03/09/2019

« L’État français doit protéger la migrations des minorités sexuelles et de genre ! »

Sama, agressée parce qu’elle est une femme trans, immigrée et pauvre

Par Mathieu Molard

Au Maroc, Sama s’était retrouvée en prison en raison de son identité de genre. Arrivée en France, son calvaire continue : d'abord à la rue, elle se fait agresser. Et quand elle trouve un logement, son voisin la harcèle et la menace.

Le 5 juillet dernier, Sama est réveillée à l’aube par l’alarme incendie de son HLM. En ouvrant la porte de son appartement, elle découvre une pile de journaux en feu. Parce que femme, transidentitaire, marocaine, pauvre et militante, Sama subit discriminations et agressions depuis de nombreuses années. Au Maroc d’abord, où son identité de genre l’a envoyée en prison, puis dans les rues de Lyon et enfin jusque dans son HLM.

« Je ne sais pas qui a fait ça, en tout cas je n’ai pas de preuve de qui a mis le feu », soupire-t-elle. Mais l’acte n’est pas isolé. Depuis de nombreuses semaines, la jeune femme est dans le collimateur de son voisin de palier. « Il me jette des mots en arabe », détaille Sama ou lui assène « T’es un homme ou une femme ? ». La jeune Marocaine tente de lui répondre gentiment, mais impossible de dialoguer. « Il me disait “Sois musulmane” et me menaçait de mort ». Des propos qu’elle a signalés à la police, mais le voisin interrogé nie. « Ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire de plus ».

Envoyée en prison au Maroc

Sur sa vie au Maroc, où elle est née, elle préfère ne pas en dire trop. « Pour ne pas mettre ma famille en danger. » Elle raconte tout de même l’événement qui l’a envoyée en prison alors qu’elle était étudiante à Marrakech. À la sortie d’un dîner avec des amis, elle est interpellée, sans raison, par des policiers.

Au commissariat, les fonctionnaires sont brutaux. « Ils m’ont mis des claques pour me forcer à signer un papier et m’ont fait croire que je pourrais sortir si j’acceptais. » Effrayée, elle finit par céder. Sur le document, paraphé sous la contrainte et qu’elle ne lira que plus tard, l’étudiante reconnaît avoir commis des « actes contre-nature » : la législation marocaine criminalise « les actes licencieux ou contre-nature avec un individu du même sexe » (1). Sama est envoyée en cabane. Interrogée par le site internet Prison insider, elle raconte :

« J’ai été violée, chaque jour, pendant trois mois, par mes codétenus [des hommes (2)] et parfois aussi par des gardiens. »

Agressée dans les rues lyonnaises

Trois ans après ce passage en prison qui la laissera « vraiment traumatisée », Sama quitte le Maroc pour la France. D’abord Paris, puis Lyon. Mais son calvaire n’est pas terminé. À la rue pendant sept mois, elle est victime de plusieurs agressions violentes. « Une personne a voulu me tuer avec un couteau. Une autre m’a volée quand je dormais. J’ai fini plusieurs fois à l’hôpital. »

Elle trouve du soutien grâce à plusieurs associations et notamment au centre LGBT de Lyon. Mais ce milieu n’est pas exempt de racisme :

« Quelqu’un m’a dit à une soirée “Rentre dans ton pays, on doit d’abord aider les gays français”. »

Militante

Sama obtient finalement un titre de séjour de 10 ans en avril 2018. Le sésame lui ouvre les portes d’un HLM. L’occasion d’enfin souffler, croit-elle. Mais maintenant, c’est l’un de ses voisins qui la prend en grippe. « J’en peux plus », souffle Sama au téléphone. Elle ne baisse pourtant pas les bras et multiplie les combats. « Il faut parler des lois meurtrières au Maroc », insiste la militante. Habituée des manifs, elle s’engage pour les droits des personnes LGBTI+, contre les violences faites aux femmes ou en faveur du boycott des produits israéliens. Toujours rester droite face à l’adversité semble être son credo.

/ Crédits : CC

(1) Selon l’article 489 du Code pénal, « est puni de six mois à trois ans d’emprisonnement et d’une amende de 200 à 1.000 dirhams, à moins que le fait ne constitue une infraction plus grave, quiconque commet un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe ».

(2) Les femmes trans’ sont incarcérées avec les hommes. En France, elle sont enfermées dans un quartier spécifique. Notre enquête à ce sujet .