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    07/06/2017

    Des cours gratuits de droit du travail pour organiser la lutte

    Par Évelyne Perrin , Sarah Lefèvre

    Chaque premier lundi soir du mois, à la bourse du travail à Paris, des cours de droit du travail gratuits sont donnés à tous ceux qui le souhaitent… L'initiative est plus nécessaire que jamais, selon Evelyne Perrin qui les coordonne.

    Avec la multiplication des contrats courts et précaires, CDD, stages, intérim, sans papiers en attente de régularisation, ubérisés… Connaître le droit du travail est devenu fondamental. Les syndicats sont souvent absents des petites et très petites entreprises. Avec les attaques et reculs que nous connaissons depuis plusieurs années, la gravité sans précédent de la Loi Travail d’août 2016 et les projets d’ordonnances de Macron, ces cours sont plus que jamais d’actualité.

    On a lancé l’initiative en 2004 avec le réseau Stop précarité. Une inspectrice du travail de SUD nous a proposé d’offrir une leçon par mois. Après son départ en retraite, une autre juriste du travail du syndicat, devenue elle aussi inspectrice, l’a ensuite relayée.

    Ces cours sont ouverts à tous, sans adhésion politique ou syndicale, les intervenant-es étant soit des syndicalistes (CGT, SUD,CNT…), soit des juristes du travail bénévoles, inspecteurs du travail ou avocats spécialisés.

    Jeunes précaires sur les bancs

    Les jeunes qui grossissent les rangs de nos cours connaissent mal l’histoire des syndicats et leur utilité pour la défense de leurs droits. Ces leçons sont gratuites. On ne leur demande ni cotisation, ni participation, mais quand ils viennent pour la première fois, je les accueille en leur disant que c’est mieux d’adhérer à un syndicat, que celui que l’on a choisi devient ce que l’on en fait, que si on n’en est pas content, on en change ou on lutte à la base.


    « chômeurs, travailleurs précaires, salariés du privé, du public, auto-entrepreneurs, intérimaires, CDD ou CDI. Un noyau de fidèles de 20 à 30 personnes vient à chaque cours. »

    Évelyne Perrin, Présidente Stop précarité

    Chaque cours réunit entre 30 et 60 participant-e-s, de tous les statuts possibles : chômeurs, travailleurs précaires, salariés du privé, du public, auto-entrepreneurs, intérimaires, CDD ou CDI. Un noyau de fidèles de 20 à 30 personnes vient à chaque cours. Des nouveaux arrivent par les réseaux sociaux et la publicité que je fais des cours sur internet.

    Un programme sur deux ans

    Les cours, thématiques, suivent un programme sur deux ans, d’octobre à juin. En principe, on organise donc neuf cours par an. Les sujets sont nombreux : comment saisir les prud’hommes, par exemple, sera le thème de la prochaine leçon le 12 juin (cf. Encadré plus bas). On apprend aussi comment lire son bulletin de salaire, comment résister à la souffrance au travail, quels sont les droits des travailleurs étrangers, des chômeurs, à quoi sert l’inspection du travail et comment la saisir, etc.

    Les gens qui découvrent le monde professionnel se disent souvent : c’est normal, on m’exploite, ça doit être ça le boulot. Ils ne savent pas qu’ils peuvent résister, qu’ils ont des droits. C’était déjà important quand on a mis en place ces cours en 2004. La précarité se développait, mais depuis, la situation a empiré après la loi travail imposée sans vote en 2016. Cette destruction risque fort de s’aggraver encore pendant le mandat d’Emmanuel Macron, mais nous lui résisterons.


    « Presque tous mes amis, jeunes ou vieux, souffrent dans leur emploi, de la précarité ou des contraintes de rentabilité intenables. »

    Évelyne Perrin, Présidente Stop précarité

    Première marche vers un accompagnement juridique

    Stop précarité est un réseau de solidarité. Quand un travailleur a un problème particulier qui ne peut pas être réglé pendant les cours, il vient nous voir et on tente de l’aider en fonction de nos spécialités. On peut l’assister ou l’orienter vers telle ou telle structure syndicale ou associative, avant un procès par exemple. Ce besoin est bien réel. On est souvent la première étape.

    Je ne connais pratiquement plus personne autour de moi qui se sente respecté et trouve une satisfaction et un sens à son travail. Presque tous mes amis, jeunes ou vieux, souffrent dans leur emploi, de la précarité ou des contraintes de rentabilité intenables. Je ne peux admettre que le travail soit devenu une torture. La principale cause de cette souffrance est la politique du chiffre, appliquée partout, dans le privé et dans le public. Or, à l’hôpital ou à l’université, comment voulez-vous faire du chiffre ?

    Tous ces raisons nous ont poussés à créer un second réseau d’information et de lutte, Stop Souffrance au Travail, qui a tenu douze débats sur les moyens de se défendre, secteur par secteur. Tout le monde doit se lever. J’ai commencé à travailler peu avant mai 68, les salaires ont bondi après le mouvement. Il faut recommencer.

    Photo : ©Pablo Tupin-Noriega. 12 May 2016, Manifestation à Toulouse contre la Loi Travail et l’usage du 49-3.

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