Athènes, 16 juin 2012 – Partout les drapeaux virevoltent. Certains l’agitent, le bras tendu. D’autres le portent sur les épaules, telle une cape de mousquetaire. C’est une marée bleue et blanche qui envahit la place Omonoia, une place du centre d’Athènes. Des sourires fiers illuminent tous les visages. Vrombissements de motos, coups de klaxons, bruits de pétards et fumigènes. La Grèce vient de se qualifier pour les quarts de finale de l’Euro de football : « Grèce ! Grèce ! On ne cessera jamais de chanter pour toi ! »
Pour un peu, en ce samedi 16 juin, on oublierait que nous sommes à la veille d’une élection cruciale et que les yeux des dirigeants européens, voire du monde entier sont braqués sur ce pays méditerranéen au bord de la faillite. « C’est génial, cette victoire nous permet de décompresser et d’oublier tous nos problèmes, s’exclame Stavis Gannanbata, 19 ans. C’est notre moment à nous ! » Mais, très vite, les slogans politiques remplacent les cris de joie. « Si on sait gagner au football, on saura aussi niquer les banques ! », scandent tous les jeunes sur la place.
Succès du parti néo-nazi chez les jeunes Soudain, un groupe s’isole. Cette cinquantaine de jeunes enfilent des T-shirts noirs sur leurs maillots et se jettent sur un immigré à coups de pieds et de poings. La place se vide. Ils avancent vers la police en chantant : « Les Albanais ne seront jamais Grecs ! » Malgré leur jeune âge, ils font preuve d’une violence inouïe et d’une organisation quasi-militaire. Ce sont des militants d’Aube Dorée : 13,6% des 25-34 ans ont voté pour ce parti néo-nazi aux législatives (Aube Dorée a recueilli 7% des voix dans l’ensemble de la population). Pour l’anthropologue Panagiotis Grigoriou, il n’y a rien d’étonnant à cela : « Dans un contexte de violence politique, l’extrême-droite propose à la jeunesse des solutions qui apparaissent comme clés en main, notamment sur la question de l’immigration, alors que la gauche se projette dans un monde humaniste. »
A Athènes, avec les étudiants d'extrême gauche et les jeunes néonazis
La désillusion de la jeunesse grecque
Reportage Syriza, la gauche radicale, et Aube Dorée, le parti néo-nazi ont surgi sur la scène politique grecque grâce au vote des jeunes. Une jeunesse désenchantée, à l’image de Dimitri qui envisage de « retourner sur son île produire des tomates ».
Lina, 26 ans, et Dinos, 24 ans, votent Syriza.
« Si on sait gagner au football, on saura aussi niquer les banques ! »
[Diapo sonore] Le 16 juin, des jeunes néo-nazis entament une ratonnade dans les rues d’Athènes, sous le regard bienveillant de policiers.
L’extrême-gauche en tête chez les étudiants Pourtant, un autre parti a profité du vote de la jeunesse : Syriza. Chez les étudiants, la coalition d’extrême-gauche arrive en tête. « Syriza veut réformer la justice et la police, construire un nouveau système. Ca ne s’arrête pas au refus du Mémorandum [qui contient des mesures d’austérité signées entre Athènes et ses bailleurs, ndlr] », assure Dinos, un grand gaillard de 24 ans, étudiant en informatique. Le soir des résultats, il est venu, bière à la main et avec quelques amis assister au discours de son leader, Alexis Tsipras, devant l’université de droit, place Paneptisimio. Malgré la défaite, l’ambiance était festive. Héléna, petite brune d’une vingtaine d’années, le badge de Syriza accroché à la chemise, confesse :
« Je suis plutôt soulagée que nous ayons la deuxième place, parce que je ne suis pas sûre que nous avons les capacités de gouverner. Nous avons au moins le mérite d’avoir fait bouger les lignes. »
Rejet de la politique à papa Extrême gauche contre extrême droite : cette radicalisation témoigne du rejet de la politique à l’ancienne, incarnée par le Pasok, le parti socialiste, et Nouvelle Démocratie, le parti conservateur. « C’est une critique d’un système qui est perçu comme délégitimé autant du point de vue politique qu’économique, analyse Stathis Kalyvas, politologue et professeur à l’université de Yale. Les deux partis traditionnels sont perçus comme les premiers responsables de cette crise. Ils ont, contrairement à l’Aube Dorée et à Syriza, un langage et un personnel dépassés. Pour les jeunes, il faut faire table rase du passé. »
Victor, un fermier devenu artiste, bedonnant et excentrique âgé de 28 ans, résume bien cette analyse. Tout en gribouillant sur une feuille de journal, il lâche dans un grand éclat de rire :
« Si ça ne tenait qu’à moi, j’amènerais bien les responsables de tout ce bordel faire une promenade en mer. »
Les jeunes votent davantage L’espoir d’un renouvellement, Lina y croit dur comme fer. Cette sémillante avocate de 26 ans à la jupe colorée est une militante active à Syriza depuis 2006. « On organise des conférences, des festivals pour parler du programme du parti. On distribue aussi des tracts à la sortie des lycées et universités. » Elle se désole que peu de jeunes s’engagent autant qu’elle. « Malheureusement, pour les gens de mon âge, politique signifie corruption. Je ne trouve pas que voter soit suffisant. Il faut se mobiliser et agir pour améliorer la société. » De nombreux spécialistes affirment que les jeunes votent davantage qu’avant, mais ne prennent pas leurs cartes dans les partis. Impossible de vérifier cette information, faute de données. « No data, no problem, no solution », comme disent les Athéniens.
« Aujourd’hui, il y a une contradiction en Grèce entre le discours radical des jeunes et leur comportement conservateur. Leur vie n’est pas en adéquation avec leur discours », reprend le politologue Stathis Kalyvas. A Polytechnique, bastion historique de l’anarchisme et du syndicalisme étudiant, les professeurs et leurs élèves reconnaissent une évolution. « Le fait qu’un jeune sur deux soit au chômage me terrifie. Ca m’oblige à être très très bon et à travailler énormément. C’est une pression terrible, confie Pagnanotis Andraonopoulos, étudiant en architecture, sa maquette à la main. Du coup je n’ai plus le temps pour militer et m’engager dans des projets politiques. » Un constat partagé par les professeurs : « Les étudiants travaillent beaucoup plus qu’avant, ils sont plus concentrés », constate July Rapti, professeur de philosophie des arts. Les anarchistes déplorent cette situation. Pour eux, et malgré tous les tags contestataires qui recouvrent chaque mur, Polytechnique est devenue une faculté de droite.

Arrivé deuxième aux dernières législatives, la coalition d’extrême gauche emmenée par Alexis Tsipras est leader chez les étudiants.
« No data, no problem, no solution »

A l’université Polytechnique, bastion du syndicalisme étudiant, on milite moins et on travaille plus.
Athîo la Grèce A Polytechnique comme ailleurs, nombreux sont les jeunes qui envisagent de s’exiler, faute d’entrevoir un avenir dans leur pays. « Je vais tout faire pour trouver un travail en Grèce, mais si vraiment je n’y arrive pas, je partirai », assure Liana, 21 ans, tout en roulant sa cigarette. Elle vit avec sa sœur grâce à l’aide de ses parents. « J’ai beaucoup de copains qui ont dû arrêter leurs études et retourner chez leurs parents, faute d’argent. »
Même situation pour Dimitri. Le jeune homme aux lunettes et à la barbe noire, architecte de formation, vient d’avoir 30 ans. Il se désole de devoir encore vivre aux crochets de ses parents à son âge :
« Les jours où ca ne va vraiment pas, je me dis que je vais retourner sur mon île, à Képhalonia, produire des tomates. »
La solidarité familiale reste le dernier rempart face à la crise. Et le seul. Les relais sociaux disparaissent les uns après les autres. Les associations pour les jeunes sont quasi inexistantes. Pour Stathis Kalyvas, si la jeunesse grecque se mobilise aussi peu, c’est le résultat du manque d’autonomie et de la surprotection de leur famille. « Ce sont des enfants gâtés qui tombent de leur chaise, assène-t-il. La crise les forcera à être plus dynamiques, plus créatifs dans les prochaines années. » Quant à Victor, c’est décidé : pinceaux en poche, il part à Paris la semaine prochaine. « Ici, je ne dessine que des choses tristes. Là-bas, je vais voir du beau. » Depuis qu’il assume ses ambitions artistiques, son père lui a coupé les vivres.

Liana, 21 ans: « Je vais tout faire pour trouver un travail en Grèce, mais si vraiment je n’y arrive pas, je partirai »
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Source : Marine Courtade et Ulysse Mathieu StreetPress
Photos : Marine Courtade et Ulysse Mathieu
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Commentaires
13,6% de jeunes votant pour un parti dont les militants frappent quotidiennement des immigrés, voire assassinent impunément ( c'est en tout cas ce dont sont persuadés tous les athéniens que nous avons rencontré, de droite comme de gauche) j'appelle cela non pas un succès, mais en tout cas un évènement, et pas tellement anodin. Quand à une tentative d'amalgame entre extrême gauche et extrême droite: ce n'est pas du tout le propos de l'article. Mais force est de constater, cependant, que les jeunes poussent à un renouvellement de la classe politique, et que ce renouvellement, pour eux, passe par un vote pour des partis qui ne font pas partie du jeu politique habituel. Et ces partis, ce sont et Syriza, qui, si les qualificatifs peuvent changer, gauche radicale ou extrême gauche, fédère des partis dont certains peuvent difficilement être qualifiés autrement que comme cela, et Chryssi Avgi. Voila ce que nous disons, rien de plus.
AlerterQuand a la protection des familles, un exemple : la Grèce est un pays de propriétaires. Un nombre très important de familles possède un appartement à Athènes ou dans une autre ville, et beaucoup de jeunes vivent dans ces appartements, qu'ils appartiennent à leurs parents où à un oncle ( ou une tante) C'est cela que nous avançons dans l'article, parce que nous avons pu le constater sur place. Et dans un pays où les plans de rigueur se multiplie, les jeunes restent protégés, notamment par ce biais. C'est peut-être un processus européen, mais en Grèce ça compte, et c'est un élément de compréhension.
Quand au propos de Stathis Kalyvas, ils nous paraissaient pertinents, ils ont au moins le mérite de vous faire réagir, ce sont ses mots et pas les nôtres.
Qund à la phrase "De nombreux spécialistes affirment que les jeunes votent davantage qu'avant. Impossible de vérifier cette information, faute de données" et bien elle n'affirme rien ne vous en déplaise. Des spécialistes nous l'ont dit, nous avons cherché a vérifier, nous n'avons pas réussi, nous le disons parce que cela permettait d'introduire le fait que les études statistiques sont quasi inexistantes en Grèce, ce qui nous paraissait, là aussi, un élément de compréhension.
Bien à vous.
Ulysse
Avec deux ancien de l'ESSEC et une membre du Figaro comme créateurs, je ne m'étonne pas de lire ici une énième tentative d'assimilation de la gauche de la gauche avec l'extrême droite ! Syriza n'est pas un parti d'extrême gauche, enfumage tout ça... 13,6% d'électeurs chez les jeunes de 25-34 ans, vous appelez ça un succès ? Si vous comptez les 24-35 ans ça descend à combien ? Cet article se fourvoie dans la caricature et l'amalgame. Vous appelez ça de l'information vous ? "des enfants gâtés qui tombe de leurs chaises", "c’est le résultat du manque d’autonomie et de la surprotection de leur famille", vous voudriez qu'on fasse appel au père fouettard ? Mais de quelle famille parlez vous ? La famille Duck ? Ingalls ? Savez vous que les enfants qui ont besoin de leurs familles de plus en plus tard est un fait récurant dans tout le monde occidental et pas seulement en Grèce ? "les jeunes votent davantage qu’avant, mais ne prennent pas leurs cartes dans les partis. Impossible de vérifier cette information, faute de données." La vous affirmez carrément quelque chose que vous ne pouvez pas vérifier ! C'est ça du "journalisme" ? Il ne s'agit pas d'un combat de l'extrême gauche contre l'extrême droite mais d'un combat de la gauche de la gauche ( c'est à dire la vraie gauche, pas celle des nomination et du clientélisme) contre l'ultralibéralisme, celui des socialistes européens, de leurs copains les conservateurs mais aussi contre les derniers chiens de garde du capital : l'extrême droite...
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