23/01/2026

SOS Racisme a saisi la justice

Tee-shirt « Adidolf », salut nazi : l’influenceuse d’extrême droite Mila Orriols visée par une plainte

Par Yannis Angles

Selon les informations de StreetPress, SOS Racisme a déposé plainte contre l’influenceuse d’extrême droite Mila Orriols après la diffusion d’un visuel faisant référence au nazisme sur Instagram.

À peine condamnée en décembre 2025 à 2.000 euros d’amende avec sursis pour la publication d’un tweet raciste en février 2024 — une décision dont elle a fait appel —, l’influenceuse et militante d’extrême droite Mila Orriols, 22 ans, pourrait de nouveau être inquiétée par la justice.

Selon les informations de StreetPress, SOS Racisme a déposé plainte contre elle pour « apologie de crime contre l’humanité » à la suite d’une publication sur Instagram le 6 septembre 2025. Dans l’une de ses stories, un homme apparaît portant un tee-shirt avec l’inscription « Adidolf ». Les trois bandes d’Adidas ont été remplacées par trois bras effectuant un salut nazi. L’association antiraciste est catégorique :

« Il n’y a aucun doute, c’est de l’antisémitisme. »

La publication a été diffusée à l’époque auprès de plus de 59.000 abonnés sur Instagram. C’est sur cette plateforme que Mila Orriols s’est fait connaître en 2020, alors âgée de 16 ans, lors d’un live où elle avait été la cible de propos misogynes et lesbophobes de la part d’un internaute. Toujours sur les réseaux sociaux, elle avait répondu en critiquant l’islam. S’en est suivi une vague massive de cyberharcèlement et le début de « l’affaire Mila », largement médiatisée.

Depuis, l’influenceuse d’extrême droite a aujourd’hui près de 80.000 abonnés, auprès desquels elle diffuse des vidéos prônant la « remigration » ou bien des attaques contre des militants de gauche. Elle relaie aussi les publications de Marion Maréchal Le Pen ou du groupuscule fémonationaliste Némésis, dont elle est membre, et publie régulièrement sur « les racailles ». Le tout en partageant du contenu lié au coaching en musculation, devenu récemment sa nouvelle activité professionnelle.

« Il ne s’agit en rien d’une plaisanterie »

Dans une publication éphémère ce 12 janvier sur Instagram, elle annonce être convoquée dans le cadre d’une audition libre pour « apologie du terrorisme », toujours en lien avec sa publication du 6 septembre. Le motif est différent de celui invoqué dans la plainte déposée par SOS Racisme. Cette divergence s’explique par le fait que le parquet n’est pas lié par la qualification retenue par les plaignants et peut réorienter les faits. Sur le papier, Mila Orriols risque jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 100.000 euros d’amende, ainsi qu’une peine complémentaire pouvant la bannir d’Instagram pour une durée maximum de six mois.

Contactés par StreetPress, ni Mila Orriols ni maître Robinson Barbier, son avocat, n’ont répondu à nos sollicitations. À la suite de l’annonce de sa convocation, l’influenceuse a diffusé sur Instagram deux vidéos, dans lesquelles elle se dit « étonnée » par cette procédure. Elle y dénonce un « harcèlement judiciaire » et évoque « une simple vanne ». Un argument rejeté par SOS Racisme :

« Ce sont toujours les mêmes éléments de langage, alors même qu’ils véhiculent de la haine. Nous ne voyons pas dans quel monde on peut diffuser des visuels nazis, s’en réclamer de l’humour et surtout ne pas être inquiété. »

L’association de lutte contre le racisme et l’antisémitisme tient à insister sur ce point : « Il ne s’agit en rien d’une plaisanterie. On est clairement dans le registre de la dérision de l’antisémitisme, ce qui participe à sa banalisation. On ne peut pas tout justifier par la liberté d’expression ou l’humour. Il y a des limites. »

À LIRE AUSSI (en 2024) : Après Crépol, le procès des « abreuvés de haine par les médias et les politiques »

Un argument que SOS Racisme écarte d’ailleurs dans sa plainte en se fondant sur l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme et sur la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme. Bien que le droit protège l’humour et la provocation — au titre de la liberté d’expression —, il y a des limites à cette liberté lorsqu’il s’agit de l’apologie ou de la banalisation de crimes notamment liés au nazisme ou au terrorisme.

La plainte dont StreetPress a eu connaissance vise seulement Mila Orriols. Un choix assumé par SOS Racisme qui explique : « Nous aurions pu déposer plainte contre la personne portant le tee-shirt, mais elle n’est pas identifiable sur la photo. Juridiquement, cela aurait été bien plus complexe. » L’association tient toutefois à rappeler que le parquet a le pouvoir d’ordonner des investigations supplémentaires afin d’identifier l’homme sur le cliché et, le cas échéant, d’engager des poursuites à son encontre. Contacté à de multiples reprises, le parquet de Lyon ne nous a pas répondu.

Illustration de la Une par Caroline Varon.