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    02/05/2011

    Partie 1: Gainsbourg, un plagieur?

    Serge Gainsbourg: tout ce que vous auriez voulu savoir sans avoir jamais osé lui demander

    Par Olivier Kalousdian

    Les 20 ans de la mort de Serge Gainsbourg ont provoqué une inondation d'hommages. Voici la première «anti-interview» de Gainsbourg : Sur StreetPress Gilles Verlant, biographe de Serge, flippe d'une reprise de Gainsbarre produite par… David Gu

    div(hash). h4>Qui es-tu Gilles Verlant ?Spécialiste de Gainsbourg et critique de rock, Gilles Verlant débute tôt dans le journalisme. De 15 à 21 ans, Gilles Verlant présente l’émission “Tempo” pour la RTBF, tout en étant parallèlement journaliste de rock. Puis il intègre la fine équipe de “Nulle part ailleurs”. Dans les années 1990, il publie de nombreux ouvrages sur Gainsbourg. Il officie également sur Skyrock, Europe 2 et RTL 2, toujours dans le cadre des émissions destinées à un public jeune. Il délaisse ensuite son “Gilles Verlant rock & roll show” pour présenter ‘L’ Odyssée du rock’ sur Oüi FM.

    Ton dernier livre, écrit avec Loïc Picaud, nous narre les histoires de ses plus belles chansons ; quelle était selon lui sa plus mauvaise chanson ?

    Vers la fin des années 80, Serge commence à être sérieusement en mal d’inspiration, même s’il a toujours quelques fulgurances qu’il garde curieusement pour Jane. Il y a des jolies choses sur les albums de Jane comme « Amour Défunte » qui sort quelques mois avant la mort de Serge. Mais sur son propre album «You’re under arrest» qui sort en 1987, il y a des trucs vraiment faiblards ! Je pense à « Bye Bye Samantha », « Glass Securit » ou « Suck Baby Suck »…ça fait beaucoup ! C’est triste parce qu’il était dans une logique d’escalade avec le style Gainsbarre et il pensait devoir aller à chaque fois plus loin dans la provoc en oubliant sa qualité majeure qui était celle de poète. 

    Toi qui l’as souvent rencontré et interviewé, quel était son plus mauvais souvenir en tant qu’artiste ?

    Je crois qu’il y a deux très mauvais souvenirs : d’abord la première partie d’une tournée de Barbara en 1965. Elle avait insisté pour l’avoir en lever de rideau et l’avait embarqué en province mais aussi au théâtre de l’Est Parisien mais Gainsbourg est hué par le public de Barbara. À tel point que Barbara m’avait raconté qu’un soir elle était montée sur scène pour dire : « Comment osez vous huer un poète et un chanteur tel que lui ? »
    Mais Serge avait eu sa revanche car, deux mois plus tard, France Gall remportait l’Eurovision avec « Poupée de cire Poupée de son. »%

    L’autre mauvais souvenir date de la première moitié des années 70 : Il s’était retrouvé, je ne sais pas comment, dans la France profonde (peut être sur un tournage de Jane), dans un troquet où un mec leur offre des coups à boire ; jovial et sympathique jusque-là, il leur propose de terminer la soirée chez lui, en arguant peut être qu’il a des choses rares à leur faire déguster. Ils le suivent dans la cambrousse.

    Mais, arrivés chez lui, le mec change d’attitude et commence à menacer Serge et Jane et leur dit : « Maintenant vous allez chanter pour moi ! » Serge répond : « Je ne chante que quand je suis payé » et là le mec sort une carabine et fait monter Serge sur une table pour qu’il chante…je ne sais pas comment ils s’en sont tirés. Comme quoi, boire un coup avec des fans, c’est moyen comme idée ! 

    Véritable misogyne ou acteur de talent, il ne dédaignait pas critiquer et remballer les personnalités qu’il n’appréciait pas. Peux-tu nous citer un artiste de son époque qu’il n’aimait particulièrement pas ?

    On peut procéder par élimination : il n’a jamais écrit pour Johnny Hallyday ! Est-ce que ça veut dire qu’il ne l’aimait pas ou que la rencontre ne s’est pas faite ? Entre parenthèses, il y a pourtant eu des rencontres inattendues comme celle avec Mireille Mathieu. Il devait écrire pour elle et il paraîtrait qu’un enregistrement appelé Desesperado existe. Ce qui semble surréaliste ! Serge avait un carnet de commande et il acceptait un peu tout et n’importe quoi pour le côté financier mais en détournant toujours le tir ou le message. Quand il a fait chanter « Laisse tomber les Idoles » ou à fortiori « Les Sucettes » à France Gall, c’était un façon de la mettre en décalage totale avec les chansons qu’elle chantait jusque là comme « Charlemagne » et autres conneries !

    Il n’y a pas eu non plus de rencontre Gainsbourg/Sheila ; on peut en déduire ce qu’on veut… Mais, parfois, même avec des artistes avec qui il travaillait il n’était pas tendre ! Alain Chamfort, il l’avait surnommé Chamfaible ! Ce qui était un mauvais jeu de mot. Il avait fait la même chose avec Deneuve qu’il appelait Doccaze ! C’est discourtois par rapport à des gens qui l’ont toujours soutenu et qui ont chanté ses titres mais Serge était blessé dans ces cas-là par l’insuccès.

    Chamfaible, c’est parce qu’il avait été déçu par le bide du premier album qu’ils avaient écrit ensemble. Mais il y avait également des histoires de filles là-dessous. Alain était avec Lio, Serge avec Bambou ; Serge avait dragué Lio…des histoires pas claires !

    Deneuve c’est aussi parce que l’album ne s’est pas vendu alors que Catherine a été d’une aide essentielle lorsque Serge était au fin fond de la dépression, enfin, l’une des fois où il a été au fond du trou, notamment quand Jane est partie. Et parfois il sortait également des vacheries à propos de vraies copines. Un jour, je lui avais demandé : « Serge, il paraît que Régine va remonter sur scène ? » et il avait répondu du tac au tac : « Comment ? Avec une grue ?” !!! »

    A ton avis, quand France Gall a-t-elle compris que les sucettes à l’anis qui coule dans la gorge d’Annie n’avaient rien de sucré et s’avéraient même avoir un goût salé ? Penses-tu que France Gall ait pu goûter aux sucettes à l’anis de Serge le confiseur ?

    Je crois qu’il n’y a rien eu entre Serge et France. Serge disait : « J’avais l’essence, mais elle n’avait pas le briquet ! » , ce qui n’était pas sympa non plus. France Gall, au moment où elle chante « Les Sucettes » sort avec Claude François. Connaissant la réputation de bête de sexe de Cloclo, il est curieux de savoir que quelqu’un ait dû lui expliquer peu de temps après la sortie du 45 tours la signification du texte de Serge. Elle est restée 15 jours enfermée, complètement mortifiée de honte et ne l’a plus jamais chantée !

    Pourtant, il existe des mises en scène de cette chanson qui ne pouvaient pas lui laisser de doute. Jean-Christophe Averty avait fait une adaptation TV des Sucettes où des filles suçaient des sucettes géantes molles, d’une façon on ne peut plus suggestive… ! Il faut dire que si aujourd’hui, depuis Les Nuls, tout le monde fait des allusions au cul à un point que ça en est harassant, à l’époque, nous sommes sous De Gaulle, et Georges Pompidou est premier ministre !

    L’intégrale de Gainsabourg, de Gilles Verlant et Loïc Picaud sur Fnac.com

    Sur l’album «You’re under arrest», il y a des trucs vraiment faiblards

    Alain Chamfort, il l’avait surnommé Chamfaible !

    Deneuve il l’appelait Doccaze !

    Pas mal de succès de Serge mondialement connus s’avèrent être pompés ou empruntés à certains de ses auteurs préférés: Verlaine, Baudelaire…ou à ses premiers arrangeurs comme Alain Goraguer. Idem pour ses « mythes » : comme le fait qu’il aurait vécu chez Dali alors que c’était pas lui mais sa première femme Lise Levistky…Peux-tu nous citer un de ses hold up musicaux ?

    En fait, Serge s’arrangeait avec la vérité. Il s’arrangeait avec la réalité parce que l’interprétation est plus belle que la vraie vie. Il a passé quelques jours chez Salvatore Dali grâce à celle qui était sa première femme à l’époque. C’est évident qu’il a également pompé beaucoup de choses musicalement ; d’ailleurs il se qualifiait lui-même d’escroc et de grand faussaire. Mais il faut savoir voler ! Tout le monde vole.

    On est dans une période, depuis les années 90 où tout est recyclé à l’infini, dans tous les sens, à l’endroit, à l’envers…ce qu’il faut, c’est le faire avec intelligence, avec talent. Il n’y a qu’un certain nombre de notes dans la gamme et qu’un certain nombre de mots dans le dictionnaire, après ça, il faut juste être malin. Et je pense que Serge était un gros malin, à l’évidence !

    Et quand bien même il aurait piqué des trucs en oubliant parfois de créditer comme quand il chante « Charlotte Forever » sur un thème de Khatchatourian, qu’il signe Gainsbourg et que les ayants droit de Khatchatourian poussent des cris, à juste titre d’ailleurs…il y a eu des arrangements à la SACEM en sous main. Idem pour le travail de ses arrangeurs; c’est évident que ce soit Goraguer, Michel Colombier, Jean Claude Vannier, les arrangeurs anglais avec lesquels il a travaillé dans les années 60…il est évident que Serge a pu compter sur eux. Eux étaient fiers et enthousiastes de travailler avec un authentique avant-gardiste de la chanson et au moment où ils découvraient la pochette du disque, ils découvraient qu’ils n’étaient pas crédités comme co-compositeurs !

    Après quelques coups de gueule, d’un tirage à l’autre, des crédits ont été rajoutés sur les disques. Le plus souvent, c’étaient des arrangements dissimulés à la SACEM. Les mecs, en fait, touchaient de la thune, mais n’étaient pas crédités.

    Jean Claude Vannier – peut-être un peu extrémiste quand il me dit ça – croisé à une fête il y a quelque temps et à qui je disais combien j’étais déçu de ne jamais avoir eu son témoignage pour mes livres, me répond qu’il ne parle jamais de Gainsbourg. Mais quand vous avez fait votre version de « L’histoire de Melody Nelson » à la cité de la Musique, vous en avez un peu parlé. Et là, il me répond : -«Mais vous savez, Gainsbourg, il foutait rien !» Bien sûr, il exagère quand il me dit ça mais je pense que Serge écrivait les grilles harmoniques, la structure couplet refrain mais après ça, il disait : Mon vieux, tu te démerdes ! Et à la limite, pourquoi pas…? 

    Surfant sur le nuage de nicotine qui entoure les 20 ans de sa mort, certains artistes de talent ont rendu un hommage à Serge en reprenant un de ses titres. En marge, certains autres petits malins envisagent de faire des cover que Serge n’aurait sans doute jamais cautionnées; as-tu connaissance de l’une d’entre elles particulièrement navrante ?

    Navrantes ? Des reprises navrantes des chansons de Serge, le livre que j’ai co-signé avec Loïc Picaud en est rempli ! Il existe des reprises qui montrent une incompréhension totale de l’auteur compositeur et de l’interprète et je pense particulièrement à…je ne vais pas citer de noms, mais beaucoup d’artistes s’intéressent en particulier à la période des débuts de Serge ; côté rive gauche et style poète maudit Jazzy. Grosso modo, de 1958 à 1964. Avec des chansons inoubliables, que ce soit «L’eau à la bouche», « Le poinçonneur des Lilas», «La Javanaise»…etc.

    Et, très souvent, les interprètes qui reprennent cela rajoutent du pathos et, du coup, c’est totalement raté ! Gainsbourg lui-même, quand il rajoute du pathos dans des chansons comme Manon – chanson que je déteste même si elle est adorée par nombre de ses fans – quand il surjoue «Ooohh, Maanon», c’est raté ! Le génie de Serge c’était de ne pas montrer ses sentiments. C’était de les balancer comme ça, assez froidement. Pas cyniquement, parce que c’était un vrai romantique. Le tout, c’était de ne pas faire d’effets.

    Il ne détestait rien de plus que ce qu’il appelait les coups d’étriers, la dramatisation avec une montée harmonique, un final de plus en plus excité, enlevé comme dans les chansons de Jacques Brel. Il détestait ça ! Gainsbourg c’est l’opposé de ça, ses chansons sont linéaires. Et aujourd’hui, on peut craindre le pire. Même si Will i.Am des Black Eyed Peas est un garçon talentueux, il a glissé dans une interview qu’il aimerait faire une adaptation de «L’histoire de Melody Nelson.» Si en plus de ça c’est produit par David Guetta, alors là, on peut commencer à avoir des sueurs froides ! 

    Mais vous savez, Gainsbourg, il foutait rien !

    Des reprises navrantes des chansons de Serge, le livre que j’ai co-signé avec Loïc Picaud en est rempli !

    Le génie de Serge c’était de ne pas montrer ses sentiments.

    Il ne détestait rien de plus que ce qu’il appelait les coups d’étriers, la dramatisation avec une montée harmonique

    A suivre mercredi: Partie 2: Gainsbourg était-il homo ?

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