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    25/03/2015

    L’affiche qui fait scandale

    Ni voile ni kippa à l’hôpital de Villeneuve-Saint-Georges

    Par Tomas Statius

    L’hôpital de Villeneuve-Saint-Georges (94) a placardé sur ses murs une affiche interdisant aux patients tout « signe ostensible lié à une religion ». Sauf que c’est illégal. Joint par StreetPress, le boss de l’hosto plaide la maladresse.

    Sur Twitter, l’hôpital de Villeneuve-Saint-Georges (94) fait l’actualité. Publiée vendredi sur le réseau social, la photo d’une affiche intitulée « Laïcité, Neutralité de l’espace public » a été partagée plusieurs centaines de fois. Au dessus de logos officiels, le texte stipule :

    « Vous entrez dans un hôpital public. L’hôpital est un établissement public. Cet espace est laïque et neutre. Le respect de cette neutralité suppose que les tenues vestimentaires ne présentent aucun signe ostensible lié à une religion quelle qu’elle soit. »

    Ni voile, ni kippa à l’hosto, donc. Rapidement la photo a été reprise par le site Islam et Info. Les réactions d’indignation ne se sont pas fait attendre. Outre l’accusation d’islamophobie, de nombreux observateurs affirment que le texte transgresse la loi.

    Placardée depuis trois mois

    (img) L’affiche du scandale hopital1_0.jpg

    Du côté de Villeneuve-Saint-Georges, on reconnait l’existence de l’affiche. Le directeur de l’hôpital, Didier Hoeltgen, explique à StreetPress que le texte émane d’un groupe de travail sur le thème de la laicïté. Formé de professionnels de la santé et de syndiqués de tous poils, il aurait accouché mi-janvier du texte. L’affiche est placardée le 20 janvier dans les zones de soins et les salles d’attente de l’hosto. Selon lui le texte fait l’unanimité en interne. Et jusqu’à aujourd’hui, le directeur n’avait jamais reçu de plainte. Lui plaide la maladresse :

    « Notre souci était justement de ne stigmatiser aucune population. »

    Le boss de l’hosto assure avoir voulu retranscrire en termes pondérés la loi de 2010 sur « l’interdiction d’avoir le visage couvert dans l’espace public » :

    « On trouve notre texte moins violent que l’intitulé de la loi. »

    Etonné par la polémique, Didier Hoeltgen a décidé de faire retirer les affiches. Il remet le sort de son texte entre les mains de l’Observatoire de la Laïcité :

    « Ils nous ont dit que cette affiche était valable si elle s’adresse aux soignants mais pas si elle est à destination des soignés. Si notre formulation n’est pas valable, on reprendra les termes de la loi. »

    « Ils sont prêts à modifier l’affiche »

    Joint par StreetPress Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la Laïcité, confirme avoir reçu le texte de l’affiche dans l’après-midi. « On avait contacté les services de l’hôpital dès ce matin après avoir été alerté sur les réseaux sociaux », nous explique le boss de l’institution. Pour lui, il y a clairement eu une boulette :

    « La neutralité s’applique aux personnels soignants et pas aux soignés. »

    Quand à la loi de 2010, « elle ne parlait que de dissimulation du visage et pas de laïcité. »

    Dans les prochains jours, l’Observatoire reviendra vers le l’hôpital avec une proposition de texte alternatif. « De toute façon ils nous ont assuré qu’ils sont prêts à modifier l’affiche. »

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