On a mesuré la diversité des élus en Europe et la France est au fond du classement

17 Janvier 2017

par Nicolas Kayser-Bril, nerd et co-fondateur de Journalism ++

Et si les stats ethniques étaient appliquées aux politiciens ? Voici la première étude réalisée sur la diversité parmi les élus et les partis. Ce sont les Républicains et le FN qui décrochent la palme du classement des partis français les moins ouverts.

Les statistiques ethniques sont interdites en France. Je pense que cette interdiction est contre-productive et bénéficie surtout aux groupes dominants (les hommes blancs, au cas où vous auriez un doute), comme l’expliquait sur StreetVox la sociologue Marie-France Malonga.

Qu’à cela ne tienne, on a collecté quand même des stats ethniques, tout en restant dans la légalité.

Nous avons analysé les profils de 23.000 élus en Europe

Avec de 318 étudiants de 14 écoles de journalisme en Europe (voir la méthodologie ci-dessous), nous avons analysé les profils de 23.000 élus au niveau national, régional et communal, en France et en Europe, depuis les années 1990.

Pour chaque élu, nous avons collecté des infos sur son genre, son métier, sa couleur politique etc. Nous les avons ensuite comparés entre eux pour déterminer ceux qui ressemblaient le plus à des politiciens.

Comme « hot or not » mais pour la diversité des élus

Pas de classement sur des critères de race, juste des comparaisons sur une base subjective, avec une seule question:

« Lequel de ces deux élus ressemble le plus à un stéréotype de politicien ? »

Je vous laisse deviner sur qui j’ai cliqué :

Divers ou pas divers
Alors, stéréotypé ou pas stéréotypé ? / Crédits : Jquest

Comme Hot or Not, mais pour les élus. La méthodologie pourrait être améliorée, mais, à moins de demander à chaque élu comment il se considère (et au passage risquer 300 briques d’amende), c’est ce qu’on fait de mieux. Quelques milliers de comparaisons plus tard, on peut analyser les résultats.

Et la France est le 3e pays moins bien classé

Le pays qui arrive en tête du classement des politiciens les plus stéréotypés est… la Hongrie! Ce n’est pas étonnant. C’est presque le pays qui compte le moins de femmes en politique au monde (deux fois moins que l’Arabie Saoudite, faut le faire) et les politiques hongrois ne sont pas vraiment connus pour leur désir d’intégrer les minorités, à commencer par les Roms.

Après les Tchèques, les élus français arrivent en troisième position du classement ! C’est la première fois que l’on peut dire, avec une méthodologie qui tient la route, que les assemblées françaises sont plus homogènes dans leur composition que celles des pays voisins.

Fidèle à sa tradition de tolérance et d’ouverture, la Suède ferme la marche avec des élus deux fois moins « stéréotypiques » que les Hongrois.

Les Républicains et le FN sont les partis les moins divers

La même analyse par tendance politique révèle que les élus qui ressemblent le plus à des politiciens sont les conservateurs (Les Républicains en France), suivis par l’extrême-droite. Les Verts sont bons derniers, incapables de rentrer dans le moule cravate-tailleur-cheveux-gris.

Christophe Priou, le politicien-étalon

Parmi les élus français, celui qui a gagné le plus de comparaisons est Christophe Priou, député Les Républicains, 58 ans. Il est talonné par Jean-Yves Le Bouillonnec (56 ans, socialiste) et Noël Mamère (68 ans, écolo).

politiciens classiques
Christophe, Jean-Yves et Noël / Crédits : Jquest

Et les élus les moins « stéréotypés » :

De l’autre côté du classement, on trouve Jennifer Stephany, conseillère régionale FN de la région Grand Est, Martine Billard (ancienne députée du parti de gauche) et Ary Chalus, député socialiste de Guadeloupe.

politiciens-divers
Jennifer, Martine et Harry / Crédits : Jquest

Cette analyse est un début.

On pourrait aller beaucoup plus loin si l’on avait des statistiques ethniques (on pourrait notamment savoir si les partis discriminent certains candidats en les envoyant dans des circonscriptions impossibles à gagner).

Elle permet néanmoins de montrer que les partis français ont, par rapport à leurs voisins européens, un vrai problème de mise à l’écart des minorités.

On voit aussi que certains partis qui prétendent représenter le peuple (coucou, Marine !) sont en fait aussi homogènes que les autres : blancs, masculins, cheveux gris et sans diversité.

Notre méthodologie

Les données utilisées pour cette analyse proviennent de la plate-forme pédagogique jQuest. Elles ont été collectées par 318 étudiants inscrits dans 14 écoles de journalisme en Europe, dont, en France, l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, l’Ecole de Journalisme et de Communication d’Aix-Marseille et le Master Journalisme et Médias Numériques de l’Université de Lorraine.

Les élus y sont classés par tendance plutôt que par parti afin de permettre des analyses dans l’espace (entre pays) et dans le temps (en 20 ans, les conservateurs français sont passés du RPR à l’UMP aux Républicains, sans compter les partis de second rang). Les tendances sont déterminées par le rattachement du parti auquel est inscrit un élu au Parlement Européen (un parti rattaché au Parti Populaire Européen, comme Les Républicains, est classé comme conservateur, par exemple).

Les données sont disponibles sur cette feuille de calcul.

Propos recueillis par Johan Weisz