En ce moment

    13 / 10 / 2016

    15 piges de graf’ en photos

    UV, le collectif culte du graffiti parisien dévoile ses archives

    Par Tomas Statius

    Du début des années 90, jusqu’à 2005, UV est l’un des plus importants collectifs de graf’ de Paname. Pour StreetPress Rap2122, l’un de ses membres, ouvre la boîte à souvenir.

    De 1991 à 2005, Rap2122 a saigné les lignes de métro, les trains, les stores et les toits de Paname pour y poser son blaze et celui de son équipe :

    « Mes journées n’étaient consacrées qu’à ça. Soit j’avais des bombes et j’allais graffer directement en partant de chez moi. Soit j’allais péter des bombes, de la bouffe, des CD des DVD ou des sapes pour faire des sous. »

    Une époque qu’il a documentée, appareil au poing. « Je pense que personne n’a autant de photos de graffitis à Paris que moi », crâne t-il quand StreetPress lui passe un coup de fil. Aujourd’hui rangé des voitures, le quadra se fait archiviste. Il a déjà publié un livre sur la Gare du Nord, un autre sur les tags dans les tunnels de métro du côté de Nanterre et une anthologie consacrée au petit gris, les célèbres trains utilisés par la SNCF dans la banlieue nord jusqu’en 2012 :

    « Je suis un peu obsessionnel, j’aime quand mes séries sont organisées. »

    Il s’apprête aujourd’hui à sortir un bouquin photo sur son collectif, les UV, l’un des crews les plus mythiques du graffiti parisien. « Depuis longtemps, on me demande de faire un livre mais je refusais. Je trouvais ça trop racoleur » confie-t-il. Il poursuit, sur de son fait :

    « Finalement, j’ai changé d’avis. Je me suis dit que je ferai ce livre une fois pour toute. »


    https://www.streetpress.com/sites/default/files/uv-epoque-quai-gare.jpg

    Laissez passer ma dream team / Crédits : Silvio Magaglio

    Cette photo a été prise, par le photographe Silvio Magaglio, au printemps 2001 à Saint-Lazare. C’était un shooting pour Radikal. On avait même une pleine page dans le magazine.

    Sur la photo, il y a Tacl, Salo, deux graffeurs des UV, et moi. Cette époque marquait l’explosion du street-wear en France. Tous les rappeurs avaient leur marque. Certains graffeurs aussi. Avec les UV, on a commencé à faire quelques sweats, quelques tee-shirts. Mais bon, on ne s’est pas investi à fond. J’étais graffeur avant tout. Je n’avais pas l’âme d’un commercial.

    https://www.streetpress.com/sites/default/files/urban-vampirz.jpg

    Un hommage subtil à Mickey / Crédits : Rap2122

    Cette photo date du Printemps 2001. Un soir, on rentre à Herblay. A peine posé chez moi, Fuzi se met à copier la couverture d’un Mickey Parade qu’il avait piqué sur la route. J’ai tout de suite flashé. Je lui ai dit qu’il fallait en faire notre peinture en gardant les persos mais en remplaçant le nom du magazine par Urban Vampirz (UV). On est allé graffer un dimanche matin. Deux trains gris étaient garés. On a mis 2 bonnes heures. Quand on a fini notre peinture, on a fini nos bombes sur d’autres trains.

    Ce whole car [peinture couvrant l’ensemble d’une rame du métro, ndlr] on l’a fait sur le RER C dans un dépôt à Juvisy. Il faut savoir qu’à cette époque la ligne C, c’était New York. Tous les graffeurs de Paris venaient peindre cette ligne. La SNCF était dépassée, les trains roulaient pendant plusieurs semaines avant d’être nettoyés. Et à mon avis, cette peinture c’est l’une des meilleures.

    https://www.streetpress.com/sites/default/files/uv_urban_vampirz_petit_gris.jpg

    Un petit gris pour la route / Crédits : Rap2122

    Dans le graffiti, tu as deux écoles : les murs ou les trains. Pour les murs, l’intérêt c’est de faire des peintures travaillées, pépères. Quand tu peins sur des trains, tu retrouves à la fois cet aspect graphique, la recherche de lettrage et de couleur, mais aussi le côté mission : trouver les dépôts, éviter la surveillance, connaitre les horaires des gardiens. Ça devient un sport artistique. Moi je me suis plus tourné vers le train. Quand tu as goûté à ça, tu ne peux plus t’arrêter.

    https://www.streetpress.com/sites/default/files/uv-tpk-equipe.jpg

    13 hommes et un pitbull / Crédits : Rap2122

    Cette photo a été prise en 2000 un peu par hasard. Je me promenais à Paris avec mon caméscope pour filmer des murs, des tunnels ou des actions. Trane et Sylea deux autres membres d’UV m’avaient prévenu qu’ils voulaient faire des graffs boulevard Magenta. Au fur et à mesure, pas mal de membres du crew nous rejoignent. Je dis aux gars : « allez on se fait une petite photo de famille. » Comme je filmais en même temps, ils faisaient un peu les fous.

    https://www.streetpress.com/sites/default/files/zeab-uvtpk.jpg

    Hommage à Zeab / Crédits : Rap2122

    On est en 2000. Avec les UV et les TPK [un autre collectif de graffiti proche fondé par Eyone en 1995, ndlr], on se rejoignait tous les samedi soirs au niveau de Pigalle. On se retrouvait à 30 gars : ça fumait, ça buvait des bières. C’est à cette époque que le groupe a été le plus actif. A partir de 2002, les enquêtes de la cellule anti-graffiti de la Gare du Nord ont mis un coup d’arrêt à plein de gens. Les flics rêvaient d’un gros procès UV TPK. Pour les graffs mais aussi pour les violences supposées. A l’époque, tous les graffeurs qui se faisaient interpeller disaient que c’était nous les méchants.

    C’est à cette époque que Zeab, un membre de TPK, meurt dans un accident de voiture sur le périph’. Avec les UV, on a décidé de lui rendre hommage en faisant une peinture dans une usine près de chez nous, à Herblay. Puis l’équipe TPK a décidé de peindre un gros Zeab en couleur, plus travaillé, le long du canal de l’Ourcq du côté de Bobigny. On a voulu faire aussi notre graff. Fuzi s’est occupé du lettrage puis on a tous rempli : Fuzi, Salo, Trane, Kilo et moi.

    https://www.streetpress.com/sites/default/files/fuzi-tunnel.jpg

    Fuzi (UV) en costard taggue dans un tunnel / Crédits : Rap2122

    Cette photo date de 2001. C’est le soir de l’anniversaire de Salo, un membre des UV. On a commencé par dîner tous ensemble dans un resto chinois. Pour l’occasion, on s’était bien habillé. D’ailleurs sur la photo, tu vois que Fuzi porte des chaussures en cuir et un pantalon à pinces. Il a même une chemise sous son gros manteau.

    À la fin du repas, on était bien bourré. Certains sont partis en boîte, d’autres sont rentrés chez eux. Fuzi et moi, on est parti graffer dans les tunnels du métro. On a fini dans un dépôt de Saint Lazare à faire un end to end [enchaînement de graffiti sur l’ensemble d’une rame, ndlr]. On a graffé jusqu’au petit matin. On a même croisé un chauffeur de métro. Il a eu vachement peur le gars. Il nous a dit : « c’est pas grave pour cette fois les gars mais faites gaffe. Bientôt il y aura un maître-chien pour surveiller le dépôt. » Je suis sur que c’était un coup de bluff.


    Chez StreetPress, aucun milliardaire n'est aux commandes et ne nous dit quoi écrire. Nous sommes un média financé par des lecteurs, comme vous. Devenez supporter de StreetPress, maintenant.

    Je soutiens StreetPress