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    20 / 06 / 2019

    Leurs tops étaient verts, symbole du combat pour le droit à l’IVG en Argentine

    Mondial féminin : la sécurité du Parc des Princes oblige des supportrices à retirer leurs t-shirts féministes

    Par Christophe-Cécil Garnier

    Des féministes sont allées supporter l’Argentine à Paris pour la Coupe du monde féminine de foot. Pour l’occasion, elles sont venues en T-shirts et foulards vert, couleur du combat pour l’IVG en Argentine. Mais la sécurité les en a empêché.

    Liesse au Parc des Princes, pendant le Mondial féminin, ce mercredi 19 juin. L’Argentine réussit à égaliser face à l’Ecosse, lui donnant encore une chance de se qualifier pour les huitièmes de finale. Côté tribune, le résultat est entaché d’une faute : certaines supportrices féministes ont été censurées. Venues avec leurs T-shirts, foulards et maquillages verts. La couleur symbolise le combat pour le droit à l’avortement en Argentine, elles se sont tout fait confisquer par la sécurité du stade.

    Avec huit de ses amies, Margaux Collet veut aller supporter l’Albiceleste. Cette militante féministe n’est jamais allée au Parc des Princes et souhaite participer à l’engouement pour le Mondial. Solidaires du mouvement pro-choix argentin, elle et ses amies avaient décidé de marquer le coup. « On s’est retrouvées un peu avant en se disant qu’on se mettrait bien en vert. On ne s’est pas du tout préparées en mode “commando”. C’est assez courant dans des événements culturels, comme le festival de Cannes, de montrer son soutien public à la campagne pour l’avortement en Argentine, même juste en ayant un foulard autour du poignet. On s’est dit que c’était l’occasion », raconte-t-elle. Le petit groupe achète du maquillage couleur jade avant la partie et se pointe avec des foulards autour du bras. Margaux a aussi un débardeur de la campagne pro-avortement qui lui avait été donné par une féministe argentine « avec des messages tout petit en espagnol » et un logo du Campo Aborto Legal dessus.


    Mais, manque de bol, plusieurs groupes de supportrices, comme elles, se font arrêter par la sécurité du Parc des Princes avant la rencontre. Dès les portiques de sécurité, les premiers stadiers leur disent que les t-shirts verts sont interdits. « On a un peu éclaté de rire car on voyait des gens rentrer avec des t-shirts de toutes les couleurs. On a demandé pourquoi ils étaient interdits et j’ai dit que je n’allais pas me mettre toute nue », rembobine Margaux. Une amie du groupe, qui était venue avec un t-shirt vert sans savoir qu’elles allaient s’habiller avec ces couleurs, passe elle sans problème.

    La sécurité briefée

    Les stadiers sollicitent un responsable de la sécurité, qui appelle à son tour « le grand chef sécu ». L’homme en costume noir arrive en demandant : « C’est quoi ces foulards, pourquoi vous êtes là ? Vous êtes combien ? », se rappelle Margaux. Les femmes sont mises sur un côté en leur disant que ces t-shirts et ce vert-là sont interdits. Sans jamais prononcer le mot « avortement » et les raisons. A priori, le message politique ne serait pas au goût des organisateurs.

    La sécurité ordonne à Margaux de se changer et fouille dans les besaces des féministes. Elle confisque son t-shirt et un autre qu’elle avait dans son sac, en plus des cinq foulards. Tous les éléments verts sont placés dans une consigne. Margaux les récupère après la rencontre. La sécurité prend également en photo les places des neuf jeunes femmes en leur disant qu’un membre de la sécu’ les « surveillera en permanence » durant le match.

    « J’imagine qu’ils avaient peur qu’on tente un truc, qu’on sorte une banderole ou qu’on essaie de pénétrer sur les terrains. Ce n’était pas du tout dans notre idée », assure Margaux Collet.

    D’autres féministes ont été empêchées d’entrer

    Ailleurs dans le stade, onze membres de l’Assemblée des citoyens argentins en France (Acaf) n’ont, eux aussi, pas pu entrer dans l’enceinte. Ils ont aussi été repérés suite à leurs foulards verts. Camilla, une des membres, a aussi dans son sac un grand drapeau avec « Aborto Legal » marqué dessus. « Je l’ai caché parce qu’on m’a dit qu’on pouvait me l’enlever », se souvient-elle. L’ensemble est consigné, tout comme le Wiphala de Camille, un drapeau rectangulaire aux sept couleurs utilisées par les ethnies des Andes. « Ils ont dit que ça ne représentait pas les pays qui jouaient. J’ai demandé : “Donc je ne peux pas entrer avec un drapeau de la Bretagne ?”, ils m’ont répondu non. Alors qu’il y a toujours des drapeaux de tous les pays dans les stades. D’ailleurs, il y avait dans le stade un drapeau du Brésil, de la France et de l’Algérie », précise la membre de l’Acaf. Le groupe a pu déployer la banderole à l’extérieur du stade à la fin de la rencontre.

    Camilla a aussi appris que des journalistes argentines qui couvraient l’équipe nationale n’ont pas pu aller dans les stades du Mondial avec des foulards verts, tout comme d’autre groupe nommés Alerta Feminista – un collectif féministe de latino-américaines en France – et les Batucada Guarichas Cósmikas, un autre collectif féministe. « Il y a une censure volontaire de la Fifa, c’est un peu affolant », estime Camilla. À l’inverse, une de ses connaissances a pu entrer dans le stade du Havre avec un foulard vert lors du match entre l’Argentine et l’Angleterre.

    Le règlement établi par la Fifa, l’instance dirigeante du football, indique bien que tout objet de nature politique comme les vêtements, banderoles ou tracts sont interdits durant ce Mondial. Tout comme afficher ou exprimer des messages politiques. Mais le fait que la Fifa soit aussi stricte et renseignée sur les débats actuels argentins a surpris les militantes féministes. « On était très loin d’imaginer que les stadiers avaient connaissance des enjeux sur l’avortement en Argentine. Il y a un côté absurde à la situation. On a bien vu qu’ils avaient été briefés avant. C’est très subjectif leur manière de dire ce qui est politique ou non. Et le subjectif va rarement dans le sens du droit des femmes », estime Margaux.

    Edit le 20/06/19 : Contactée, la Fifa a répondu après la publication de cet article : « Un stade de football ne peut pas être un lieu de revendication de quelque nature que ce soit et, ce, même si les causes sont louables. Hier, un groupe de personnes s’est présenté à l’entrée du Parc des Princes avec une banderole et des tee-shirts militant pour une cause politique. Conformément au règlement applicable dans les stades de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, France 2019, le Comité d’Organisation a refusé l’introduction de la banderole dans l’enceinte – dont la présence n’avait pas été déclarée au préalable – et demandé à ces personnes de ne pas entrer ainsi, ce qu’elles ont accepté sans manifester de mécontentement en ôtant leur tee-shirt avant de rejoindre les tribunes. »

    Contactée, la FFF – qui fait partie du Comité d’organisation locale –, n’a pas répondu à la demande d’interview de StreetPress.

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