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    31 / 10 / 2013

    « Un bateau qui coule à Lampedusa, c'est une HLM qui se libère à Montreuil »

    Le pire de la presse d'extrême droite en octobre

    Par Robin D'Angelo

    Les journaux d'extrême-droite analysent la victoire du FN à Brignoles, se lâchent sur Lampedusa et accueillent un nouveau titre dans leurs rangs : « l'Action Française Universitaire ».

    L’interview du mois est à lire dans l’Action Française, numéro 2871 : Jérémy Thébault nouveau martyr de la cause royaliste a abattu … un arbre planté pour le bicentenaire de la Révolution ! Un geste fou qui flirte avec le terrorisme que cet ancien cadre du FNJ justifie dans les colonnes de l’Action Française :

    « Ce chêne constituait une double provocation. D’abord parce qu’il a été planté pour fêter le bicentenaire de la révolution (…) qui fut responsable d’un génocide franco-français épouvantable. Ensuite parce qu’il a été planté dans l’Eure, et que l’Eure a participé activement au génocide. »

    C’est donc armé d’une hache que le 29 mars dernier, « le bûcheron royaliste » s’est furtivement introduit dans la forêt de Berthenonville (Eure) pour décapiter le végétal frondeur. Thébault, 23 ans, dit aussi avoir agi pour « les descendants des génocidés » :

    « Le département [de l’Eure] a notamment voté des lois d’extermination contre les Vendéens, qui n’ont jamais été abolies. Imaginez une statue de Staline dans un goulag ou d’Hitler dans un camp de concentration. »

    Jugé en septembre, celui qui a été candidat aux législatives 2012 dans une petite formation d‘extrême droite, a été condamné à 3.000 euros d’amende, dont 2.500 avec sursis, pour son coup d’éclat.

    L’article le plus flippant est à lire dans Minute du 16 octobre qui consacre un mini-dossier au drame de Lampedusa. « Mais ils sortent d’où, ces Erythréens ? », se demandent les journalistes Marc Bertric et Lionel Humbert, après avoir rappelé que :

    « Un bateau qui coule à Lampedusa, c’est une HLM qui se libère à Montreuil ou un bijoutier de Gênes qui ne se fait pas braquer. »

    Pour Minute, « l’histoire des Erythréens de Lampedusa, c’est comme leur bateaux, elle ne tient pas debout ! » Dans une entreprise de démystification, l’hebdo « politiquement incorrect » monte au créneau contre les « soi-disant miséreux » qui ont péri dans le naufrage. En réalité, des « privilégiés » dans leur pays puisqu’ils ont déboursé 1.000 euros, soit l’équivalent de 30 mois de salaire pour venir en Europe :

    « On se fout de qui ? C’est comme si un Français, pour passer à Londres, avait dû débourser 87.000 euros, rien que pour le passeur ! »

    Minute de s’en prendre à ces migrants qui devraient « faire profil bas pour avoir pris la mer sans savoir nager » et de regretter que ces « privilégiés » fuyant « leur belle-mère » n’aient pas été renvoyés en Erythrée :

    « A croire que c’est le cadeau bonus, mieux que les Jeux Panafricains : quiconque a survécu au concours a gagné le droit de rester en Europe ! »

    L’analyse politique du mois est à lire dans Rivarol qui, à propos de la victoire du FN à Brignoles, moque l’impuissance du front républicain face à la stratégie de dédiabolisation de Marine Le Pen.

    Jérôme Bourbon, le red’chef du journal, s’amuse que « le Système » se serve encore du FN comme d‘« un épouvantail » alors que « Marine Le Pen se réclame sans cesse de la République et de la laïcité ». En fait la stratégie de front républicain serait devenue inefficace depuis que le FN est « compatible » avec certaines « valeurs du Système » comme « l’homosexualisme, le droit à l’avortement ou le culte de la laïcité » :

    « Mais qu’importe : aux yeux des grands partis, il faut impérativement qu’il soit battu car le FN serait antirépublicain. »

    A Brignoles, c’est cette dédiabolisation qui aurait fonctionné. Rivarol rappelle que le candidat frontiste historique du canton, Jean-Paul Dipsard, a été écarté par Marine Le Pen car « gollnischien, donc trop marqué à droite ».

    « Quant à Laurent Lopez (le vainqueur, ndlr), interrogé ce lundi par BFM qui le qualifiait de candidat d’ extrême droite, il a lourdement rejeté ce qualificatif (…) déclarant que son grand-père s’était opposé aux nazis. Quel argument ! Quel puissant argument septante ans plus tard ! On voit à quel point le néo-FN est devenu politiquement correct. »

    Mais ce n’est pas pour autant que l’extrême droite pétainiste ne soutient pas Marine Le Pen. Bourbon :

    « Quel que soit le fossé qui sépare [Rivarol] du néo-FN (…) les ennemis principaux restent évidemment les partis politiques qui ont conduit notre pays dans l’état où il se trouve maintenant. »

    On voit à quel point le néo-FN est devenu politiquement correct

    Un nouveau périodique d’extrême droite ! Vendu 1 euro à la criée « l’Action Française Universitaire » annonce pompeusement tirer à 25.000 exemplaires, chaque jeudi, et être distribué dans les facs depuis le 15 octobre. En Une de ce premier numéro, un appel à « tuer tous les gauchismes ». StreetPress a lu les articles «  Que faire des petites salopes ? » et « Le FN écrase tout à Brignoles ».

    L’hebdo se revendique comme « intelligent et violent ». Parmi ses références, le terroriste américain Unabomber ce qui n’a pas manqué de faire réagir l’Action Française – la vraie – qui dénonce « un ton qu’employaient jadis les nervis de l’extrême gauche pour terroriser le bourgeois. »

    Car la guerre est déclarée entre l’Action Française Universitaire et l’Action Française, très remontée à cause de l’utilisation de son nom centenaire sans copyright. Son secrétaire général Olivier Perceval s’indigne d‘« une tentative de récupération de notre appareil étudiant » :

    « Quelques individus, certainement manipulés, ont cru pouvoir utiliser le titre d’ AFU (Action Française Universitaire) pour déverser un tas d’immondices sur quelques facs (…) L’Action française répondra à cette agression par tous les moyens dont elle dispose, même légaux. »

    L’Action Française Universitaire est lancée par Rodolphe Crevelle qui s’était déjà illustré avec la feuille de chou facho-rigolo Le Lys Noir.

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