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    17 / 04 / 2015

    Ils nettoient 12 étages par jour pour 850 euros par mois

    A la BNF, les agents d’entretien sont en grève et les étudiants « s’en foutent »

    Par Juliette Surcouf , Marieau Palacio

    Les 44 agents d’entretien de la société Onet, prestataire de la BNF, ne passent plus l’autolaveuse depuis 8 jours. Pendant ce temps, la plupart des étudiants révisent... et n'en ont pas grand-chose à faire.

    Bibliothèque Nationale de France (Paris, 13e)– Entre 2 bouchées de makrouds, madame Agoudil, la cinquantaine dans un corps longiligne, nous livre ses secrets pour entretenir sa silhouette. Le programme minceur de l’agent d’entretien à la BNF ? Nettoyer 12 étages de la bibliothèque, 6 jours par semaine et 5 heures d’affilée :

    « Je me lève à 4 h du matin pour être sur place à 6 h 15. »

    Employée à temps partiel, madame Agoudjil rêve de « faire 2 heures de plus chaque jour, pour faire tout bien ». Son salaire : 850 euros par mois.
    (img) Madame Agoudil tient le piquet de grève onet-7.jpg

    Avec madame Agoudil, ils sont une dizaine d’employés d’Onet dans le local sans fenêtres du syndicat Sud de la Bibliothèque Nationale de France. Cela fait une semaine que les agents d’entretien, employés de la société prestataire de services, ont débranché leurs aspirateurs. En 3 ans, leur équipe est passée de 63 à 44 employés, qui se retrouvent à faire des heures sup’ non payées et à s’auto-remplacer au pied levé.

    Surtout, pour les messieurs et mesdames propre de la BNF, impossible de faire tout briller dans ces conditions. Gaoiad Dhabé, 63 ans, s’en veut de devoir bâcler son boulot :

    « Avant on était 4 sur l’autolaveuse. Maintenant, je suis tout seul et en plus d’avoir mal aux bras, je n’ai pas le temps d’aller dans les coins. »

    « Je voulais pas faire crevarde »

    Chaque matin, les grévistes se posent dans le hall d’entrée de la BNF. Ils distribuent des tracts, puis tournent dans les couloirs et offrent du café aux lecteurs. Joyce est en 2e année de droit. Installée dans un fauteuil à quelques mètres du stand des grévistes, elle prend une pause entre deux fiches :

    « Je suis passée devant eux ce matin, je n’ai pas pris de café parce qu’il y avait une petite caisse devant et je n’ai pas donné. Je ne voulais pas faire crevarde.»

    Mercredi, les grévistes ont récolté 514 euros dans leur petite caisse. Le soutien reste plutôt discret : il passe principalement par la cagnotte et une pétition en ligne. En ligne toujours, un pot commun permet à tous d’apporter sa contribution financière au mouvement.

    « Je m’en fous de la grève »

    « Les étudiants sont un peu mous », regrette Boris Mellow, secrétaire à la BNF et militant à Sud culture. Voire pas solidaires pour un clou. Carl, 23 ans, révise d’un air sérieux, impossible de voir le bois de la table sous les papiers et les livres. L’étudiant en éco/finance à la Sorbonne s’agace du bruit fait par les grévistes :

    « Quand ils passent et font du bruit, ça dérange. Franchement, je m’en fous de la grève. Tout le monde veut être payé plus et travailler moins. C’est toujours la même chose ! »

    Nicolas, en 1ere année de médecine, joue aux cartes avec ses potes. C’est la pause et il a pu lire les revendications des grévistes :

    « Ils en demandent beaucoup quand même. »

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    Thérèse a la rage, dans le hall de BNF / Crédits : Marieau Palacio

    Son camarade Sébastien, 18 ans, lâche qu’il est venu « pour travailler » et que « la grève, ça n’est pas son problème ». Pour Nicolas, c’est « l’éternel problème des patrons et salariés ».

    Du côté du café de la bibli, Steve prête son cours à une amie pour qu’elle le recopie et attend patiemment qu’elle termine. En 4e année de compta, il se sent du côté des grévistes :

    « On sait tous qu’ils font un travail indispensable. Jeudi matin, je passerai vers 11 heures, pour gueuler et repartir bosser. Par solidarité. »

    Et d’ajouter :

    « Les tracts sont bien passés mais si ça puait dans les toilettes ça aurait pu accentuer l’impact. Les revendications me semblent justes. »

    Les cadres de la société venus à la rescousse

    Car dans la bibli, ça continue à sentir… bon. Madame Agoudil nous explique comment les cadres de sa société sont venus casser la grève :

    « Vendredi dernier, 2 chefs d’Onet ont quand même nettoyé le hall et les toilettes. Alors que c’est pas leur boulot ! Et la BNF demande à ses employés d’ajouter le papier toilette. Faudrait que ce soit plus crade pour que les gens voient qu’on ne travaille plus. Et se mobilisent. »

    Difficile du coup, pour les grévistes de se faire entendre. Ce vendredi 17 avril, ils ont reconduit leur mouvement jusqu’à lundi. La direction d’Onet propose pour l’instant de faire un effort sur le matériel et de débloquer 50 heures sup’ par mois. Et de généreusement payer… les jours de grève. En 8 jours de grève, les grévistes n’ont pas encore eu de contacts avec la direction de la BNF. La partie n’est pas encore gagnée pour madame Agoudil…

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