Lycéenne de 16 ans scolarisée au lycée Alphonse Daudet de Nîmes, la vie de Saïda a basculé en février dernier au moment où une OQTF a été délivrée à sa famille. Son établissement se mobilise.
Les révisions des premières épreuves du baccalauréat sont devenues impossibles pour Saïda, élève de première au lycée Alphonse Daudet de Nîmes (30). Son quotidien est parasité par une montagne de stress et un manque de perspectives depuis que sa mère a reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF), le 12 février dernier. Arrivée en France en 2023, la famille Karimova d’origine azerbaïdjanaise disposait d’une autorisation provisoire de séjour en raison de l’état de santé du petit frère de Saïda, Ramal, polyhandicapé. Il ne pouvait pas être pris en charge en Azerbaïdjan. Basé sur cet avis médical délivré par le médecin de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), l’autorisation a été renouvelée jusqu’au 12 février 2026. Mais aujourd’hui, revirement de situation : un nouvel avis médical indique que Ramal pourrait désormais recevoir les soins nécessaires dans son pays d’origine. Sa situation, depuis sa prise en charge par l’institut médico-éducatif (IME) à Nîmes, est pourtant inchangée. « Pourquoi ce changement alors que son état n’a pas évolué ? », s’interroge Marc Livecchi, membre de l’Association pour la promotion des travailleurs immigrants.
La décision de la préfecture est d’autant plus incompréhensible que Gulgez Karimova, la mère de Saïda et Ramal, a également fui des violences conjugales. « C’est injuste », juge l’Azerbaïdjanaise, déçue. Employée de maison à temps partiel, elle ne peut plus exercer aujourd’hui. Ses cours de français lui semblent inutiles désormais. Pour la famille, l’insécurité est quotidienne puisqu’une intervention policière est possible à tout moment.
La vie de Saïda a basculé en février dernier au moment où une OQTF a été délivrée à sa famille. / Crédits : Noëllie Jacquot-Portefaix
La famille de Saïda. / Crédits : Noëllie Jacquot-Portefaix
Une pétition pour Saïda
Dans ce contexte, l’équipe enseignante du lycée Alphonse Daudet, situé à deux pas des arènes de Nîmes en centre-ville, s’organise. Une pétition a été publiée en ligne par Manon, une camarade de classe de Saïda. Intitulée Ne brisons pas l’avenir de Saïda et son frère Ramal ! Stop à l’expulsion de la famille, elle recense aujourd’hui plus de 3.000 signatures. Les enseignants ont monté un collectif indépendant et se mobilisent dans le but d’obtenir une audience auprès de la préfecture pour demander la régularisation de la famille.
Mi-mars, une délégation est reçue par les services, dont un cadre du cabinet du préfet mais à la sortie, le goût est amer. Une entrevue synonyme de « mépris » : impossible de revenir sur la décision, la famille est allée au bout des démarches légales. « On voulait protéger notre élève », confie Olivia Garcia, enseignante d’espagnol et militante syndicale à Sud éducation Gard-Lozère.
Très engagée depuis le début de la mobilisation, la professeure est l’une des premières à arriver devant la préfecture de Nîmes, le mercredi 15 avril, pour un rassemblement prévu en soutien à Saïda et sa famille. Opération distribution de textes et slogans qui seront entonnés pendant le rassemblement. De nombreuses organisations de la gauche politique, associatives et syndicales locales ont appelé à cet événement.
Opération distribution de textes et slogans qui seront entonnés pendant le rassemblement. / Crédits : Noëllie Jacquot-Portefaix
Plus d’une centaine de personnes sont présentes. Madani Marzuk, militant historique des quartiers populaires, appelle à une mobilisation plus massive de la jeunesse. Des élèves du lycée Alphonse Daudet sont présents, mais « pas assez », entend-on. Un militant s’indigne :
« Si cette situation était arrivée dans mon lycée à l’époque, on aurait bloqué. »
Côté municipalité, Nîmes vient de devenir la plus grande ville de France dirigée par le Parti communiste (PCF), avec Vincent Bouget, après 25 ans passés à droite. Plusieurs membres de la majorité municipale sont présents dont l’adjointe à la jeunesse Sabine Oromi. Au milieu de la foule, les profs de Saïda font part de leur indignation. Son profil scolaire est aussi dressé au micro par Olivia Garcia, rappelant que Saïda est en section Abibac – qui permet de candidater au baccalauréat français et à son équivalent allemand – décrite comme particulièrement exigeante et sélective. Ce choix fait écho au parcours de sa famille passée un temps par l’Allemagne avant d’arriver en Occitanie, d’abord à Toulouse (31) puis dans la cité des Antonin. « Parler une langue me permet d’être encore plus libre, d’imaginer une opportunité dans un autre pays pour un stage ou le futur en général », précise la lycéenne qui en parle six : français, anglais, allemand, azerbaïdjanais, russe et turc.
Le mercredi 15 avril, un rassemblement a été organisé en soutien à Saïda par des organisations de la gauche politique, associatives et syndicales locales. / Crédits : Noëllie Jacquot-Portefaix
Les rêves de Saïda en suspens
Des capacités linguistiques qu’elle aurait mises à profit dans le cadre des échanges proposés par son option abibac. C’est désormais impossible. Délicat pour Saïda de rester concentrée sur les cours, elle qui exprime sa profonde déception d’être la seule à ne pas pouvoir partir. Malgré cette injustice et la précarité dans laquelle sa famille est plongée depuis deux mois, elle demeure préoccupée par son bac blanc de français qui a lieu le lendemain du rassemblement. La dernière avant la période crainte des vacances, d’où l’importance de maintenir la pression. Olivia Garcia insiste :
« La famille est plus vulnérable que lorsque Saïda est attendue au lycée tous les jours. »
La préfecture refuse de recevoir une délégation du comité de soutien désormais élargi à un certain nombre d’organisations. En réponse, des chants repris en chœur par la foule :
« Ah Saïda Saïda Saïda, tu ne seras pas conduite à la frontière ! Ah Saïda Saïda Saïda, au lycée Daudet tu resteras ! »
Au rythme des slogans qui s’enchaînent sous ses yeux, elle fond en larmes, dans les bras de sa maman et de son petit frère. Saïda, qui rêve de devenir médecin, est extrêmement émue par la solidarité exprimée et remercie toutes les personnes qui soutiennent leur combat. Les mots prononcés par Olivia Garcia résonnent : « Notre mobilisation a fait du bruit, c’est un frein à toute intervention policière. Avec le soutien citoyen et populaire assez important dans la ville, on a peu de crainte de ce côté-là, mais on ne peut pas laisser pourrir cette situation. » La mobilisation se poursuit avec comme revendication principale : un titre de séjour pour la famille de Saïda.
Saïda, qui rêve de devenir médecin, est extrêmement émue par la solidarité exprimée et remercie toutes les personnes qui soutiennent leur combat. / Crédits : Noëllie Jacquot-Portefaix
Photo de Une de Noëllie Jacquot-Portefaix.