06/03/2015

Le président des Indivisibles répond à la polémique

« Pourquoi nous irons au rassemblement contre l’islamophobie aux côtés de l'UOIF »

Par Amadou Ka

Amadou Ka n'est « pas fan » de l'UOIF. Pourtant, son association Les Indivisibles participera bien au meeting du 6 mars contre l'islamophobie : « la solidarité vis-à-vis des personnes victimes de racisme n'est pas conditionnée à leurs opinions. »

Vous savez certainement que Les Indivisibles appellent à participer au meeting du 6 mars contre l’islamophobie. Et si vous ne l’avez pas appris par nous, c’est certainement par ceux qui prennent un malin plaisir à critiquer toutes nos démarches. Le réveil soudain de ces détracteurs aux arguments très contestables ne nous fait aucunement douter, bien au contraire ! Ils confortent encore plus notre position. Voyez plutôt.

Sur StreetPress, la militante antifasciste Ornella Guyet expliquait pourquoi elle n’ira pas au rassemblement contre l’Islamophobie aux côtés de l’UOIF :
« L’antiracisme oui, mais pas aux côtés de n’importe qui ! »
Une tribune à relire ici.

83 organisations seront présentes

Depuis les terribles attentats de janvier, nous assistons effectivement à une inquiétante montée de l’intolérance, notamment de l’islamophobie et de l’antisémitisme. Cela crée des dissensions au sein du peuple de gauche – on s’y attendait – et au sein même d’un parti comme Europe Ecologie (EELV), qui a retourné sa veste aussi vite qu’un président de la République – on s’y attendait un peu moins.

Ce qui unit tout ce beau monde ? Une tendance à rhabiller ce meeting du costume des affreux barbares islamo-communautaro-fascistes. Pour illustrer tout ça, ils citent pêle-mêle : le CCIF, le Parti des Indigènes de la République (PIR), l’UOIF et les Indivisibles, donc. Je reviendrais sur notre présence dans cette blacklist par la suite. Il est intéressant que sur les 83 organisations signataires, seules les organisations musulmanes – ou supposées telles – soient mises en lumière ! Exit donc les associations de défense des droits de l’homme, les syndicats, les partis politiques et même les associations confessionnelles catholiques ou juives.

De la CGT à Attac en passant par le Cran, toutes seraient donc tombées dans le piège des radicaux musulmans-communautaristes ! Une critique problématique, qui justifie en elle-même la tenue d’un tel événement. On connaît le travail du Collectif contre l’islamophobie en France. Comment ne pas voir que le « problème musulman » a fait irruption dans cette cabale ? Comment ne pas s’étonner des arguments avancés contre le PIR, même s’ils ne sont pas nouveaux, quand ceux-ci s’arrêtent à la surface sémantique de leur discours sans en discuter le fond politique ?

Peut-on dénoncer l’islamophobie et refuser les organisations religieuses ?

En ce qui concerne l’UOIF, dont je ne suis pas fan, je comprends le scepticisme de certains quant à leur présence. D’autant que les raisons avancées peuvent être recevables. Mais finalement, n’est-il pas logique qu’un meeting contre l’islamophobie rassemble aussi bien des organisations laïques voire athées de gauche que des organisations religieuses ?

Le climat devient délétère et il me semble urgent de dépassionner le débat pour revenir à l’objectif de ce meeting :

« L’égalité, et rien d’autre ! »

Nos concitoyens de confession musulmane sont de plus en plus stigmatisés, ils sont l’objet de violences verbales et physiques, quelles que soient par ailleurs leurs convictions. C’est tout simplement cela qu’ont compris la quatre-vingtaine d’organisations de tous horizons qui se sont associées au meeting. La raison d’être de cet événement n’est pas de justifier les positions de l’UOIF, et il est malheureux que des personnes de bonne foi se laissent ainsi piéger par des arguments fantasmatiques qui cherchent à le faire croire.

Les Indivisibles, des communautaristes… mais de quelle communauté ?

Oui, cela nous interpelle qu’on intègre les Indivisibles à la liste des « méchants musulmans infréquentables ». Non pas que nous soyons vexés d’être cités aux côtés de ces diverses organisations, mais nous sommes sidérés d’être présentés comme une association islamique, communautariste, islamo-gauchiste ou islamo-fasciste.

En effet, pour vous dévoiler les coulisses de notre vénérable institution, notre conseil d’administration est composée aujourd’hui de 8 membres : des femmes et des hommes de toutes conditions, de toutes couleurs et portant des convictions politiques et religieuses diverses. Une vraie union républicaine au sein de laquelle le religieux n’a pas d’importance : nous n’en parlons jamais, puisque notre truc, c’est la critique du discours raciste médiatisé.

Si on scrute à la loupe nos diverses prises de positions, comme devrait le faire toute personne intellectuellement honnête, il est impossible de nous ranger dans la case « communautariste ». D’ailleurs, on en rigole souvent entre nous :

« Communautaristes, mais de quelle communauté ? »

Chaque année les Indivisibles organisent la cérémonie des Y'a bon awards. / Crédits : Les Indivisibles

Ce qui parait en revanche évident, c’est que ces attaques en règle sont inspirées par des personnes qui n’ont que modérément apprécié le « Y’a bon award » qui leur a été décerné, une prix qui récompense les personnalités ayant proféré les paroles les plus racistes, les préjugés les plus stigmatisants. Il suffit de consulter sur notre site la liste des membres du jury et celle des citations les plus « yabonisées » pour réaliser que Les Indivisibles sont un petit peu plus complexes que la case dans laquelle certains aiment tant nous ranger. Mais s’ils cherchent à discréditer notre cérémonie, c’est aussi pour museler notre lutte contre le racisme banalisé dans les médias, et particulièrement l’islamophobie.

La solidarité est inconditionnelle

Nous irons donc au meeting du 6 mars. Non pas pour y trouver plein de « copains » avec qui nous sommes d’accord sur tout. C’est un meeting unitaire, pas une sortie au resto entre potes. Il est normal d’y trouver des gens avec qui nous avons des divergences plus ou moins profondes. Et la situation exceptionnelle d’aujourd’hui justifie que l’on se rassemble le temps d’une soirée, autour d’un point commun : l’indignation que nous ressentons face au racisme islamophobe.

La solidarité vis-à-vis des personnes victimes de racisme ne doit pas être conditionnée à ce qu’on pense de leurs opinions ou de leurs prises de positions. Mais ça, nos détracteurs n’ont peut-être pas envie de le voir ainsi : peut-être pensent-ils qu’il faut « mériter » quelque chose pour être protégé du racisme ? Nous ne verrons sans doute jamais les choses de la même manière, comme je suis certain qu’on ne voit pas la robe de la même couleur.

A relire : « Pourquoi je n’irai pas au rassemblement contre l’islamophobie aux côtés de l’UOIF »