Se rendre à la raffinerie de Grandpuits, c’est une expédition : cent bornes aller-retour, avec en prime, une chasse au gazole. Après une quête d’une 1h30, et 45 minutes d’attente dans une station service aussi miraculeuse qu’une oasis, je roule enfin vers le sud de la Seine-et-Marne. Sur la route presque déserte, je croise ici et là des voitures abandonnées sur le bas côté.
Une raffinerie la nuit est un spectacle impressionnant, presque terrifiant. C’est comme un échafaudage de plusieurs kilomètres, maculé de lumières scintillantes et de cheminées d’où sortent des flammes et de la fumée. Un épais nuage à l’odeur gênante s’échappe de la station d’épuration voisine et recouvre la raffinerie. C’est au pied de cette immense couronne de béton et de fer posée sur les champs de betterave de la Brie que se trouvent, sans doute, les hommes les plus déterminés du conflit contre la réforme des retraites. Je croyais trouver quelques syndicalistes austères. En fait, je vais découvrir un cortège version service minimum constitué de cheminots, profs, chômeurs, retraités, artistes et postiers.
Reggae music et chasubles CGT
Arrivé à 23h, je suis accueilli par un vieux reggae que crache la sono installée dans la camionnette CGT postée entre la raffinerie et les bâtiments administratifs. De près, l’usine ne fait plus peur. Face à la grille des journalistes d’Itélé et BFMTV se relaient. Une cinquantaine de personnes entourent un feu. On distingue facilement les civils des ouvriers, qui ont gardé leur tenue de travail, parfois leurs casques et surtout un chasuble estampillé CGT. Les cadres du mouvement sont sur le point d’aller se reposer avant la prochaine AG à 6 heures du matin.

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