03/04/2012

« Tout ça c'est la conséquence de la guerre en Libye »

A Paris la communauté malienne en veut à Juppé et Sarko

Par Rozenn Le Carboulec

Sur StreetPress Touré el Moktar, activiste pour l'unité du Mali est cash: « Nicolas Sarkozy est responsable. » Les représentants de la communauté malienne voient dans la destabilisation de leur pays les suites de la politique de la France en Libye

Pour certains des membres de la communauté malienne française, réunis dans la petite salle d’un Foyer de jeunes travailleurs dans le 13e arrondissement de Paris, la sanction tombe comme un couperet. Le 2 avril à 19h la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a décidé d’un « embargo total » sur la junte malienne avec l’appui de l’Onu, de la France et des Etats-Unis. Touré el Moktar, secrétaire général du CMFPaix vient d’apprendre la nouvelle. Il préfère se lever dans un geste d’énervement.

Ceux qui sont réunis ce même soir à Paris sont tous membres du Collectif des maliens de France pour la paix, un mouvement apolitique qui se bat pour l’intégrité du territoire et la sauvegarde de son unité nationale. Celui-ci a été créé le 17 janvier 2012, date à laquelle les Touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) ont attaqué l’armée à Ménaka, à l’est.

Rappel Les revendications de ces derniers ? L’indépendance de l’Azawad, qui correspond aux trois régions de Kidal, Tombouctou et Gao, qui occupent tout le nord du pays.  « Les Touaregs ne sont que 500 000, sur quinze millions d’habitants et ils veulent annexer les trois quarts du pays, comment imaginer ça ? Ce n’est pas légitime », dénonce Bourlaye Keita, coordinateur chargé des relations extérieures au CMFPaix. Ramata Coulibaly, 65 ans, se souvient d’une époque où de tels soulèvements étaient inimaginables :

« Chez moi, à l’époque, les Touaregs n’allaient pas à l’école. Notre président, Modibo Keïta, avait demandé à chaque famille d’accueillir un Touareg. C’était un devoir civil. On a grandi ensemble. Aujourd’hui, ça nous est tombé sur la tête. Certains se sont retrouvés en position de force avec l’armement. »

Libye Autour de la table, les esprits s’échauffent et les discussions débouchent très vite sur le rôle de la France dans ce conflit. « Tout ça, c’est la conséquence de la guerre en Lybie. Nicolas Sarkozy est responsable », accuse Touré el Moktar, secrétaire général du collectif. Bourlaye Keita ajoute : « Après la chute de Kadhafi, des centaines de convois se sont orientés vers le sud. Ce sont des personnes qui se sont retrouvées sans emploi, sans ressources. L’Otan n’a pas pu passer à côté. Ils ont laissé faire, ils ne les ont pas désarmés. »

Le Mali est aujourd’hui le théâtre de soulèvements armés, aux revendications diverses. Au Touaregs se sont ainsi mêlés des mercenaires et des membres d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

« La seule chose qui préoccupe Juppé, c’est la montée des groupuscules islamiques », dénonce d’ailleurs Konte Tapa, chargé de la mobilisation pour le CMFPaix, qui pointe du doigt la passivité de l’opinion internationale, mais également l’incompétence des dirigeants maliens. « Si les politiques avaient fait leur boulot depuis 50 ans, on n’en serait pas là », insiste Bourlaye Keita. 

Les Touaregs ne sont que 500 000, sur quinze millions d’habitants et ils veulent annexer les trois quarts du pays, comment imaginer ça ?

Mobilisation Tous sont d’accord pour affirmer que l’Etat n’a pas su gérer les premières vagues de rébellion. Ils remettent sévèrement en cause la désertion du colonel Alhaji Ag Gamou, chef des opérations militaires de l’armée malienne à Kidal, qui a annoncé son ralliement à la rébellion après la prise de Gao, à l’ouest de Ménaka. « Il a livré Kidal et Gao. Il s’est échappé en laissant les autres mourir. Gamou a trahi toute l’armée », fustige Alassane Touré, président de la Coordination des ressortissants du nord du Mali.

« On est très tristes, témoigne Alassane Touré. Ma belle famille était enfermée à Tombouctou, ils ont tout pillé. Ils violent les femmes, ils égorgent les habitants et personne ne fait rien. Je viens d’avoir le chef traditionnel de Gao au téléphone. Ils m’a dit qu’ils avaient cassé toutes les pharmacies, l’hôpital, la maternité… Aujourd’hui, plus personne ne peut acheter de sacs de riz là-bas. »

Alors que le premier tour des élections présidentielles était initialement prévu pour le 29 avril, l’avenir démocratique du pays est plus que menacé et les craintes grandissent. « J’ai peur de la pénurie alimentaire », s’inquiète Touré el Moktar. Les membres du CMFPaix sont mobilisés. Ils appellent à une marche unitaire le samedi 7 avril, à 14h, métro Boissière.

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