En ce moment

    20 / 09 / 2013

    Une stratégie bien rodée pour gagner en visibilité

    «Oui à Maria, non à la Charia!» : l'extrême-droite allemande joue la provoc'

    Par Laja Destremau

    Dimanche les Allemands se rendent aux urnes pour élire leurs députés. Capotes envoyées aux étrangers pour les empêcher de se reproduire, affiches trash... L'extrême droite joue la provoc' et l'assume.

    « Des minijupes, pas de minarets! », « Oui à Maria, non à la Charia! », « Des sous pour Mamie, pas pour les Roms et Sintis » : les affiches du parti national-démocrate allemand ne font pas dans la dentelle. Dimanche 22 septembre, nos voisins d’outre-Rhin doivent se rendre aux urnes pour élire leurs députés. Tout au long de la campagne, le parti néo-nazi a joué la provoc’. Une stratégie bien huilée décryptée par deux boss de la com’ allemands.

    Provoc L’essentiel de la stratégie de com’ du NPD repose sur la provocation. Objectif : marquer les esprits. En 2011 déjà, lors des élections régionales de 2011, le parti arborait un « Mettre les gaz » sur ses pancartes, affichées devant le Musée Juif de Berlin. On y voyait l’ancien chef du parti, Udo Voigt, sur une moto.

    « En affichant ‘Mettre les gaz’ devant le Musée Juif, le message prend évidemment une dimension tout à fait différente. On se doute bien que le NPD ne milite pas pour le maintien de la non-limitation de vitesse sur les autoroutes », ironise Benjamin Gürkan, patron de l’agence de communication Politicom.

    Si la pancarte est, en soi, de très mauvais goût, d’un point de vue marketing, c’est plutôt efficace explique Stefan Mannes, boss de l’agence de communication politique Kakoii :

    « Le parti a peu de moyens et avec seulement quelques pancartes, ils ont été vus et entendus par plus de 400.000 personnes d’un coup car toute la presse locale en parlait. C’est tout un calcul derrière cette provocation. Ce genre d’affiche est normalement destiné à sa propre clientèle, afin de la motiver, et pas, comme dans le cas d’un produit classique, de convaincre de potentiels électeurs. »

    Avec seulement quelques pancartes, ils ont été vus et entendus par plus de 400.000 personnes d’un coup

    Divisions La stratégie du NPD consiste aussi à creuser davantage le clivage au sein de la société allemande. Des affiches comme « Oui à Maria! Non à la Charia! » ou « Des Minijupes! Pas de minarets! » divisent. Benjamin Gürkan explique que « c’est en simplifiant des sujets complexes, en disant ‘Islam égal Charia’, et en donnant le sentiment aux gens que leur mode de vie est menacé, par des minarets et des femmes voilées par exemple, qu’on obtient leur attention. »

    « Mais le plus désolant là-dedans, c’est le fait que des personnes pouvant ou ayant été victimes de violences à caractère raciste, puissent voir ces affiches », déplore Sabine Seyb de l’ONG ReachOut, association venant en aide aux victimes d’actes xénophobes, antisémites et homophobes. Dans ce processus de division, le NPD a, en effet, deux angles d’approche : les Allemands se sentent menacés. Et les musulmans et autres minorités se disent que les Allemands sont, de toute façon, racistes. Une manière donc de raviver les tensions. Selon Benjamin Gürkan, la technique de com’ est simple :

    « On s’empare d’un problème de société, on s’appuie sur des tensions existantes, et on les amplifie. Et surtout, pas de nuance. Malheureusement, en période d’élections, la plupart des partis ont tendance à faire la même chose. »

    Pas d’idées D’après Stefan Mannes, si le NPD s’acharne contre les minorités ce n’est que « pour pallier son manque de programme. » En clair, faute d’idées crédibles à apporter dans le débat, ils lancent des opés provoc’ ciblant les boucs émissaires classiques de l’extrême droite : les immigrés, les homosexuels et les gauchistes. Ainsi depuis plusieurs semaines, des sympathisants du parti manifestent contre l’ouverture d’un centre d’accueil pour réfugiés dans l’est berlinois. Les pancartes xénophobes ne manquent pas : sur un tapis volant, une famille turque, avec l’inscription « Bon retour ! ».

    Idem avec la pancarte « Des sous pour mamie, pas pour les Roms et les Sinti » ou encore avec l’action récemment lancée par la Jeunesse National-Démocrate « Des capotes pour les étrangers et certains Allemands ». Des préservatifs ont été envoyés à des ONG et des députés, afin de les inciter à ne pas se reproduire. L’action vise les étrangers, les traîtres comme par exemple les Verts et, ironiquement, les homosexuels.

    Et surtout, pas de nuance.

    Dire tout haut… En revanche, là où le NPD marque des points, c’est quand il mise sur le « racisme latent présent dans la société », concède Sabine Seyb de ReachOut. A première vue, la majorité des personnes s’indignent en lisant «De l’argent pour mamie, pas pour les Roms et Sintis» ou « Oui à Maria ! Non à la Charia ». Mais selon Benjamin Gürkan, si on demandait aux gens ce qu’ils en pensent, il est probable que beaucoup avouent, après deux ou trois bières au bar du coin, « je ne suis pas raciste, mais quelque part, ils ont quand même raison. »

    C’est aussi là-dessus que repose la stratégie du NPD : se mettre en avant en prétendant dire tout haut ce que la majorité pense tout bas. C’est d’ailleurs ce qu’explique Frank Franz, porte-parole du parti :

    « Notre cible, ce sont les personnes qui sont d’accord avec nous, mais qui n’osent souvent pas le dire. D’après notre expérience, il s’agit d’une part considérable des électeurs. »

    Résistance Ce pseudo-héroïsme va de pair avec une stratégie de victimisation. Frank Franz estime que son parti est « constamment criminalisé ou placé sous silence par les médias établis. » Et d’ajouter que « le seul moyen de se faire entendre reste la provocation. » Dans la ville de Bad Hersfeld, dans le Land de Hesse, la mairie a retiré les affiches du NPD, les jugeant discriminatoires. Les membres du parti se sont immédiatement posés en victime, dénonçant à coup de communiqués de presse « des élections non-démocratiques ».

    L’affaire est passée en jugement et la mairie a dû ré-afficher les pancartes. Le parti a, pour l’occasion fait imprimer de nouvelles affiches : « Une campagne électorale injuste ? Pas avec nous ». Si la justice a donné raison au parti d’extrême droite, certains habitants continuent à se battre contre ces campagnes d’affichage racistes : « Dans certains quartiers, les résidents retirent les pancartes du NPD accrochées aux lampadaires à coups de cisailles », raconte Sabin Seyb.

    Je ne suis pas raciste, mais…

    StreetPress existe depuis déjà 10 ans. Aujourd’hui, il nous manque 40.000 euros pour boucler l’année et pouvoir frapper encore plus fort l’an prochain. Parce qu’aucun milliardaire n'est au capital, si nous ne les réunissons pas StreetPress s’arrêtera. Sauvez StreetPress en faisant un don, maintenant.

    Je donne pour sauver StreetPress