Parcoursup ou le nouveau tri social ?

28 Mars 2018

par Ines Belabeb, 17 ans, lycéenne à Fontenay-sous-Bois (93) et militante à la Fidl (syndicat lycéen).

La nouvelle plateforme Parcoursup qui permet l'orientation à la fac a suscité beaucoup d’inquiétude chez les lycéens. Ines Belabeb, 17 ans, lycéenne à Fontenay-sous-Bois, dénonce un tri social déguisé.

A la rentrée prochaine, j’aimerais suivre une licence de Sciences politiques ou d’Histoire en région parisienne. En attendant, je me débrouille comme je peux avec Parcoursup et je fais ce qu’il faut pour décrocher mon bac. Je suis en terminale littéraire, au lycée Pablo Picasso, à Fontenay-sous-Bois (94). L’année dernière, quand des milliers d’élèves s’étaient retrouvés sans affectation après les premières vagues de réponses sur Admission Post Bac (APB), je me doutais que l’Etat mettrait en place une forme de sélection pour la rentrée suivante. Malheureusement, je ne me suis pas trompée. Parcoursup remet en cause le droit à l’éducation pour tous et l’égalité des chances en permettant aux universités de sélectionner leurs futurs étudiants.

« On n’a pas tous la chance d’avoir des parents qui connaissent les vices du système scolaire »

Les procédures sont extrêmement complexes, longues et mal expliquées. Nous avons le droit à 10 vœux maximum et 20 sous-vœux, pour chacun de nos voeux il faut fournir CV, lettre de motivation et justificatifs si nécessaire. Nos dossiers sont complétés par la fiche avenir sur laquelle on retrouve les avis de nos profs sur nos choix d’orientation. Il n’y a plus aucune hiérarchisation. Les Universités ont maintenant le droit d’étudier nos voeux et d’exiger un certain nombre d’« attendus » (des compétences dans un domaine en particulier). Elles peuvent aussi refuser nos voeux ou les accepter sous certaines conditions, faire une licence en quatre ans par exemple. Quand nos parents n’ont pas les clés pour nous accompagner durant le processus, c’est d’autant plus difficile. Les miens me soutiennent mais ne peuvent pas en faire plus à ce niveau. Les élèves appartenant aux classes sociales les moins favorisées vont prendre cher, c’est encore nos origines sociales qui vont déterminer notre avenir.

Je me suis tournée vers mon lycée où le corps enseignant est très attentif. J’ai quelques jours pour finaliser mes lettres de motivation avec l’aide d’un professeur. Pour maximiser mes chances, j’ai sélectionné dix vœux. Six en Sciences politiques et quatre en Histoire dans mon secteur, Créteil, mais aussi à Paris ou Nanterre. A cause de la sectorisation, beaucoup de mes camarades se sont découragés, on n’est pas prioritaires en dehors de notre secteur, c’est pour cela qu’on nous a encouragé à dédier plus de vœux aux universités du secteur Créteil. Personnellement, ça ne gênerait pas d’atterrir à l’Université de Saint-Denis (Paris 8), c’est une fac très politisée, j’ai sûrement beaucoup de choses à y apprendre. Mais certains jeunes ont envie voir autre chose, de quitter la banlieue, la sectorisation c’est une manière de leur dire reste à ta place.

« Blanquer, Vidal et Macron, ils s’en fichent de ce qu’on veut devenir »

Les élèves de l’année dernière ont connu le tirage au sort, c’était comme mettre un pansement sur une chute d’eau, ça ne règle rien. La sélection, ce n’est pas mieux. Le vrai problème, c’est le manque de moyens dans le secteur de l’éducation. En rangeant le local de la FIDL (syndicat lycéen), on est tombé sur des documents datant de 2015 au sujet de la stratégie de l’Education nationale. Ils étaient conscients du baby-boom de l’année 2000 donc des prévisions budgétaires nécessaires. Pourtant, ils n’ont rien fait. On est, en quelque sorte, « la génération sacrifiée ». Blanquer, Vidal et Macron s’en fichent de ce qu’on veut devenir, ils veulent juste nous faire entrer le plus rapidement possible et par tous les moyens sur le marché du travail.

Lundi, la FIDL a été reçue par le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer. Evidemment, on n’a pas mâché nos mots en ce qui concerne les réformes relatives au bac et à l’accès à l’université. Il a répondu que si on était encore dans l’opposition, c’était pas la peine de discuter. Nos revendications sont pourtant légitimes. Si l’Etat peut se permettre de faire baisser l’ISF, pourquoi ne peut-il pas renflouer les caisses de l’Education nationale pour permettre à tous l’accès à l’enseignement supérieur ? On attend toujours la réponse.

Propos recueillis par Djenaba Diame