22/02/2013

Report : Kourtrajmé débarque à Sciences-Po

Par Thomas Chenel

Jeudi 21 février, le collectif de cinéastes Kourtrajmé était invité rue Sant-Guillaume. L'occasion de faire découvrir à Clémentine, venue sur les conseils de son prof d'urbanisme, le sketch du chat de la grand-mère d'Abdel Krim.

Ils sont des dizaines d’étudiants à trépigner à l’entrée de la salle pour assister à la Masterclass organisée par l’association « Noise le bruit de la ville », dans le cadre de la Semaine du Cinéma à Sciences-Po, rue Saint-Guillaume. « On voit qu’il y a du monde, donc ça va », confie tout souriant Kim Chapiron, l’un des fondateurs de Kourtrajmé avec Romain Gavras. 19h15, ça y est, l’amphi Emile Boutmy ouvre enfin ses portes pour deux heures de débats/projections.

Le collectif Ils sont trois présents sur les 134 membres que compte le collectif producteur de courts-métrages. Kim Chapiron, le chevelu Mohamed Mazouz et Ladj Ly reviennent sur les différentes étapes qu’a connues Kourtrajmé, des débuts avec Paradoxe perdu aux films plus récents. Violence, provocation, humour, voilà ce qui caractérise leurs courts-métrages. Avec comme mantra : « Je jure de ne pas écrire un scénario digne de ce nom ».

Pour Kim Chapiron, un seul objectif « foutre le bordel de façon gratuite et pour se faire plaisir ». Pour le cinéaste à la gueule de samouraï, Kourtrajmé, apparu en 1994, s’inscrit dans la veine des cultures urbaines et s’est inspiré de Métisse (1993) de Mathieu Kassovitz et surtout de La Haine (1995), avec Vincent Cassel.

High-tech La projection de différents courts-métrages commence. L’amphi est pour le moins bien équipé : pas moins de cinq écrans plats sont accrochés aux murs, sans oublier la grande toile de projection. Impossible de se plaindre de ne pas y voir. Sciences-Po a certes tous les moyens techniques à disposition mais encore faut-il savoir les faire fonctionner. L’image apparaît, mais le son est aux abonnés absents. La salle éclate de rire. Kim Chapiron propose que Mohamed Mazouz nous parle de ces cheveux pour faire passer le temps. Il refuse. Le son revient, on est sauvé.

Pendant les courts-métrages, les rires fusent. La Barbichette avec Vincent Cassel dans le rôle d’un des frères Wanted, recueille un vif succès. Mais des étudiantes ont, elles, du mal à supporter certaines images violentes et n’hésitent pas à cacher leurs yeux derrière leurs mains. Quand apparaît la scène où le chat de la grand-mère d’Abdel Krim se fait estropier et sodomiser par un balai, une clameur de dégoût traverse la salle. Adrien, un des organisateurs de Noise, se sent même obligé de préciser qu’aucun « animal n’a été tué pour réaliser le court-métrage ». A la fin de chaque projection, des applaudissements nourris se font entendre. Le public semble conquis. Un étudiant remercie Kourtrajmé d’être venu, avant de reconnaître :

« Ce n’est pas souvent qu’on a ce genre de choses ici, c’est plus chiant d’habitude. »

Le collectif avoue de son côté qu‘« il ne s’attendait pas à venir faire une conf’ à Science Po… et à leur parler du Chat de la grand-mère d’Abdel Krim.»


Video Pour ceux, by Kourtrajmé

Intermède géopolique Après la projection, vient l’heure des questions. Les étudiants courtois n’oublient pas de remercier un à un Kourtrajmé d’avoir accepté l’invitation de Science Po. Intéressés et visiblement connaisseurs pour un certain nombre d’entre eux, ils posent des questions précises sur les différents courts-métrages. Quand soudain, un étudiant prend le micro au balcon de l’amphi et interroge Ladj Ly:

« La crise du Mali n’a-t-elle pas ses origines dans l’opération libyenne ? »

Le public s’esclaffe. Non pas que le sujet prête à rire, mais Pierre, organisateur de l’événement, recadre le débat : « On va éviter les questions de géopolitique ».

« Moi ça m’a choquée » Il n’y a pas que des étudiants de Sciences-Po Paris présents à la masterclass. Certains viennent aussi d’autres universités ou d’écoles de cinéma. C’est le cas de Victor, étudiant à l’ESRA, une école de cinéma et d’audiovisuel. La réussite du collectif Kourtrajmé le fait rêver. Il aurait aimé percer comme eux, sans passer par une école. « Mais j’ai besoin d’une école pour avoir un bagage. Je n’avais pas de pistons », confie-t-il. Un tacle lancé à Romain Gavras et Kim Chapiron, tous les deux « fils de » ?

A la sortie de l’amphi, Clémentine, étudiante à Sciences-Po, fait part de ses émotions : « Moi ça m’a choquée ». Elle précise qu’elle n’avait jamais vu auparavant les courts-métrages. Ses amies assurent qu’il s’agit d’une culture à laquelle elles sont peu habituées. Hanaline, indique qu’elles sont venues sur les conseils de leur prof d’urbanisme et notamment pour voir le court-métrage 365 jours à Clichy-Montfermeil, au sujet des émeutes en banlieue en 2005. Tiphaine ajoute qu’elle écoute du rap mais sans pour autant vraiment connaitre les cultures urbaines. Avant d’affirmer : « c’était cool d’échanger avec eux ».

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