07/07/2016

Course de drones dans le Val-d'Oise

Un champ, des geeks et des drones

Par Juliette Redivo

4 drones décollent, slaloment entre les portes. Rapidement l’un d’eux se crache. Dépité, le concurrent relève ses lunettes de pilotage. Ce dimanche, ils sont une trentaine à participer à cette compétition à mi-chemin entre l’aéromodélisme et le jeu-vidéo.

Cergy-Pontoise – Au milieu de l’immense champ, Mathieu équipe son petit drone pour la course. Dans la fraîcheur de ce dimanche matin, il revisse, démonte et remonte la batterie avec précision. Le grand brun rejoint un petit groupe qui fait la queue devant un homme aux étranges lunettes. « T’es sur quelle fréquence ? » demande mécaniquement le testeur, en vérifiant l’état de chaque drone. Ça passe pour Mathieu.

Il retire ensuite sa fiche de présence à la tente des arbitres, située un peu plus loin. Ici, on détend les pilotes à coup de musique country : « J’espère qu’il ne va pas pleuvoir », s’inquiète l’un. « Bah alors, t’aimes pas l’odeur de la campagne ? », lâche un autre. Le jeune de 22 ans va s’installer avec d’autres concurrents sur les chaises de camping, devant le parcours de la course.

Il l’analyse une dernière fois et pose ses lunettes devant les yeux. Au son de la voix de l’arbitre, il s’empare des commandes :

« Les pilotes, vous êtes prêts ? Les juges, vous êtes prêts ? Armez ! Top ! »

9 drapeaux et 4 portes

Les drones décollent et atteignent rapidement les 130km/h. Le premier traverse facilement le cercle rond et slalome autour de plusieurs drapeaux. Il est petit à petit rattrapé par une autre machine. « Bon bah voilà. J’ai raté la porte et je me suis pris les câbles », lâche son adversaire qui vient de percuter un poteau. C’est fini pour lui. Ce sont les règles du jeu : « un drone à terre qui ne se relève pas est disqualifié », prévient Eric Bouet. C’est lui qui est à l’origine de cette toute première compétition sur le terrain du Club Modéliste de Cergy-Pontoise.

Les concurrents en plein effort. / Crédits : Juliette Redivo

Pour ce premier tour, l’organisation est encore en rodage : le chrono de Thomas n’est pas parti et son voisin a des soucis de vidéo. « J’ai des images fantômes. C’est AlexB qui fout le bordel, ça bave sur l’écran ! », lance un juge au pilote qu’il suit. Chaque juge et chaque pilote sont connectés à des masques First Person View. Ils peuvent ainsi voir en direct les images filmées par les caméras embarquées du drone.

Julien, qui s’occupe de rapatrier les drones égarés sur le terrain, revient avec un sourire taquin en travers du visage :

« C’est toujours comme ça, la discipline n’existe que depuis moins de 2 ans, donc on est tous un peu amateur. »

Des « loosers » et des boss

La discipline est jeune et une partie des concurrents pratique depuis moins d’un an. Le drone, c’est leur nouveau joujou. « C’est ma 2e compétition : j’ai terminé 21e sur 32 à la dernière course. Il faut des loosers dans toute compet’ ! », indique Joseph, alias Jihel. Mathieu aussi a la dernière course en travers de la gorge :

« J’ai été éliminé en 8e de finale, j’ai eu un contre-jour en sortant du tunnel. »

Concours de swag. / Crédits : Juliette Redivo

Il y a tout de même quelques habitués. « Aujourd’hui il y a pas mal de brutes : l’équipe là-bas c’est la Team Further, ils sont toujours dans le top 10 », explique Joseph, en désignant une tente grise. Chez les Further, on a sa propre tente perso, ses cartes de visites et son t-shirt de l’équipe floqué aux couleurs des sponsors.

Une drogue dure

« Il y a aussi Skylex, c’est le meilleur », reprend le pilote. Alexandre, aka Skylex, a 17 ans. Il prend la 2e place du classement, dès la première course. Sa technique : toujours piloter debout. Malgré son jeune âge, il a déjà pas mal de bouteille :

« J’ai fait de l’avion en modélisme pendant 8 ans. Ça m’aide pour piloter les drones. J’ai fait pas mal de courses : en Espagne, à Dubaï, en Italie, en Belgique au Portugal… J’arrive souvent dans les 3e premiers. »

Rien que ça. Lui aussi a droit à toute une clique de sponsors. Avant sa deuxième course, il va chercher quelques conseils auprès d’un homme un peu en retrait. C’est Laurent Lombard aka Rotoboy, champion du monde de la discipline. C’est le premier de la course et c’est également le participant le plus âgé. Il a 51 ans :

« C’est jouissif de battre des jeunes. Je pratique le modélisme depuis 35 ans. »

Le compositeur de musique dégage 2 heures par jour, le midi, pour pratiquer :

« C’est carrément une drogue. Quand il ne fait pas beau dehors je ne me sens pas bien. »

Drone made in Leroy Merlin

Une petite troupe de pilotes se forme autour de lui, pour une leçon improvisée :

« Comment tu fais pour ne pas trop décharger de batterie ? Et pour ne pas perdre de vitesse ? »

Les pilotes de drones sont aussi les rois de la bricole. / Crédits : Juliette Redivo

A 130km/h, la batterie ne tient pas plus de trois minutes. L’important, pour le boss, c’est de bien équiper sa machine. La plupart ont bidouillé leur drone en entier. Julien a tout créé avec une imprimante 3D. Manu s’est dégoté un moteur plus puissant. Thomas a un châssis découpé dans une plaque en carbone, une technique de construction navale. D’autres rentrent même des lignes de codes. « On vient tous plus ou moins du milieu geek », explique Joseph. Le père de Thomas, qui lui sert de coach, est modéliste 3D dans les bateaux. Joseph est développeur web, Julien ancien testeur de jeux vidéos et Mathieu est dessinateur industriel.

Des vis et du vice

En haut du terrain, les concurrents se préparent pour les courses de l’après-midi. Un tournevis dans une main et un sandwich dans l’autre, ils réparent les quelques dégâts de la matinée. Les courses s’enchainent. Les meilleurs se qualifient rapidement et lancent des vannes aux autres :

« Alexis tu t’es crashé dans la porte en forme de trou de bal ! »

18 heures, début de la finale. La course oppose Laurent, Zai de la team Further, Benjamin et Mathieu. Zai et Benjamin percutent, chacun à leur tour, l’une des portes. Mathieu, arrache la deuxième place. Il se rapproche de ses copains, bras levés et lance des « Yes ! » de victoire. Laurent est premier :

« J’ai eu chaud tout le long. J’attendais qu’ils se crashent donc je suis parti le dernier. Et j’ai avancé tranquille. »

Mathieu remballe ses affaires, sa coupe à la main. Pas peu fière, il lance :

« J’ai raflé la seconde place, avec un drone 4 pouces et une GoPro à 40€ ! »