En ce moment

    08 / 10 / 2013

    « Difficile de se féliciter d'une mini-avancée aussi timide »

    Les stages vont permettre de cotiser un tout petit peu pour les retraites

    Par Emilie Tôn

    A grand renfort d'interviews, la ministre des Affaires sociales annonce que les périodes de stages seront prises en compte dans le calcul des retraites. StreetPress a récupéré le texte, bien plus restrictif qu'elle ne le laisse entendre.

    La ministre des Affaires sociales et de la santé Marisol Touraine déclarait au Journal du Dimanche du 6 octobre qu’il « est nécessaire de répondre à la demande des jeunes qui entrent plus tard dans la vie active. » Sa proposition: ajouter à la réforme des retraites, examinée à l’Assemblée depuis ce lundi, un amendement permettant « de prendre en compte dans le calcul des pensions de retraites (…) certaines périodes de stages. » Mais dans quelles conditions ?

    Difficile de savoir tant l’annonce semble avoir surpris tout le monde. Du côté des jeunes socialistes on se félicite de la nouvelle : « une revendication que nous avons portée », affirme son président Thierry Marchal-Beck. Mais on botte en touche quant aux détails en affirmant que « les éléments techniques doivent être décidés avec précision pour que tout le monde puisse s’y retrouver. »

    Amendement Finalement après pas mal de temps à écouter la jolie musique d’attente de Solférino (le siège du PS), nous avons appris hier soir que l’amendement serait porté par le député de la Nièvre Christian Paul, qui a bien voulu nous le filer.

    Aujourd’hui, déjà certains stages peuvent compter dans le calcul des retraites. Pour cela, le stage doit être rémunéré à hauteur de 1.050,75 euros brut (1.008 euros net) et durer au moins trois mois. Avec cet amendement les stages de plus de deux mois, faisant l’objet d’une convention, pourront être pris en compte à condition de ne pas dépasser un total de deux trimestres de cotisations. Et dans ce cas, le nombre de trimestres que vous pourrez racheter sera réduit d’autant. Quand à savoir comment et combien les stagiaires cotiseront : on verra plus tard, propose en substance l’amendement, puisque le « barème sera précisé par décret ».

    « vrai » job Autant dire que la proposition est loin d’être révolutionnaire. Mais selon la ministre aller plus loin encouragerait les entreprises à faire appel à des stagiaires plutôt qu’à des « vrais » salariés. « À 436 euros par mois, ce ne sont pas des contrats comme les autres. » Même argument du côté du ministre du Travail, Michel Sapin qui au micro de I-Télé répète qu‘« un stage, ce n’est pas un travail, ça ne doit pas être un travail, ça ne doit pas être une période de salariat. » Comprendre : pour le gouvernement, si tu veux cotiser, t’as qu’à te trouver un « vrai » job !


    Cliquez pour afficher l’amendement au format PDF

    Un stage, ce n’est pas un travail, ça ne doit pas être un travail, ça ne doit pas être une période de salariat

    « C’est scandaleux d’entendre ce genre de choses », s’étrangle Ophélie Latil membre du collectif Génération Précaire, principal défenseur des stagiaires en France. « Les stages, au même titre que les apprentissages donnent une formation professionnelle. Et contrairement aux apprentis, 1,5 million de stagiaires travaillent chaque année sans cotiser. Et pourtant ils entrent encore plus tard dans la vie active. »

    Micro-réforme Pourtant en apprenant que les stages seraient pris en compte dans le décompte des trimestres, Génération Précaire a presque sauté de joie. Jusqu’à la douche froide à la découverte du texte : « difficile de se féliciter d’une mini-avancée aussi timide alors que le gouvernement a la majorité partout pour engager la régulation des stages et faciliter réellement l’insertion professionnelle », s’énerve Julien Bayou, autre membre du collectif.

    Même son de cloche chez les communistes. Contactée par StreetPress, la députée PCF des Hauts-de-Seine, Jaqueline Fraysse explique que son groupe pourtant opposé à la réforme des retraites « votera évidemment l’amendement, c’est quelque chose que nous réclamons depuis longtemps », mais regrette « une avancée très limitée. »

    Chez StreetPress, aucun milliardaire n'est aux commandes et ne nous dit quoi écrire. Nous sommes un média financé par des lecteurs, comme vous. Devenez supporter de StreetPress, maintenant.

    Je soutiens StreetPress