avec un autre a été enfermé dans une salle de stockage. Il a mis le feu aux matelas présents dans cette pièce située au sein du bloc B. Onze personnes ont été intoxiquées par les fumées. L’aile où s’est produit l’incendie est depuis fermée. Une société externe a procédé au nettoyage de la coursive mais 40 cellules restent inutilisables. Et tous les détenus ont été mutés dans d’autres parties de la prison, créant une forte surpopulation et une augmentation conséquente du nombre de matelas au sol.

    « Les cafards, les rats et les co-détenus en nombre dans les cellules, ça devient juste invivable », affirme Farid. Damien abonde :

    « Parfois alors qu’on dort, les cafards courent sur les murs. On a en marre, on veut se faire dédommager pour notre préjudice, on bafoue nos droits sans que personne ne bouge le petit doigt. »

    (1) Les prénoms ont été changés.

    Contactée à deux reprises, la direction de l’établissement nous a envoyé vers la chargée de communication de la direction interrégionale de l’administration pénitentiaire, qui dans un mail très court, nous a informé que des travaux avaient été entrepris et qu’une autre chargée de communication au sein de l’administration pénitentiaire reviendrait vers nous. Ça n’a pas été le cas. La Chancellerie a également été contactée. Un porte-parole nous a rappelé mais davantage pour connaître les éléments que nous avions en notre possession que pour nous en donner.

    _Image de Une : photo d’illustration par Ryan McGrady

    On a choisi de faire différemment. Vous validez ?

    Contrairement à la plupart des médias, StreetPress a choisi d’ouvrir l’intégralité de ses enquêtes, reportages et vidéos en accès libre et gratuit. Pour sortir des flux d’infos en continu et de la caricature de nos vies, on pense qu’il est urgent de revenir au niveau du sol, du terrain, de la rue. Faire entendre les voix des oubliés.es du débat public, c’est prendre un engagement fort dans la bataille contre les préjugés qui fracturent la société. Nous avons choisi de remettre notre indépendance entre vos mains. Pour que cette information reste accessible au plus grande nombre, votre soutien tous les mois est essentiel. Si vous le pouvez, soutenez StreetPress, même 1€ ça fait la différence.

    En savoir plus sur Streetpress

    Je soutiens StreetPress  
    mode payements

    NE MANQUEZ RIEN DE STREETPRESS,
    ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER