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    11/02/2015

    Marc a vécu en Allemagne et il en revient avec une idée

    « Pour plus d’écologie et moins de précarité, généralisons les bouteilles consignées »

    Par Marc Mazière

    Les bouteilles consignées, c’est à peine quelques centimes de plus et un grand pas pour l’écologie. Au cours de son séjour en Allemagne, Marc a découvert que ça filait également un coup de main aux précaires. Il veut lancer le débat.

    Il fait beau en cette journée de printemps à Düsseldorf, capitale du Land de Rhénanie-du-Nord Westphalie, au sud-ouest de l’Allemagne. Comme tant d’étudiants et de jeunes actifs sortant du boulot, je me pose avec quelques amis et décompresse en buvant ma bière fraîche sur les quais, face au Rhin. Une fois finie, certains gardent leur bouteille dans leur sac, tandis que d’autres l’abandonnent par terre, et tout le monde trouve ça normal. Vous allez me dire :

    « Mais attends, les Allemands sont pas censés être des modèles à suivre en matière d’écologie ? C’est quoi leur problème ? ».

    Détrompez-vous, chers amis, car en Allemagne, toutes les canettes et bouteilles, qu’elles soient en plastique ou en verre sont consignées : à l’achat, on paie la consigne en supplément, une somme indolore comprise entre 8 et 25 centimes par bouteille ou canette. Et quand on les ramène, le magasin nous les rembourse soit en cash (dans les petites épiceries), soit sous forme de bon d’achat (dans les supermarchés, c’est la solution la plus courante). Ainsi, la plupart des magasins sont équipés de machines traitant automatiquement les bouteilles. Elles lisent les codes-barres, reconnaissent le symbole « consigné » (noir sur fond blanc, un peu comme un code QR), et savent combien telle bouteille vaut. Elles éditent ensuite le bon d’achat.

    « Ramasseurs de bouteilles »

    Certaines personnes, comme en France, n’ont pas envie de s’embêter à rapporter les bouteilles ou les jettent par terre dans la rue par pure commodité. Outre-Rhin, ce n’est pas un problème puisque des personnes en situation précaire, les Flaschensammler – littérallemand « ramasseurs de bouteilles » – collectent les emballages consignés pour pouvoir ensuite s’acheter à manger. A la fin de mon séjour en Allemagne, ayant pourtant l’habitude de tout recycler et de ne jamais rien jeter par terre, il m’arrivait souvent de donner mes bouteilles aux glaneurs, ou de les abandonner proprement. Si le soir avant d’aller dans des bars, je n’avais pas envie de me les trimballer pour les ramener au supermarché le lendemain, je les laissais, tout simplement parce que je savais que cela rendrait service à quelqu’un dans le besoin et que ma canette serait ramassée dans l’heure. Ainsi, tout le monde est content et les rues sont rutilantes.

    L’Hexagone encore à la traîne

    Ce système n’étant pas une exclusivité tudesque, on le retrouve ailleurs, en particulier dans les pays scandinaves. Ah nos amis nordiques, toujours un train d’avance eux aussi. Mais pourquoi ne fait-on pas cela en France ? Serait-on trop occupés à retrouver le chemin de la vertu après avoir englouti notre litron ? Il faut quand même rappeler que certaines brasseries alsaciennes gardent cette pratique mais cela reste marginal. La France a simplement abandonné la consigne au fil des Trente Glorieuses et de la mode du « tout jetable ». Comme le tramway, la consigne, disparue depuis plusieurs décennies, pourrait bien surfer sur l’intérêt grandissant des Français pour l’écologie et tenter un retour gagnant.

    Pourquoi n’est-ce pas encore arrivé ? Allez savoir… En ces temps de frugalité imposée par notre système actuel, les consommateurs seront sûrement frileux à l’idée de devoir payer 10 centimes de plus sur chaque bouteille. Nombreux seront ceux qui préfèreront probablement garder le confort de simplement jeter la bouteille par terre ou à la poubelle sans la recycler, pour qu’on la retrouve ensuite flottant sur l’île aux déchets du pacifique nord ou brûlée dans les déchetteries. Dommage, car le taux de recyclage des emballages en plastique en France, passant de 11% en 2000 à 22% en 2011 (contre 58,1% et 89,8% en Allemagne ), reste bien bas comparé aux niveaux qu’il pourrait atteindre avec la carotte financière que représente le système de consigne. Ne désespérons pas non plus, car en 1991, ce taux n’était que de 3,1% en Allemagne. Beaucoup de progrès peuvent donc être accomplis en seulement quelques années.

    Peut-être que l’industrie agroalimentaire et la grande distribution ne voudront pas mettre en place un tel système : coûteux pour eux en tous points et n’apportant aucun bénéfice financier supplémentaire. En Allemagne, le gouvernement a gagné le bras de fer avec les lobbies, et on ne peut que s’en féliciter.

    Un débat public

    J’aimerais qu’un débat public sur le sujet voit le jour. Cela permettrait d’évaluer les avantages et inconvénients qu’il y aurait à mettre en place ce système de consigne. Nous pourrions ainsi réduire nos déchets, faire économiser de l’argent à l’Etat, embellir nos villes et aider les SDF. Vraie bonne proposition ou simple discours utopique de pilier de bar ? Toujours est-il que le modèle existe et fonctionne très bien chez nos cousins Germains, et je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas en prendre de la graine. En attendant, je bois ma Hefeweizen à votre santé. Prost !

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