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    06 / 01 / 2020

    Passages à tabac et bras tendus

    Ces hooligans néonazis qui squattent les tribunes des stades de foot

    Par Christophe-Cécil Garnier

    Ils aiment le foot et le Troisième Reich, multiplient les agressions et organisent des bastons pour s’amuser. Enquête sur ces hooligans d’extrême droite parfois tolérés dans les tribunes.

    Le Mans (72) – Il est plus de 21h le 14 décembre 2019. « La marche du souvenir vendéen », une manifestation d’extrême droite en l’honneur des catholiques tués durant la Révolution – où l’Action française était notamment présente –, vient de se terminer. Une quarantaine d’hooligans déboulent rue des Ponts-Neufs. Armés de gants coqués, poings américains et de matraques téléscopiques, le groupe chante à tue-tête : « Le Mans ! Le Mans ! Nationaliste ! » Ils s’attaquent à la vitrine d’un bar antifasciste, « le Lézard ». Quelques minutes plus tard, ils s’en prennent à la terrasse d’un café situé dans une rue adjacente. Moins de 24h après l’action, la page Facebook Ouest Casual, tenue par les Zouaves, revendique l’action.

    Ce mouvement, basé à Paris, est issu du Groupe union défense (GUD), syndicat étudiant d’extrême droite auto-dissout en décembre 2017. Les Zouaves mêlent les codes des nationalistes radicaux à ceux des hooligans fans de foot. Depuis la mort en 2010 d’un supporter parisien, Yann Lorence, les supporters adeptes du bras tendu avaient pour la plupart été jetés hors des stades. Ils sont de retour. Les Zouaves, groupuscule parisien, revendiquent des liens étroits avec au moins 12 autres collectifs de hooligans nationalistes. La photo d’un graffiti postée sur la page Ouest Casual permet d’établir une cartographie de cette fédération informelle. On peut lire en gros « Casual France », surmonté d’une liste de villes taguée à la bombe blanche : Paris, Nancy, Toulouse, Lyon, Rennes, Nice, Reims, Strasbourg, Tours, Rouen, Lille, Lens et Metz. Des clubs de Ligue 1 donc, mais aussi de seconde division ou amateurs. Ce n’est pas vraiment une question de sport : « Les places-fortes du hooliganisme d’aujourd’hui suivent l’ultradroite classique, il ne faut pas se leurrer », commente une source policière. En mars 2018, la Division nationale de lutte contre le hooliganisme évaluait à « quelques centaines » le nombre de hooligans, pour la plupart orientés politiquement à l’extrême droite, selon le commissaire Antoine Mordacq, interrogé en mai 2018 (1).

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    La photo de couverture de la page Ouest Casual. Graf’ réalisé par la Cagoule, des graffeurs nationalistes. / Crédits : Capture d'écran de Facebook

    Sur les réseaux sociaux, ils s’envoient et postent des photos où ils font des saluts nazis et tiennent des drapeaux décorés de croix gammées ou celtiques. Certains sont mis en cause pour de multiples agressions, parfois à caractère raciste, mais aussi contre des supporters, des passants ou des militants de gauche. Et pour s’amuser, en marge de certains matchs de Ligue 1, ils organisent des « fights » : ces combats entre groupes de supporters qui souhaitent confronter leurs forces. StreetPress a enquêté sur ces groupuscules néo-nazis qui squattent les travées des stades.

    Un « groupuscule de combat »

    En 2017, le GUD s’auto-dissout pour poser les bases du Bastion social. Un éphémère mouvement de droite radicale qui a fédéré des membres de plusieurs groupuscules dans six villes de France, avant d’être à son tour interdit par le gouvernement en avril 2019. À Paris, les ex du GUD préfèrent monter leur propre crèmerie : en avril 2018, ils créent les Zouaves. Un « groupuscule de combat », selon des notes des services de renseignements, adepte du coup-de-poing et du bras tendu.

    À LIRE ÉGALEMENT : Soupes populaires, ratonnades et saluts nazis, bienvenue au Bastion Social

    C’est sous la direction de Logan Djian que le GUD parisien a établi des passerelles avec les footeux. « À ce moment-là, on a vu un nouveau GUD. Ils venaient attaquer les antifas avec quatre ou cinq gudards – membres du GUD – en première ligne, mais la vingtaine qui restait venait de Boulogne. La jeune génération des indeps traînait avec eux », se souvient un témoin de l’époque qui a été confronté à eux. Djian, après un passage en cabane, part s’installer à Lyon.

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    Même s’ils ne sont jamais présents au Parc des Princes, les Zouaves Paris ont adopté les codes hooligans et la mise en scène ultra. / Crédits : Capture d'écran de Facebook

    À la tête des Zouaves, on retrouve aujourd’hui deux jeunes Parisiens : Aloys Vojinovic, 23 ans, et Marc de Cacqueray de Valménier (2), 21 ans. Ce dernier est issu d’une dynastie qui a fourni plusieurs figures de l’extrême droite (son cousin, Louis de Cacqueray-Valmenier est tête de liste RN au Mans. Son oncle, l’abbé Régis de Cacqueray-Valmenier, est aumônier de Civitas…).

    Tous deux aiment la violence. Ils ont, avec les Zouaves, été jugés dans l’attaque du lycée autogéré de Paris, en mars 2018. Marc de Cacqueray de Valménier a été relaxé, faute de pouvoir être identifié avec certitude, mais Aloys Vojinovic a été condamné à un an de prison avec sursis. Il a fait appel de la décision, alors qu’il finissait un Travail d’intérêt général (TIG) de 105 heures pour une précédente condamnation en février 2018. La raison ? « Participation à un attroupement avec arme. »

    Mais le coup d’éclat des Zouaves reste l’Acte 3 des Gilets jaunes, le 1er décembre 2018. Ils montent des barricades sur les Champs-Elysées et participent à des affrontements avec la police. Sur les bancs du tribunal, au moment de leur procès en janvier 2019, deux Zouaves ont rejoint Marc de Cacqueray de Valménier et Aloys Vojinovic : Charles Ferrand et Louis David, 24 et 28 ans. De nombreux Zouaves ont fait le déplacement pour les soutenir. Ils sont reconnaissables aux marques qu’ils arborent, prisée des hooligans ou des ultras : Stone Island, Lyle & Scott ou North Face. À la barre, les quatre ont choisi des looks moins connotés. Chacun nie les faits qui leur sont reprochés. Mais le quatuor est condamné pour « participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations » (un motif d’inculpation décrié, très largement utilisé contre les Gilets jaunes). Louis David et Charles Ferrand écopent de trois mois de prison avec sursis, Marc de Cacqueray de Valménier récolte six mois de sursis, complétés par 105 heures de travaux d’intérêt général (TIG). Leur ami Aloys est condamné à trois mois ferme, sans mandat de dépôt, après avoir été incarcéré une trentaine de jours à la prison de Fresnes.

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    À gauche, les Zouaves et le contingent de hools provinciaux lors de l’acte III des Gilets jaunes. Au centre et à droite, des poses après des actions contre des fans algériens ou albanais. / Crédits : DR

    Des liens avec des hooligans du PSG et du Paris FC

    Cette action sur les Champs-Elysées est, pour les hooligans d’extrême droite, l’occasion de montrer les muscles. Un groupe de 70 à 80 militants prend la pose devant l’Arc de triomphe et derrière une banderole : « Le peuple aux abois, tuons le bourgeois ».

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    Les membres de la Milice Paris s’affichent avec des bras tendus et des « saluts de Kühnen » – une variante à trois doigts du salut nazi. / Crédits : DR

    Les Zouaves représentent une trentaine de membres du contingent. Ils sont « renforcés par des hooligans de l’ancienne tribune Boulogne du PSG », selon les services de renseignements, qui gardent un oeil sur la mouvance. Ces supporters se sont baptisé la Milice, un groupe pourtant dissous par le gouvernement en avril 2010. Parmi eux, Antoine O., qui a participé à de nombreuses actions de Génération Identitaire ou des Zouaves. Ce militant nationaliste a notamment été blessé lors d’une rixe en avril 2019, à l’origine de l’incarcération du militant antifasciste Antonin Bernanos (qui nie les faits). Au sein de cette mouvance Milice-Zouaves, il y a également Hadrien M., ancien responsable du GUD Paris et ex-membre du Blue Wolves et des Infâmes, des groupes d’indeps (autre nom pour les hooligans) du Paris FC.

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    À gauche, un homme surnommé « Kalache », membre commun de la Milice et des Zouaves, tout en étant un ancien Infâme. Il est également présent à de nombreuses actions de Génération identitaire. / Crédits : Capture d'écran de Facebook

    Les anciens hools du Bastion Social

    En plus des Zouaves et de la Milice, le contingent sur les Champs est aussi composé d’une quarantaine de personnes « issues de la province », selon les services de renseignements, cités par la juge lors du procès des Zouaves. On y retrouve la mouvance « Ouest Casual » : des Strasbourgeois, des Lyonnais, des Nancéiens ou encore des Rémois… Parmi eux, des membres des ex-Bastion social Strasbourg et Lyon. Chez les Alsaciens, l’appartenance au mouvement dissous en 2019 se complète souvent d’une présence chez les Strasbourg Offender, un groupe « d’hooligans agressifs » rapporte Rue89 Strasbourg. Valentin Linder, l’ex-chef du Bastion social et de sa succursale strasbourgeoise, a été membre du GUD local et participe aux fights des fameux indeps. Il y a aussi Philippe Cavaleri, un habitué des stades et du coup-de-poing – déjà condamné par la justice. Le trentenaire aux cheveux blonds en brosse arbore sur le coude droit un tatouage de soleil noir, symbole du mysticisme nazi. Avec lui à Paris, au moins six autres coutumiers de La Meinau, l’enceinte du Racing Club de Strasbourg.

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    Les Strasbourg Offender ont grandement participé au Bastion social en Alsace. / Crédits : Capture d'écran de Facebook

    À Lyon, des liens ont également existé entre les gudards et la Mezza, un célèbre groupe d’hooligans aux idées radicales. Un jeune membre des deux bandes a été arrêté en février 2013 lors d’un affrontement avec des supporters anglais. Lors de leurs 13 ans, en octobre 2019, les hools de la Mezza ont brandi fièrement dans les rues de Lyon leur drapeau siglé d’une Totenkopf, un emblème utilisé par des unités SS durant la Deuxième Guerre mondiale. Après la dissolution du GUD et la création du Bastion social, les liens ont prospéré. Le groupe nationaliste-révolutionnaire a pu bénéficier sur certaines actions de la venue d’hools. Quant à Steven Bissuel, fondateur du GUD Lyon et ex-président du Bastion social, il s’est rendu au procès d’un hooligan lyonnais coutumier des soirées du Bastion en mars 2018, comme l’a révélé Rue89 Lyon. L’indep a été condamné à 18 mois de prison ferme et trois ans d’interdiction de stade.

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    La Mezza Lyon pour leur 13 ans, en octobre 2019. Au fond, le floutage cache des « saluts de Kühnen ». / Crédits : Capture d'écran d'Instagram

    Des liens à Nancy ou Reims

    D’autres groupes de hooligans figurent à l’époque derrière la fameuse banderole devant l’Arc de triomphe. Les Strasbourg Offender sont copains comme cochons avec un groupe indep’ nancéien, les Brizak. Ce mot issu du patois lorrain se traduit par « Sales gosses ». Les deux entités posent fièrement ensemble à plusieurs reprises. « Une firme, une famille », a même commenté un membre des Offender sur une photo commune. Au sein de ces deux bandes, certains font le yo-yo au gré de leurs déménagements. Un ancien Zouave, surnommé Brutus, est passé aux Offender avant de continuer ses actions avec les Brizak.

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    L’amour fou entre les Brizak Nancy (BZK 05) et les Strasbourg Offender. La première photo a été prise en juillet 2018. La deuxième date d’octobre 2019, lors d’un déplacement commun à Dijon. / Crédits : DR

    Même schéma pour les MesOs, un groupe hooligan de Reims. Leurs liens avec les Zouaves Paris se sont renforcés après le passage de Marc de Cacqueray de Valménier dans la cité champenoise, venu pour ses études. Pour un indep parisien plutôt à gauche, les deux groupes seraient d’ailleurs « la même entité » :

    « Leur noyau vient de là-bas [Reims], même si on retrouve les têtes des jeunes nationalistes parisiens. Quand ils sont une grosse mob [une bande, ndlr], il y a quand même une vingtaine de mecs qui viennent de Reims. »

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    Les MesOs Reims et les Zouaves Paris font souvent des groupes communs en multipliant les saluts nazis. À gauche, la photo date d’avril 2018 contre juin 2018 à droite. / Crédits : DR

    L’organisation de fights

    Lorsqu’ils sont présents à l’intérieur des stades, ces groupes se tiennent à carreau. En dehors, ils s’organisent des fights avec d’autres groupes de la mouvance d’extrême droite. Le dernier groupe debout « l’emporte ». Mi-décembre, un cinq contre cinq a opposé les branches « jeunesse » des MesOs Reims et de la CamSide Tolosa, un groupe toulousain, ami de longue date avec la Milice Paris. En mai dernier, ce sont les Strasbourg Offender et les Roazhon 1901, des indeps de Rennes, qui se sont battus à huit contre huit dans une clairière.

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    Les indeps n’hésitent pas à arborer leurs symboles. À gauche, les MesOs de Reims en 2017, puis en novembre 2019 au centre. Une croix gammée est peinte en jaune sur un t-shirt. À droite, les indeps Roazhon 1901. / Crédits : DR

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    À gauche, le fight entre les Strasbourgeois et les Rennais en mai. À droite, celui entre les Toulousains et les MesOs en décembre. Au centre, un fight entre la Milice et les Rennais, gagné en juillet par les Bretons. / Crédits : DR

    Les hooligans n’hésitent pas à aller chercher des adversaires étrangers. En novembre dernier, les MesOs sont une quinzaine à se fighter contre les Hollandais de Den Bosch. Les Français seraient sortis vainqueurs. À la même date, les Brizak se sont fait battre par des hools ukrainiens du Dynamo Kiev. Et l’année dernière, ce sont les Strasbourg Offender qui l’ont emporté face aux Néerlandais de Sittard.

    Parfois, ils cherchent à faire des fights avec des groupes ultras plus apolitiques. Au début de l’année 2019, un membre des Strasbourg Offender se présente face aux Dijonnais des Lingon’s Boys à la mi-temps d’un match de Coupe de France entre Dijon et Schiltigheim. L’homme leur propose « un truc organisé ». En face, le groupe refuse et ne les revoient plus par la suite. Quand les plans aboutissent, comme pour l’anniversaire de la Camside Tolosa fin avril 2018, cela donne une bagarre de 40 contre 40 avec des ultras rennais et quelques Roazhon 1901, la veille d’un match entre les deux équipes. Pour l’occasion, les hooligans du Sud-ouest ont même invité des membres de la Milice Paris.

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    Sur les réseaux sociaux, des comptes recensent les comptes rendus de tous les combats en lien avec le football. / Crédits : Capture d'écran de Facebook

    Une passion pour le coup-de-poing

    Mais la violence de ces indeps ne se cantonne pas à ces affrontements organisés. Ces supporters accros à la baston dérapent aux abords des stades. À Reims, l’un des leaders des MesOs, Edwin Dailly a été pris deux fois le poing dans le sac à côté d’Auguste-Delaune, l’enceinte du club local. La première en novembre 2014 pour la réception du SC Bastia. Avec deux autres personnes, il a provoqué des supporters bastiais, les traitant de « sales Corses » avant de les frapper avec un parapluie et des canettes de bière. Un des îliens a été blessé au crâne. D’après la copie des condamnations que StreetPress s’est procurée, l’agresseur a été déclaré coupable de violences en réunion en janvier 2015. Il a écopé de deux mois fermes (sans mandat de dépôt) et trois ans d’interdiction de stade.

    Six jours à peine après ce jugement, le Rémois est repris à frapper un supporter à côté du stade, avec 1,62 grammes d’alcool dans le sang. Cette fois-ci, c’est un Lensois qui est victime de sa violence. « Il y a un truc que vous avez loupé lors de vos précédentes condamnations ? », se permet de demander la présidente du tribunal lors de sa comparution immédiate. Il prend trois mois ferme en plus de la révocation d’un sursis de trois mois, toujours sans mandat de dépôt. Quant à son interdiction de stade, elle est portée à cinq ans.

    À Strasbourg, la violence aux abords des stades prend parfois un « caractère xénophobe », comme l’a rappelé le juge à Philippe Cavaleri, membre des Strasbourg Offender, en 2008. L’Alsacien, âgé de 20 ans à l’époque, a été condamné à huit mois de prison avec sursis pour un « passage à tabac », comme l’a détaillé Rue89 Strasbourg.

    À LIRE ÉGALEMENT SUR RUE89 STRASBOURG : Les Strasbourg Offender, ces hooligans agressifs que le Racing tolère

    Des attaques politiques

    Les parvis des stades ne sont pas leurs seuls terrains de jeu. Ils s’invitent régulièrement dans les rassemblements ou spots de gauche, pour en découdre. Mars 2018, une dizaine de Zouaves attaque le Lycée autogéré de Paris. Au menu : saluts nazis et coups. Deux lycéennes racontent avoir été frappées lors de cette intrusion violente, dont l’une au genou avec une barre de fer. Le mois suivant, ils se placent devant l’université Paris 4-Clignancourt pour en découdre avec des étudiants et les menacent avant de crier des insultes racistes.

    C’est encore un contingent de Zouaves, de MesOs de Reims et de Strasbourg Offender qui attaquent le cortège du NPA lors de l’acte XI du mouvement des Gilets jaunes, le 26 janvier 2019, comme l’a raconté le site antifasciste La Horde. Les militants anticapitalistes subissent des jets de pavés et d’une barrière de chantier, lancée par Marc de Cacqueray de Valménier. « Ces gars-là, c’est des vrais tapeurs. Quand il y a un truc politique à Paris, ils viennent pour ça », explique un membre d’un groupe antifasciste à propos des MesOs.

    À LIRE ÉGALEMENT : Dans les manifs de Gilets jaunes, la guerre souterraine entre « antifas » et « fachos »

    Ces hools sont anticommunistes. En 2013 déjà, Edwin Dailly, l’un des MesOs, agresse un groupe de personnes avec une ceinture en métal. Il les traite de « sales rouges ». Interpellé immédiatement, les policiers retrouvent sur son portable « sept vidéos de “fights”, dix photos de lui en train de faire le salut nazi, quatre autres où c’est tout un groupe qui tend le bras, une caricature d’Hitler et trois derniers clichés d’une croix gammée réalisée avec des canettes de bières », détaille le quotidien l’Union. Pour cette histoire, le natif de Châlons-en-Champagne prend quatre mois de prison ferme.

    Ses violences à répétition inquiètent. Avec d’autres MesOs, ils ont attaqués huit fois un local associatif de la ville, proche de la gauche radicale, entre 2015 et 2018. « Ils sont violents et je pense qu’il est possible qu’ils finissent par tuer quelqu’un », commentent des habitués des lieux. « Ils ont saccagé le local et ont agressé des personnes qui s’y trouvaient en leur jetant des bouteilles de verre », racontent ces témoins. Ces descentes sont accompagnées de menaces de mort : « On va te buter. On va cramer votre baraque ». Le tout sans cacher leur identité :

    « Ils ont aussi brisé des vitres, éclaté des portes d’entrée, arraché des volets. Et avant chacun de leur départ, ils gueulaient : “MesOs ! MesOs ! Hooligan !” en faisant des saluts nazis. »

    Une autre fois, ils ont attaqué sept habitués de ce local, dans le centre-ville. « Le groupe s’est fait agresser par 20 d’entre eux. Ils se mettaient à cinq contre un et les ont frappé derrière la tête. On ne sait pas comment, mais il n’y a eu qu’un seul cocard et quelques courbatures. L’attaque était vraiment violente », continuent les militants. Pour ces actions, les MesOs Reims n’ont jamais été inquiétés par la justice.

    Le racisme et l’antisémitisme comme credo

    À la rentrée 2015, alors que fleurissent de nombreux messages de soutien aux migrants dans les stades, notamment allemands, une banderole « Refugees not welcome » est brandie dans le virage Sud de l’enceinte lyonnaise par les hooligans de la Mezza. Ils sont imités un mois plus tard par les MesOs Reims, qui affichent le même message sur l’autoroute – « avec le “s” du sigle des SS », pointe le quotidien régional l’Union. Entre temps, les Offender à Strasbourg y sont aussi allés de leur petit mot, mais dans la langue de Goethe : « Migrants Raus ».

    Autre credo récurrent de ces hools : l’antisémitisme. Les membres du Strasbourg Offender ont attaqué plusieurs fans de l’équipe du club israélien Maccabi Haïfa, lors de leur venue dans la ville alsacienne, en juillet, pour un match de coupe d’Europe. Sur un énième selfie, ils ont exhibé les écharpes volés aux supporters adverses, une pratique récurrente. Un des membres a accompagné cette photo d’un salut nazi tandis que d’autres tenaient un drapeau rempli de croix gammées, comme l’a noté Rue89 Strasbourg. Des membres des MesOs comme Edwin Dailly se sont aussi pris en photo à faire des saluts nazis, le « salut de Kühnen » – une variante à trois doigts du salut nazi – et des références à Adolf Hitler.

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    Sur la photo de gauche, le membre des MesOs excentré à droite qui fait un salut nazi est Edwin Dailly. Sur l’autre photo, c’est un salut de Kühnen. / Crédits : DR

    D’autres de ces indeps d’extrême droite commettent des dégradations, comme Hadrien H., membre des Zouaves et de la Milice. Selon les informations de StreetPress, ce dernier se serait vanté auprès d’ultras parisiens d’avoir commis des tags antisémites sur la porte d’un appartement du 18ème arrondissement de Paris en 2018 :

    « Ici vivent des ordures juives. »

    Une participation aux manifs d’extrême droite

    En plus de ces symboles, attaques et dégradations racistes, ces indeps participent aux manifestations organisées par l’extrême droite. Plusieurs d’entre eux ont donc fait partie du Bastion social et d’autres de Génération identitaire. Les Zouaves et des membres de la Milice sont présents lors de la manif « contre l’islamisme » (en réaction à la marche contre l’islamophobie le même mois) du groupuscule, le 17 novembre 2019. Postés dans les premiers rangs du petit cortège, ils sont une dizaine à scruter une possible arrivée des antifas (qui ne se présenteront jamais). Ils reprennent avec entrain les chants lancés par les organisateurs de Génération identitaire, comme :

    « Ici c’est Paris, c’est pas l’Algérie. Ils n’ont rien à faire ici. Stop aux fichés S, stop aux terroristes, nous chasserons les islamistes. »

    Un mois plus tôt, ils étaient à Bordeaux pour la marche de la Manif pour tous avec un groupe nommé « Bordeaux nationaliste » et dans le cortège parisien du défilé homophobe.

    Au stade, une présence tolérée par certains groupes ultras

    Ces groupes sont toutefois minoritaires dans le supportérisme français. « On ne parle pas avec eux et on ne les voit jamais au stade, ni même à l’extérieur. Ils ne représentent rien », confie un membre du Collectif Ultra Paris à propos des Zouaves. À Lyon, Strasbourg ou Toulouse, les bandes d’indeps, partagent la même tribune que les ultras, sans établir de relations plus poussées. « Ils sont abonnés mais ils ne viennent pas forcément à tous les matches. Ils sont là sur les rendez-vous importants. Chez nous, ils ont pas mal été ultras avant d’être hools », explique un ultra d’un de ces clubs.

    La situation est parfois plus trouble. Les ultras rennais, « apolitiques », admettent qu’ils peuvent faire bus commun avec les Roazhon 1901 pour les endroits « chauds » où « ça peut partir en schneck » (1). À Reims, des Ultrems – le groupe ultra – ont assuré à des militants locaux que les MesOs étaient indésirables dans leur tribune. Ces derniers en auraient « marre de les voir faire des saluts nazis, ils ne veulent pas de cette image au stade », racontent les militants. Pourtant, sur les réseaux sociaux, des Rémois affichent leur appartenance conjointe à la section « Jeune Garde » des Ultrems et aux MesOs. Contactés, les Ultrems n’ont pas répondu à nos sollicitations sur leurs relations avec ces hooligans

    Chez les Nancéiens, les ultras et les Brizak posent côte à côte à certaines occasions. Et on voit parfois le drapeau des Strasbourg Offender à leur côté dans les parcages visiteurs du club, comme fin août dernier à Sochaux. Les ultras de Nancy n’ont pas souhaité nous répondre « en détail », mais ont souligné que « la cohabitation avec les Brizak se passe très bien, chacun étant à sa place ». Le club de Nancy, quant à lui, nous a indiqué qu’il ne « s’exprimera pas sur ce sujet ».

    À Lille, les Dogues Virage Est (DVE), le principal groupe ultra du Losc assume une « connexion énorme » (1) avec la Losc Army, un groupe d’indeps d’extrême droite dont faisaient partie Aurélien Verhassel, l’ex-patron du bar la Citadelle ou Yohan Mutte. Ils sont liés aux ultras par « la forte identité rue » qui compose les deux groupes. Comprendre leur goût pour la bagarre.

    Au sein de la police, un organisme spécifique est en charge du suivi de cette mouvance : la Division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH). Contactée par Streetpress, la DNLH n’a pas souhaité répondre à nos questions. Les Zouaves avait dans un premier temps accepté le principe d’une interview (écrite, via une messagerie), ils n’ont finalement pas donné suite.

    (1) Propos récoltés par l’auteur de l’article et le journaliste Frédéric Scarbonchi dans le cadre d’un livre-enquête sur le supportérisme en France entre 2017 et 2018 : « Supporter : un an d’immersion dans les stades français ».

    (2) Edit le 06/01/20 à 15h : Suite à un message de l’intéressé, nous avons corrigé une coquille dans son nom de famille.

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