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    12 / 07 / 2019

    « À tes rixes et périls »

    A Garges, « toute la ville » dans un court métrage sur les rixes

    Par Marta Sobkow

    Un court métrage, inspiré de faits réels, sur les rixes entre jeunes. C’est le projet de Mohamed, 17 ans, lui-même un temps impliqué dans ces violences. Un film à vocation pédagogique, soutenu par l’asso Espoir et Création.

    Portable à la main, un riverain filme la scène : celle du lynchage d’un lycéen de 17 ans, à Garges-lès-Gonesse. Les agresseurs sont des adolescents d’un quartier voisin. « On ne sait jamais ce qui déclenche une rixe. Parfois, une rumeur suffit », juge froidement Mohamed Dembele, 17 ans. En se versant une tasse brûlante de thé à la menthe, il explique que son ami a fini avec 60 points de sutures à la tête. Une violence qui, en septembre 2018, fait grand bruit dans les médias. « Au final, la seule raison, c’est l’honneur et la fierté. » Mohamed a déjà participé à ces bagarres. Aujourd’hui, il voudrait les faire cesser. Il a décidé de prendre la caméra pour réaliser un court métrage de dix minutes : « À tes rixes et périls ».

    Déterminé, Mohamed décide de parler de son projet dans l’association où il est accompagné, Espoirs et Création. La directrice, Hind Ayadi – qui a participé à notre campagne #SupportStreetPress – saute sur l’occasion. « Ici, ces bagarres, ça arrive quatre fois par semaine. » Depuis 2008, elle encourage les projets culturels dans les quartiers de Garges, notamment autour de ce sujet. La militante a grandi dans la ville du 95 et connaît très bien les mécanismes qui mènent à ces tensions. « On surnommait les alentours “la Corse” ! Parce que personne n’y entrait. »

    « Battons-nous mais autrement »

    Selon Hind, les drames suivent toujours la même trajectoire : un point culminant dans l’horreur, suivit d’une prise de conscience collective… Avant que ça ne recommence. Pour étayer son propos, elle énumère certains cas connus dans le coin. Suite au lynchage de septembre 2018, Keren, une ado de Garges, a par exemple réalisé un clip pour dire à ses camarades « Battons-nous, mais battons-nous autrement. » Il y a aussi l’histoire d’Adama Camara – qui a témoigné sur Streetpress. Après l’assassinat de son petit frère en 2011, il a tiré sur l’agresseur pour se venger. Incarcéré depuis, il avait organisé un featuring avec un rappeur de chaque quartier rival de la ville, pour que les jeunes s’affrontent avec des micros.

    Hind a également organisé des rencontres entre des bandes rivales. Mais elle regrette que l’impact de ces actions soit souvent de courtes durées. Et pourquoi pas créer un support pédagogique marquant, qui resterait sur le long terme ? Et si ça changeait la donne ? « Quand des tensions entre deux groupes s’apaisent, les plus jeunes reprennent le flambeau… », raconte-t-elle tristement. « Alors on va faire un court-métrage où des gens de Garges joueront leur propre rôle ! », intervient Mohamed. Hind renchérit, enthousiaste : « toute la ville sera dedans, tous ceux qui veulent aider peuvent le faire ».

    Financer le projet

    Matériel pour filmer, restaurer les participants, tout ceci nécessite des financements. Alors Mohamed, Hind et tous les autres ont décidé de demander de l’aide et de lancer leur campagne de crowdfunding sur la plateforme Le Pot Commun. « Toute aide est la bienvenue ! Ce soutien peut être financier, matériel, humain, ou encore en mettant à nos dispositions des lieux de tournages », précisent-ils dans la description de la cagnotte.

    https://www.streetpress.com/sites/default/files/a_tes_rixes_et_perils.jpg

    / Crédits : Espoir et Création

    Dans le même temps, les jeunes les plus impliqués rencontrent des professionnels du cinéma, pour récolter le plus de conseils possibles. « Je vais écrire le scénario tout seul. Mais je veux en discuter pour recevoir les idées d’autres personnes », insiste Mohamed Dembele. Le but est ensuite de projeter le film dans des salles de cinéma, dans les maisons de quartiers et dans les prisons.

    L’amour et la violence

    « La haine, ça fait aussi partie de la banlieue. Il ne faut pas oublier les violences policières », reprend le jeune réalisateur. Il ajoute : « On veut porter un message de paix ». Lassina et Kader hochent de la tête. Eux aussi participent au court-métrage. Via ce projet, ils voudraient également changer la représentation des quartiers populaires. « C’est mieux ici qu’à Paris : on est ensemble, on sort ensemble. Même si on a pas d’argent », assure Kader. Hind ajoute, en soupirant : « On est solidaire et on se connaît tous, comme une grande famille. Mais c’est justement parce qu’on vit dans une telle proximité qu’on peut aussi se faire beaucoup de mal ».

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