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    24/01/2012

    Bonbecs, frites, steak tartare... entretien avec un musicos affamé

    Timothée Régnier aka Rover : «Les Beatles, c'est comme les frites, personne ne crache dessus»

    Par Etienne Gin

    A quelques semaines de la tournée de son projet « Rover », Timothée Régnier revient sur son parcours, depuis son groupe punk de Beyrouth à son dernier titre Aqualast qui fait un carton.

    Que faisais-tu en avril 2005 pendant la faillite de l’entreprise automobile MG Rover ?

    Je regardais ça avec tant d’attention, vu que c’est un sujet qui me passionne… Bon en avril 2005, j’étais au Liban, donc je ne suivais pas vraiment ! Mais ça m’a attristé qu’une marque comme Rover se fasse engloutir par les Indiens… Un drame dans ma vie, c’est pour ça que j’ai repris le flambeau !

    A quoi ressemblait ta musique à cette époque ?

    J’étais dans un groupe punk The New Government . Je jouais dedans avec mon frère, à Beyrouth. A cette époque, ma musique personnelle restait confidentielle. Je la gardais que pour mes oreilles ! C’était un vrai moment d’intimité ! Mon projet Rover m’est venu il y a 3-4 ans lors d’un voyage à Berlin. C’était une période de ma vie où je me demandais ce que j’allais faire, donc je me perdais dans les rues de Berlin. Mon groupe punk était mis en stand-by, et me balader dans ces rues m’a inspiré. C’est à mon retour de Berlin que je me suis installé quelques mois en Bretagne, dans une vieille demeure. C’est là que j’ai enregistré mes premières maquettes.

    Comme tu as été expulsé du Liban il y a quelques années, si tu n’étais pas revenu en Europe, ta musique aurait été différente aussi…

    Evidemment ! Et tout aurait été différent : ma musique, ma coupe de cheveux, mes tenues, mes fréquentations… J’ai tout laissé là-bas, donc je me suis entouré de nouveaux objets et de nouveaux instruments par la force des choses. Quand on quitte son pays, on a tendance à le fantasmer. Mais en fait, je crois que j’en avais fait le tour. Le Liban c’est petit, et puis l’Europe commençait à me manquer. Et il y a des choses que l’on ne peut pas trouver à l’étranger comme un bon steak tartare ! Car Rover, c’est toujours cru !

    Avec tes voyages, as-tu écouté beaucoup de musiques différentes ?

    Ma priorité quand je voyage, c’est de découvrir la nourriture ! C’est ultra symbolique de comment vivent et réfléchissent les gens. Le reste passe après ! Et puis je ne me fixe pas que sur la musique, il y a aussi d’autres formes d’art comme la peinture, et donc la gastronomie qui en est une. Mais j’aime avoir un aperçu de ce qu’écoutent les gens et les jeunes d’un pays, sans rentrer dans le fanatisme d’apprendre les dates de leur musique traditionnelle. Dès que j’accroche sur un projet, je visite sa discographie. Au Liban, il y a beaucoup d’émulsions entre les différents groupes locaux. Mais au quotidien, j’écoute surtout de la musique anglo-saxonne…

    Penses-tu que tu fais de la pop alternative ?

    Je préfère ce terme à folk, qui me revient encore souvent ! le mot folk n’a plus grand sens aujourd’hui, il n’en avait déjà plus beaucoup au temps de Dylan. Donc oui j’aime bien ton terme ! Dans alternatif, il y a un truc qui sent le cuir et la sueur, qui enlève le côté soyeux de la pop. Et puis, quand on écoute la pop actuelle…

    Pour toi, quels sont les ingrédients pour composer une bonne pop song?

    Pour moi, une chanson est réussie quand l’émotion est là. Ca marche aussi dans le cinéma et dans les autres formes artistiques. Il ne faut pas tricher, sinon ça vieillit mal ! Je pense que la sincérité se ressent dans la musique. Et puis d’un point de vue technique, j’aime les fantômes d’enregistrement, ce que l’on ne perçoit pas, ce que l’on n’explique pas. C’est pour ça que j’utilise beaucoup de matériel ancien et que j’enregistre encore sur bande. Il faut aussi de la simplicité et de l’évidence ! Une bonne chanson doit être compliquée et complexe tout en étant simple et cohérente à l’oreille. On doit pouvoir l’écouter 1.000 fois différemment. Et puis une chanson, ça transporte tellement de choses : on peut l’écouter lorsqu’on est amoureux à une époque, puis dans un autre contexte. Une bonne chanson, c’est comme un vieux t-shirt que l’on aime et que l’on ne veut pas jeter… car on est bien dedans !

    Faut-il écouter ta chanson « Aqualast » en étant dans l’eau ? Il vient d’où ce terme ?

    Disons que ce terme n’existait pas ! Cette chanson est venue rapidement, le mot « aqualast » était dans ma tête spontanément au moment d’écrire un titre sur la cassette. La chanson parle d’un amour impossible à cause de la distance. C’est inspiré de lettres de poilus qui s’en plaignaient, que j’avais lues dans une brocante. En fait, c’est un sujet intemporel : la distance, même avec la technologie, c’est toujours difficile ! « Aqualast », ça pourrait être un nouveau terme technique de physique qui désigne la distance qui sépare deux êtres !

    Il y aura une version plus longue du morceau « Tonight » sur l’album ? Parce que j’aurais bien aimé qu’il dure 2 minutes de plus…

    Je vois ce que tu veux dire… « Tonight » c’est un peu un bonbec. Une fois qu’il est fini, on a envie de se le remettre ! Mais j’aime le fait que les concerts soient courts et que les chansons soient efficaces. John Lennon était très bon là-dessus ! Sur l’album blanc (des Beatles), il y a des bridges qui durent 7 secondes, on a envie qu’ils reviennent 10 fois dans la chanson. Quand j’étais jeune, ça m’avait marqué. Je me disais « ça c’est fou ! », mais ça ne revenait jamais ! Cette frustration m’avait mis en colère. Bon après les Beatles, c’est comme les frites, personne ne crache dessus ! Mais en grandissant, j’ai compris pourquoi ils ne l’avaient pas remis. La frustration en musique, c’est primordial !

    Il y aura des instruments digitaux sur l’album ?

    Je crois qu’il n’y avait rien qui dépassait 1984 dans le studio, à part moi ! Bon après, je ne suis pas un maboul du vintage. Ca m’agace même les gens qui n’acceptent pas les outils modernes. Mais sur cet album je voulais travailler comme ça, c’était un vieux fantasme ! Avoir grandit avec la profondeur et la chaleur musicale des années 1960-70, je voulais retrouver ça…

    Et à part ça, ton modèle de Rover préféré ?

    La 3005 D8 ! C’est une voiture particulière, fabriquée entre 1964 et 1978. Elle a une ligne incroyable, la roue de secours est posée sur le coffre arrière et elle a les sièges les plus confortables jamais fabriqués dans une auto. Et puis, Grace Kelly est morte dans cette bagnole.


    [VIDEO] Aqualast / 2011

    Il y a des choses que l’on ne peut pas trouver à l’étranger comme un bon steak tartare… Rover, c’est toujours cru


    Rover explique à StreetPress pourquoi il ne faut pas écouter Aqualast en étant dans l’eau


    [LIVE] Tonight / 2011 / Francopholies


    Flûte où est-ce que j’avais caché mes sous pour m’acheter ma Rover ?

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