17/02/2026

Elle vise Damien Rieu, Mila Orriols ou Jean-Eudes Gannat

Mort de Quentin Deranque : une plainte contre des influenceurs d’extrême droite et le syndicat étudiant l’UNI pour diffamation

Par Aurélien Defer

Les militants d’extrême droite Damien Rieu, Raphaël Ayma, Mila Orriols ou Jean-Eudes Gannat ont posté ou relayé des tweets qui ciblaient une militante de la Jeune garde dans la mort de Quentin Deranque. En voyage Erasmus, celle-ci a porté plainte.

Le procureur de la République de Lyon a annoncé, lundi 16 février, que l’enquête visant à identifier les auteurs du passage à tabac mortel le 12 février du militant d’extrême droite Quentin Deranque avançait. Et ce « en se basant non pas sur des rumeurs, mais sur des éléments recueillis lors des investigations de police ». Un rappel propice à l’heure où, depuis l’annonce du décès de cet étudiant de 23 ans et membre du groupe néofasciste Allobroges Bourgoin, des rumeurs enflent sur les réseaux sociaux quant à l’implication présumée de militants du groupe antifasciste lyonnais la Jeune garde.

Sur X (anciennement Twitter), de nombreux comptes influents de la fafosphère ont ainsi incriminé Blandine B., une étudiante qui militait à la Jeune garde avant la dissolution du collectif en juin 2025. Des internautes croient notamment reconnaître sa veste sur une vidéo capturée par un riverain. Et ont donc entrepris de diffuser ses informations personnelles comme son adresse ou son numéro de téléphone. Sa famille, jusqu’à sa grand-mère, a reçu des messages malveillants et insultants. Auprès du « Monde », le père de Blandine B. s’interroge : « Cette affaire est tellement dramatique, pourquoi rajouter de la haine, de l’injustice ? »

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Le problème, c’est que Blandine B. a « quitté la France pour se rendre à l’étranger », a indiqué son avocat Raphaël Kempf dans un communiqué ce 16 février. Elle serait partie en Amérique du Sud le 11 février « dans le cadre du programme Erasmus » a annoncé son père au « Monde » — soit la veille des événements et du passage à tabac qui a provoqué la mort de Quentin Deranque. « Et pour une durée prévue de plusieurs mois. Il est donc évident qu’elle ne figure pas sur la photo et qu’elle a été désignée à tort », poursuit maître Kempf, qui annonce le dépôt d’une plainte de Blandine B. pour diffamation.

Un cyberharcèlement jusqu’à sa grand-mère

La plainte va être déposée ce 17 février à Lyon (69). Elle vise nommément l’UNI (1), syndicat étudiant d’extrême droite, ainsi que cinq personnalités influentes de la fachosphère. Jean-Eudes Gannat, fondateur du groupuscule identitaire dissous L’Alvarium. Raphaël Ayma (1), porte-parole du groupuscule néofasciste Tenesoun. Mila Orriols (1), influenceuse identitaire proche des collectifs Némésis et Eros. Damien Rieu, cofondateur du groupuscule dissous Génération identitaire et ancien du RN, de Reconquête et d’Identité-Libertés et Eurydice Ndong (1), déléguée du parti Reconquête en Vendée.

Tous sont accusés d’avoir annoncé l’implication de Blandine B. dans le passage à tabac qui a coûté la vie à Quentin Deranque, « méprisant les faits et la vérité », d’après les termes du communiqué. Ils ont ainsi « déclenché une vague de cyberharcèlement » contre l’étudiante et ses proches. Joint par StreetPress, maître Raphaël Kempf affirme qu’il s’agit de « personnes qui ont un poids important, sont suivies dans les sphères de l’extrême droite » et qui « se prennent pour des enquêteurs de police, voire pour des procureurs ».

« Ils désignent à leurs dizaines de milliers de followers ma cliente comme ayant une responsabilité, en dehors de toute procédure judiciaire et sur la base d’une analyse totalement mensongère d’une vidéo », poursuit-il avant d’ajouter, « on voit bien qu’il y a un désir de vengeance, de désigner à la vindicte populaire sans passer par la justice de l’État ». Son communiqué conclut :

« Des plaintes seront déposées contre les personnes qui continueraient à relayer ces mensonges, et elles devront s’en expliquer en justice. »

Contacté, Damien Rieu qui, d’après le communiqué de Raphaël Kempf, « diffusait sur son compte X une capture d’écran en désignant une personne sous les nom et prénom de ma cliente, à proximité du corps au sol de Quentin », n’a pas répondu à nos questions. Le militant s’est contenté d’accuser avec virulence StreetPress « d’avoir tué Quentin Deranque en diabolisant l’extrême droite ». Il a depuis supprimé son tweet.

Également cité dans la plainte, pour avoir « relay[é] l’information [selon laquelle Blandine B. était présente lors du passage à tabac du militant nationaliste, ndlr] en regrettant qu’elle n’ait pas été interrogée », Jean-Eudes Gannat se défend et invoque le droit de la presse pour contrer la diffamation : « Il y a la notion de bonne foi. J’ai fait ce tweet alors que des accusations non démenties circulaient sur Internet depuis des heures. Et j’ai mis “identifiée sur Internet comme”, je ne l’ai pas accusée formellement. »

Le militant néofasciste du groupe Tenesoun Raphaël Ayma a publié les noms de diverses personnes « indéniablement identifiés pour le meurtre de Quentin ». Parmi elles, Blandine B. qui était hors de France. Sur cette image, StreetPress a coupé les noms. / Crédits : DR

Quant à Raphaël Ayma, il l’a désignée parmi quatre autres noms comme « indéniablement identifiés pour le meurtre de Quentin » (1). L’influenceuse Mila Orriols a affirmé à ses près de 82.000 abonnés sur Instagram que Blandine B. était « parmi les meurtriers de Quentin » (1). Quant à l’UNI (1), sa section lyonnaise a indiqué sur le même réseau que la militante de la Jeune garde était « impliquée dans le meurtre ». Maître Sylvain Cormier a annoncé ce 17 février à StreetPress qu’une plainte distincte serait déposée dans la semaine au nom de la famille de Blandine B., dont certains membres ont vu nombre de leurs informations personnelles fuiter en ligne — autrement dit, être victimes de « doxxing », une pratique punie par la loi selon l’article 223-1-1 du code pénal, depuis la mort de Samuel Paty en 2021. « Il y a des photos de l’oncle, du père, des sœurs, des numéros de téléphone… Tout », déplore l’avocat, qui dit avoir commencé à identifier des comptes, notamment anonymes, ayant partagé sur les réseaux sociaux ce type d’informations. Il cite notamment Damien Rieu, Jean-Eudes Gannat, le compte X Le Fauconnier et un obscur compte ayant publié des numéros de téléphone, très actifs depuis la mort de Quentin D. Et poursuit :

« Cela rappelle la frénésie qui a conduit à l’assassinat de Samuel Paty. Quand on lit certains comptes, c’est vraiment la chasse à l’homme. »

_(1) Joint par téléphone et par SMS, le délégué national de l’UNI, Rubens Strachan, n’a pas donné suite. Joint par X-Twitter, Raphaël Ayma a lu notre SMS mais n’y a pas répondu. Contacté, maître Robinson Barbier, l’avocat de Mila Orriols, a indiqué avoir transmis notre demande à sa cliente et revenir vite vers StreetPress. Contactée sur X, Eurydice Ndong, qui qualifiait Blandine B. de « formellement identifiée » dans l’attaque mortelle, n’a pas répondu.

Illustration de la Une par Caroline Varon.

Mis à jour le 17 février 2026 à 16 h 16 : ajout des propos de maître Sylvain Cormier.