27/05/2021

« Les policiers m’ont frappé et humilié. »

Violences et insultes racistes au commissariat du 10e

Par Fanta Kébé

Alors qu’il graffe un mur au pied de son immeuble, Otiniels est violemment interpellé. Il est ensuite emmené au commissariat du 10e arrondissement de Paris où il est insulté et humilié.

« Les policiers m’ont frappé mais surtout humilié. Je me suis senti sali », soupire Otiniels Lins, un homme noir d’origine brésilienne. Dans son appartement parisien, il est assis dans un canapé gris. Une tasse de thé fumante à la main, l’homme de 43 ans raconte sa rencontre avec la police. Dans la nuit du 2 au 3 octobre 2020, l’artiste-peintre aurait été interpellé, violenté, insulté et humilié par des fonctionnaires de police du 10e arrondissement de Paris. « C’était la pire nuit de toute ma vie », déclare le quarantenaire la voix tremblante.

Ce soir-là, Otiniels Lins organise un apéro dînatoire chez lui qui se termine à 1h du mat. Une heure après, alors que son compagnon dort à poing fermé, il descend sur un coup de tête en bas de sa résidence et fait un graffiti sur le mur d’un immeuble voisin. Une voiture de police passe au même moment. « Je me suis arrêté net quand je les ai vus. J’ai eu peur parce que je savais que ce que je faisais était interdit », explique l’artiste. Il dit ensuite être retourné vers son immeuble pour ne pas se prendre d’amende :

« Je tapais le code d’entrée quand une policière m’a fait un croche-patte. Je suis tombé à plat ventre. »

Allongé de tout son long dans la cage d’escalier, l’homme de 1,60 mètre subit un véritable déchaînement de violence. La voix tremblante, il raconte :

« La policière écrasait ma tête avec ses chaussures. Je criais de douleur mais elle continuait à appuyer sur mon crâne encore plus fort. »

Deux autres fonctionnaires lui passent ensuite les menottes. Puis, lui portent plusieurs coups de poing. « Au moins 10 », se rappelle l’artiste :

« Je croyais que j’allais perdre connaissance tellement la violence était intense. »

Otiniels est ensuite conduit au poste de police du 10e arrondissement.

Insultes racistes

Pendant le transport vers le commissariat, les violences cessent. Un bref répit. Arrivé au central, le cauchemar de l’artiste reprend de plus belle. « Regardez ce que je vous amène ! », aurait dit le fonctionnaire selon Otiniels. Alors qu’il raconte les insultes racistes, l’homme noir fronce le visage de dégoût :

« C’est ce que la policière a dit pour me présenter à ses collègues du commissariat avant de mettre sa main dans mon afro comme quand tu caresses un chien. »

Quelques minutes plus tard, il souffle dans l’éthylomètre pour vérifier son taux d’alcoolémie. Stressé et choqué par les violences physiques et verbales subies depuis son interpellation, Otiniels dit n’avoir pas réussi à souffler de manière constante dans l’appareil de mesure. Rebelote, les insultes racistes fusent :

« Sale race ! Dépêche toi de souffler ! Déjà que tu n’as rien à foutre chez nous ! »

Sur ces mots, le peintre est placé en cellule de dégrisement pendant deux heures. Vers 11h, il rentre chez lui et retrouve son compagnon, Emmanuel, mort d’inquiétude. Ce dernier raconte :

« Je me suis inquiété quand je ne l’ai pas vu le matin à mon réveil. Je suis allé me coucher juste après l’apéro. »

De retour à son domicile, Otiniels se rase la tête :

« Je me suis senti sali ! Je ne pouvais plus garder l’afro qui a servi à m’humilier. »

Une fois le crâne rasé, il se prend en photo. Sur l’image, on distingue un hématome rouge au-dessus de l’œil gauche, au niveau de la tête. « Il avait des bleus sur le ventre et les jambes » abonde son compagnon Emmanuel Mauger, qui est aussi son avocat. Otiniels n’a cependant pas de certificat médical pour appuyer son récit :

« Je n’ai pas pensé à consulter mon médecin car je voulais qu’une chose, oublier. »

De retour à son domicile Otiniels se rase la tête, et découvre un hématome rouge au-dessus de l'œil gauche, au niveau de la tête. / Crédits : Fanta Kébé

L’homme n’a pas non plus déposé plainte. L’artiste brésilien explique :

« J’ai demandé la nationalité française. Je craignais que ma requête ne soit rejetée à cause de cette histoire. »

Le 7 octobre, deux semaines avant l’audition d’Otiniels, Maître Emmanuel Mauger demande aux autorités du 10e arrondissement les éléments sur les conditions de rétention de son client et compagnon. Mais aucune réponse. Le 22 octobre, jour de la convocation, Otiniels et son avocat se présentent au commissariat pour être auditionnés sur les faits de dégradation de biens privés. On leur annonce que l’audition est reportée à une date ultérieure. Depuis, le quarantenaire dit n’avoir reçu aucune nouvelle convocation. Il a par contre reçu une amende pour le non-port du masque.

Contactés par StreetPress la préfecture de police de Paris explique ne pas avoir été informé de cette affaire et confirme qu’aucune plainte n’a été déposé.

Edit, le 28 mai 2021. Au lendemain de la publication, la victime a recontacté StreetPress pour revenir sur l’usage du mot babouin. Il maintient que des insultes ont été exprimé mais n’as pas de certitude sur l’usage de ce terme précisément. Nous corrigeons immédiatement l’article et présentons nos excuses à nos lecteurs pour cette erreur.