Bien qu’il ait été dissous en septembre 2025, le groupe de hooligans d’extrême droite Strasbourg Offender continue ses activités dans les tribunes alsaciennes. Ces derniers mois, ils ont causé plusieurs bagarres avec les supporters ultras locaux.
C’est un message qui a surpris certains habitués des stades du football français. Le 22 mars, le canal Telegram GruppaOf diffuse cet étrange contenu : « Strasbourg hooligans vs Strasbourg ultras (UB90). 20×20. 20 sec. Win. Strasbourg hooligans. » Cette chaîne prisée des hooligans, qui compte plus de 180.000 abonnés, poste chaque jour des infos, photos ou vidéos de fights de hooligans ou d’ultras venus de toute l’Europe, parfois entre eux, parfois contre la police.
Ici, dans le langage des groupes hools, il s’agit d’un « fight », un combat organisé entre deux mouvements rivaux, qui a concerné pour l’occasion une quarantaine de membres des « Ultras Boys 90 » de Strasbourg (67) et de la bande hooligan Strasbourg Offender. La raison avancée pour cette bagarre ? Régler une dispute due à des « différences politiques » suite à un « récent incident » selon le message posté sur GruppaOf. Car le Racing club (RC) de Strasbourg doit composer depuis des années avec une frange néonazie particulièrement virulente.
LA DIFFÉRENCE ENTRE UN ULTRA ET UN HOOLIGAN
Un ultra est un supporter dont le but premier est de suivre son équipe en déplacement et de la soutenir de la meilleure façon, que ce soit par des chants ou des animations. Ce que ne fait pas le hooligan (aussi surnommé « indep »). Si les ultras peuvent parfois effectuer des actes violents envers les supporters adverses, « la violence est l’objectif principal des hooligans, alors que ce n’est qu’une activité parmi d’autres pour les ultras », selon le sociologue Nicolas Hourcade (1).
Les groupes ultras se revendiquent également pour la plupart apolitiques, ce qui n’est pas le cas des hooligans, comme l’a documenté StreetPress.
Un groupe hooligan néonazi dissous depuis plus de six mois
Actifs depuis 2015, les Strasbourg Offender ont un sacré pedigree. Ancienne composante du groupuscule néofasciste Bastion social, les hooligans ont déjà causé de nombreuses violences, au point d’être dissous en septembre 2025. Le décret ministériel justifiant cette dissolution cite une longue liste d’épisodes racistes et antisémites, comme en juillet 2019 lors d’un match de coupe d’Europe contre l’équipe israélienne du Maccabi Haïfa :
« Une douzaine d’individus membres de “Strasbourg Offender” ont appelé à “une chasse aux juifs” dans les rues du centre-ville de Strasbourg. »
L’événement avait été ponctué d’une photo des hooligans aux côtés d’un drapeau de l’Allemagne nazie. En mars 2021, toujours selon l’Intérieur, un membre a publié « une vidéo de promotion du groupuscule sur laquelle un individu qui porte un tee-shirt floqué de symboles nazis et d’une croix gammée, effectue un salut nazi ».
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Depuis, plusieurs incidents laissent à penser que le groupe reste bel et bien actif. Notamment via un événement qui s’est produit un mois avant la bagarre organisée entre ultras et hooligans strasbourgeois, perdue par les premiers. Lors du match de Ligue 1 qui oppose le 22 février Strasbourg à l’Olympique Lyonnais, une violente bagarre éclate en tribune Ouest du stade de la Meinau. Selon un supporter strasbourgeois interrogé par StreetPress, elle aurait été provoquée par la présence d’anciens membres des Offenders, venus rendre hommage au militant néofasciste Quentin Deranque, mort quelques jours plus tôt après une rixe avec des militants antifascistes :
« La ligne des Ultra Boys (UB) est simple, il n’y a pas de politique en tribune. Donc à partir du moment où ça a sorti les messages “Quentin présent” et “FCK AFA” [pour “fuck antifascistes”, ndlr], ils y sont allés direct pour essayer de les retirer. »
Une bagarre au stade
Le capo de la tribune Ouest – celui qui lance les chants pour les ultras – aurait demandé le retrait des messages, alors que des stadiers descendaient immédiatement pour les retirer. Une source proche du club raconte :
« Un match contre Lyon (69), juste après le décès… On s’attendait à des messages. La sécurité est donc intervenue immédiatement pour les retirer et ils ne sont restés qu’une dizaine de secondes, le temps de la photo. »
Au même moment, des membres des UB seraient descendus vers les hooligans ayant déployé les messages et des coups auraient été échangés. Si aucun blessé n’a été signalé dans la soirée, les images de vidéosurveillance ont été récupérées par les autorités et une enquête a été ouverte.
Là encore, sur GruppaOf, un message minimaliste est publié après les faits et confirme la présence du groupe dissous par le gouvernement : « Affrontements en tribune entre deux groupes de Strasbourg, Ultra Boys et Strasbourg Offender. » Une vidéo du pugilat l’accompagne. Lors de leur action à la Meinau, les Offenders auraient été accompagnés des Brizak Nancy, un groupe hooligan allié et voisin, rassemblant plusieurs dizaines de gros bras.
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Un habitué de la Meinau détaille : « Les UB90 sont un groupe vraiment apolitique, qui n’est pas orienté vers la bagarre, mais qui ne veut vraiment pas que sa tribune soit assimilée à une quelconque idéologie. » Une position partagée par de nombreux groupes ultras français, disséminés dans les commentaires sous les publications Telegram de GruppaOf. « Soutien aux UB, pas de politique dans nos gradins », écrit l’un. « Pas de politique au stade, respect aux ultras de Strasbourg », pianote un autre.
« Cela avantage clairement les hooligans »
D’autres commentaires pointent toutefois l’incongruité pour des ultras de régler le différend dans un « fight » selon les codes des hools, comme le présente un internaute :
« Régler le conflit entre hooligans et ultras par une bagarre est absurde, car cela avantage clairement les hooligans. C’est comme si une équipe de rugby défiait une équipe de football à un match de rugby ! »
Une telle baston représente une double victoire pour les Strasbourg Offender, qui tentent depuis des années d’imposer leurs idées par la force dans le stade de la Meinau. Un supporter alsacien y voit une conséquence des récents travaux qu’a connu le stade et des évolutions du club : « Avant, il y avait la tribune Ouest basse, où étaient les Offenders, et la Ouest haute, avec les ultras. Maintenant, ils sont mélangés, et les Strasbourg Offender ont commencé l’affrontement… »
Le contexte local n’aide pas. Le RC Strasbourg a été cédé il y a trois ans par la présidence du club aux propriétaires des Anglais de Chelsea. Depuis, les ultras strasbourgeois contestent cette situation, qui a fait de leur équipe une sorte de filiale du club britannique. Le changement aurait permis cette bascule selon le même supporter alsacien :
« Au niveau de la direction du stade, normalement, t’évites que ta tribune ne soit affiliée à des néonazis. Mais avec la contestation et la grève des encouragements, les ultras qui avaient jusque-là de bons liens avec la direction, sont maintenant très isolés. »
Une source proche du club tempère : « Nous distinguons clairement les ultras, avec lesquels on garde un contact, et les hooligans. On ne veut pas être assimilés à des faits de violence ou de la politique. » Cette dernière rappelle les moyens parfois limités des clubs pour entraver les groupes hooligans : « Nous sommes dans un État de droit, donc quand bien même un groupe politique est dissous, ses membres peuvent acheter une place pour aller voir un match. » Tout en rappelant qu’en cas « de mauvais comportements », le club peut émettre une interdiction commerciale de stade, qui permet de refuser ensuite au fan d’acheter un billet sous son identité.
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Si les tensions semblent être retombées entre les deux groupes – aucun fait n’a été relevé lors du dernier match à domicile face à Nice (06) –, les violences causées par les hooligans néonazis ne sont pas limitées à Strasbourg après la mort de Quentin Deranque. Un message a été déployé à Lyon dans le virage Sud du stade et un bar a été attaqué à Toulouse (31) par le groupe hooligan local.
(1) Propos recueillis dans le cadre d’autres articles de StreetPress par le journaliste Christophe-Cécil Garnier
Illustration de Une de Caroline Varon.