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Le Cannabis Social Club perquisitionné : « La police s'est trompée d'ordinateur »

Les membres de l'asso clandestine peuvent continuer à planer tranquillement !

Fumeux | Interviews | par | 26 Février 2013

Le Cannabis Social Club perquisitionné : « La police s'est trompée d'ordinateur »

Décapité le mouvement des Cannabis Social Club ? Son boss Dominique Broc assure que non puisque la police a tout pris « mais s'est trompée d'ordinateur » lors d'une perquisition jeudi.

Dominique Broc a eu la chance de voir la police sonner à sa porte, jeudi 21 février à 7h50. Objet de cette visite matinale : une perquisition approfondie de son home sweet home et une mise en garde à vue. Après une nuit au poste, le porte-parole des Cannabis Social Clubs a été relâché mais il devra passer en jugement le 8 avril prochain, au tribunal correctionnel de Tours, pour « usage et détention illicite de cannabis et refus de prélèvement d’ADN ».

Les Cannabis Social Clubs (CSC) regroupent des particuliers qui cultivent et partagent leurs plants. Ils prônent un usage modéré et régulé du cannabis et s’opposent au trafic. Les CSC avaient prévu de déposer un statut très officiel d’association le 4 mars, à la préfecture d’Indre-et-Loire, malgré la pénalisation de leur activité. Dominique Broc avait prévenu qu’en l’absence de réaction policière, plus de 400 Cannabis Social Clubs se déclareraient dans sa foulée, dans la France toute entière. Objectif : déclencher un grand mouvement social demandant la fin de la prohibition.

Mais patatras, le week-end dernier, les autorités sont bel-et-bien intervenues. De quoi remettre en cause la stratégie du mouvement ? D’autant plus que si le Cannabis Social Club revendique toujours 400 cellules membres, il n’en apporte pas la moindre preuve. Le 1er décembre, en marge de leur AG, un membre actif de l’association clandestine confiait même qu’il n’y avait pour le moment que 3 clubs officiellement constitués.

Quelle est la véritable raison de votre garde à vue ?

C’est à cause du procureur de la République qui n’a pas apprécié notre médiatisation. On le voit bien dans le chef d’inculpation : il me reproche à la date du 19 janvier, d’avoir fait de la provocation à l’usage. Il faut savoir que le 19 janvier, la Nouvelle République a publié à Tours une Une sur le cannabis en Touraine. Quand on ouvrait le journal, il y avait deux pages qui nous étaient consacrées et où, vraiment, on nous avait bien présentés. Un article magnifiquement fait par La Nouvelle République. La garde à vue est directement liée à cet article. Il y a eu une réaction des lecteurs qui se sont montrés tous favorables au CSC. Et quelques jours plus tard, la Nouvelle République en a remis une petite couche avec un article « votre avis nous intéresse ». Ca a fait le buzz.

Le procureur de la République, monsieur Varin s’est en offusqué dans les colonnes du journal. J’avais répondu à la radio que j’étais à la disposition de monsieur Varin, que s’il voulait vraiment m’entendre, on pourrait discuter. Si c’était qu’une question d’ignorance sur le sujet, on pouvait très bien en discuter, il n’était pas obligé de m’avoir en audience.

Quand on ouvrait le journal, il y avait deux pages qui nous étaient consacrées et où, vraiment, on nous avait bien présentés. Un article magnifiquement fait par La Nouvelle République.

Comment s’est passée la perquisition de votre domicile ?

Ils sont arrivés jeudi matin un peu avant 8h. Quand j’ai vu que c’était les gendarmes, je n’étais pas surpris. Je m’attendais à ce qu’ils viennent. Tout de suite, je les ai accueillis avec le sourire, il n’y a pas eu de soucis. C’est le « vous » qui a été utilisé dans les deux sens. Donc un respect de chaque côté. Ils m’ont notifié ma garde à vue tout de suite, la minute après qui a suivi leur entrée. On a entamé la perquisition qui s’est bien passée. On a été directement dans l’espace culture. On est resté un moment là. Puis ils ont commencé à faire le tour des objets de la maison. Là, ils ont un petit peu dérapé dans la mesure où ils m’ont pris tout ce qui me concernait, tout ce qui avait une feuille de cannabis dessus, des revues, tous les journaux qui avaient traité de nous… Tout ça, c’est légal, mais ils les ont quand même saisis.

Ensuite ils se sont attaqués à mon matériel informatique, ordinateur, clés USB, même celles qui n’étaient pas à moi et que les gens avaient oubliées. Tout ça, c’est parti. Et ils ont pris des disques durs qui étaient sur mon bureau, qui n’avaient absolument rien à voir avec le cannabis. C’était personnel, avec des vidéos des enfants. Puis ils se sont attaqués aux vaporisateurs. Il y avait une table avec plein de vaporisateurs Volcano et un autre petit vapo personnel qui me servait surtout pour convertir les gens à ne plus fumer et plutôt vaporiser. Donc ça me servait aussi de prévention et de réduction des risques… A 11h, j’étais à la gendarmerie à côté de chez moi, à Montbazon. Il y a eu 4 ou 5 auditions pendant la journée. Elles se sont toutes bien passées.

Il y avait une table avec plein de vaporisateurs Volcano et un autre petit vapo personnel

Beaucoup de matériel a été saisi : à combien s’élèvent les pertes ?

Je n’ai pas encore vraiment chiffré les pertes. Mais bon, ça s’élève quand même à plus de 2.000 euros, c’est sûr. Sans compter les vaporisateurs et tout le reste, l’ordinateur, le téléphone portable, que je pense pouvoir récupérer. J’entends bien tout récupérer, même les lampes. On va voir ça avec mon avocat. C’est du matériel vendu en toute légalité, j’ai payé une TVA dessus, donc il n’y a aucune raison. Vu la façon dont ils ont tout démonté, il y a beaucoup de matériel que je ne pourrai pas réutiliser tel quel. On va demander sa restitution ou son remboursement. Mais on ne va pas en rester là.

Sinon, il y avait 126 plants. C’est en tout cas ce qu’ils ont dit. Mais moi je précise que sur ces 126 plants, une cinquantaine était des petites boutures à peine enracinées. Donc des plantes qui font à peu près 3 centimètres. Dans le lot fumable, il y avait une récolte possible, avec quelques AK-47 (variété hybride de cannabis, ndlr). J’attendais le weekend pour les récolter, des médias devaient venir. On pouvait attendre jusqu’à samedi.

Les pertes s’élèvent à plus de 2.000 euros, sans compter les vaporisateurs et tout le reste…

La police a-t-elle mis la main sur la liste des membres cultivateurs ?

Absolument pas. Ils se sont trompés d’ordinateur. Ils l’ont laissée sur la table.

Donc n’y a-t-il pas des risques pour les membres de se faire arrêter ?

Ah bas des risques, il y en a ! Sur mon ordinateur, il y a des fichiers qui sont croisés quand même. Mais les risques, les gars, ils s’en fichent. Ils savent très bien que le contrat individuel qu’ils ont signé stipule qu’ils adhèrent totalement aux bases politiques du CSCF (Cannabis Social Club Français, ndlr) et au code de conduite. C’est-à-dire l’appel à la désobéissance civile. Et ils acceptent de fait qu’on utilise le contrat individuel et leur carte d’identité pour les dénoncer. Chez nous, les référents du CSCF ont la possibilité de remettre les listes.

Vous expliquiez que s’il n’y avait aucune réponse policière à votre activisme, tous les CSC de France se déclareraient en préfecture. Ca ne semble plus d’actualité avec cette garde à vue…

Non ! On s’y attendait quand même. Quand on est exposé comme ça médiatiquement, on s’attend à une réaction. C’était prévu. Et même mieux que ça, ça a galvanisé les troupes en fait. On a eu un soutien sans précédent. L’effet Streisand dans toute sa splendeur. J’ai des médias du monde entier qui vont être présents à Tours le 8 avril. Il va y avoir masse de médias et foule de gens. Ça va être une première pour la ville. Je précise bien que je ne suis pas derrière cet élan de solidarité. Il est venu tout seul. Les gens m’appellent, ça n’arrête pas.

Cette garde à vue ne change rien. La fédération des Cannabis Social Clubs a toujours prévu de se déclarer le 4 mars, il n’y a absolument rien de changé. Au contraire, on est plus motivés que jamais. Et le 25 mars on dépose les clubs. Il y en a plus de 400 en France au total. On va faire une formation la semaine prochaine pour tous les référents pour qu’ils puissent eux-mêmes les valider à raison d’une cinquantaine par jour.