Au tribunal pour avoir dénoncé le vol de ses plants de weed

Au tribunal pour avoir dénoncé le vol de ses plants de weed

« Le cannabis c’était pour se désaccoutumer de l’alcool »

Mauvais Plant | Infos StreetPress | par | 7 Novembre 2014

Au tribunal pour avoir dénoncé le vol de ses plants de weed

Eric Chapel, militant pro-cannabis, s’est fait voler ses plants en avril dernier. Il a porté plainte, mais c’est lui qui comparaît à Angers pour une récidive de « possession et recel d’herbe de cannabis ». Pour StreetPress, il revient sur sa mésaventure.

3 mois ferme pour Eric Chapel

(Edit le 12.11.14) Lors de l’audience, lundi 10 novembre, la procureure a requis 100 jours amende à 5 € par jour contre Eric Chapel. Il a finalement été condamné à 3 mois de prison ferme. Joint par StreetPress, Eric Chapel nous a aussitôt annoncé faire appel de ce verdict. Une pétition pour sa relaxe a recueilli pour l’heure 298 signatures

« J’emmerdais personne ». Eric Chapel, 43 ans, est dépité de devoir comparaître lundi 10 novembre devant le Tribunal de grande instance d’Angers (49) pour une récidive de « possession et recel d’herbe de cannabis ». Vivant pépère à la ferme, à 40 kilomètres d’Angers, il y cultivait sous serre du cannabis, notamment à des fins thérapeutiques, « pour se désaccoutumer de l’alcool », explique-t-il à StreetPress. Par mois, ça lui fait 100/200g de fleurs, dit-il. A la fin mois d’avril, patatras :

« Je venais d’engranger ma petite récolte. Je suis parti 24 heures et quand je suis revenu, une des fenêtres avait été fracturée. »

Le ou les voleurs ont dérobé plusieurs plants. Ni une ni deux, Eric se rend chez un type qu’il soupçonne du larcin pour « se défouler sur lui ». Il ne donne pas plus de détails. Puis il va chez le maire du village, pour « déposer une main courante » avant de porter plainte pour effraction et vol. Il se doute que « le vol d’herbe va avoir du mal à passer », mais après tout, dans cette histoire, c’est lui la victime.

Les gendarmes embarquent aussi de la courge et du curry

Sauf que quelques jours plus tard, les gendarmes débarquent chez lui. Il saisissent du matériel électrique, quatre plants de cannabis, une quarantaine de boutures, et 800 grammes d’épluchures servant à la fabrication de teinture-mère. La teinture-mère est un procédé consistant à laisser macérer une plante dans de l’alcool pour en tirer une solution hydro-alcoolique, qui sert de base à ses produits médicinaux.

Visiblement, les gendarmes n’y connaissaient pas grand-chose :

« Ils ont pris tout ce qu’il y avait à glaner. Ils ont même confisqué des graines de courges et une pochette de curry. »

Mais :

« Ils ont été très respectueux, je dirais même que ça s’est bien passé. A la limite, ils étaient presque gênés. »

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Eric Chapel prend la pose / Crédits : Eric Chapel

Quatre mois avant la fin d’un sursis

Gênés, peut-être, n’empêche qu’Eric est dans le pétrin. Au moment des faits, il était déjà sous le coup d’une peine de cinq ans de prison avec sursis pour culture et possession de cannabis et comble de malchance, il n’était qu’à quatre mois de la fin :

« Je cultivais du cannabis sur mon balcon à Paris et j’ai été condamné sur la délation d’un voisin. La France… »

Car avant de vivre à la campagne, Eric a longtemps résidé dans la capitale, où il a été un militant actif de la légalisation du cannabis, qu’il consomme depuis ses 17 ans. En 1998, il décide d’en vivre : il ouvre à Montreuil Chanvre et Cie, un magasin associatif vendant de la littérature, du matériel de jardinage urbain et même des vêtements en chanvre. L’aventure culmine en 2003 avec l’organisation d’un salon de 3000 m2 à la Cité des Sciences et de l’Industrie. Ensuite, ça part en vrille : un contrôle fiscal débouche sur une amende de 100.000 €, la dissolution de son asso, Paka, et la fermeture de son magasin :

« Après cet échec, je suis parti en retraite en province. Je suis tombé dans les drogues dures et dans la plus dure de toutes, l’alcool. »

Docteur cannabis

Selon Eric, « le chanvre est le meilleur substitut pour l’alcool, mais n’est pas reconnu en tant que tel ». C’est là-dessus qu’il compte baser sa défense, faisant valoir qu’après sa mésaventure, il est « retombé dans l’alcool et le marché noir ». D’où l’utilité de lui permettre, ainsi qu’à d’autres, de consommer du cannabis à des fins médicales. Pour lui, c’est clair :

« Je travaille du côté du ministère de la Santé. »

Son audience aura lieu ce lundi à 14 heures. Soutenu par plusieurs associations (Cannabis sans frontières, Cannabis social club, le Circ), avec un rassemblement sur le parvis du TGI, Il sait déjà que, quelle que soit la peine, s’il est reconnu coupable, il fera appel.


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