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    03 / 10 / 2012

    Plutôt Femen ou Osez le Féminisme ?

    Trouve le mouvement féministe qui te convient le mieux

    Par Paola Schneider

    Porter la barbe, ôter le haut, montrer les crocs ou te syndiquer chez les prostituées ? Qu'oseras-tu ? Sur StreetPress, pas de définition du féminisme, mais un petit tour d'horizon des mouvements qui s'en réclament. À toi de choisir !

    1La Barbe – ironie et pilosité

    C’est fait pour toi si : ta pilosité est développée / Tu aimes t’incruster dans les hauts lieux de pouvoir / Tu aimes écrire des textes ironiques à la plume acérée.

    Ze Story : la Barbe a vu le jour en 2008, à l’initiative d’anciennes militantes d’Act Up « effarées par le sexisme ambiant autour de la campagne de Ségolène Royal en 2007 ». Les barbues investissent depuis les lieux de pouvoir munies d’une fausse barbe pour dénoncer de manière ironique la domination masculine.

    La VIP : les membres de La Barbe le sont de manière officieuse, aucune n’est sur le devant de la scène, et toutes ne portent pas la barbe dès qu’elles sortent de chez elles. Mais, puisqu’il faut une VIP, notons que l’écrivaine Virginie Despentes a signé la pétition des Barbues, pétition qui dénonçait l’absence de réalisatrices dans le palmarès du Festival de Cannes 2012.

    Thèmes de lutte : la domination du « grand mâle blanc » dans « tous les milieux, politique mais aussi culturels où médiatiques ». La Barbe se considère dans la lignée du Mouvement de libération des femmes : liberté, égalité, solidarité… féminine !

    Leur coup d’éclat : s’inviter à l’Assemblée Nationale ou encore en plein conseil d’administration de L’Oréal. L’idée, c’est que « quand il y a une belle brochette d’hommes » sur le devant de la scène, elles revêtent leur barbe et viennent lire un « tract ironique au style pompeux façon 19ème siècle » qui « félicite ces messieurs d’avoir su résister courageusement au féminisme ».

    Quand est-ce qu’elles se réunissent ? À Paris, un jeudi sur deux, à la Maison des Associations ou au sein de groupes provinciaux.

    Leur site : www.labarbelabarbe.org et le compte Twitter de la Barbe.

    Elles viennent lire un « tract ironique au style pompeux façon 19ème siècle » qui « félicite ces messieurs d’avoir su résister courageusement au féminisme »

    2Les Femen – en mode V for Vendetta

    C’est fait pour toi si : tu es exhibitionniste / Tu parles russe / Tu es une pro de la communication.

    Ze Story : le mouvement est né à Kiev, en Ukraine, en 2008. Depuis, elles sont passées sur France 2, CNN, Euronews, Al-Jazeera, Russia Today, CCTV, la BBC, la RAI 1, Televisa et KTO… En 2011, forte de ce succès, les Femen sont parties en tournée. L’objectif ? Développer des antennes partout dans le monde. À Paris, elles ont ouvert leur QG le 18 septembre 2012, métro Château-Rouge.

    La VIP : Safia Lebdi, ex-Ni Putes Ni Soumises (Lire ci-dessous), est pressentie pour devenir la présidente de Femen France. Elle et sa camarade de toujours, Loubna Méliane, ont invité les Femen à Paris, déçues par « un mouvement [NPNS, ndlr] qui s’est enfermé dans le politique » et désireuses « d’adopter le mode d’action Femen ».

    Thèmes de lutte : le corps. « Nous voulons dire aux femmes : prenez le contrôle sur votre corps. Il vous appartient, vous n’êtes pas des victimes, vous n’avez pas à avoir peur », clame Julia, jeune Femen de 25 ans. Un discours proche de l’esprit SlutWalk (marche des salopes, en français). Du proxénétisme à la corruption en passant par l’écologie, les Femen ont (et auront) de quoi se cailler les miches. Oui, parce qu’on aurait peut-être dû commencer par ça, mais leur truc pour faire tourner les caméras, c’est de manifester seins nus, car « la nudité, c’est la liberté ».

    Leur coup d’éclat : on ne les compte plus. Entre leur défilé en tenue de soubrette devant la résidence de DSK à Paris ou l’immense croix qu’elles ont découpé en plein Kiev en soutien aux Pussy Riot, les Femen ont fait de la provoc’ et du coup d’éclat médiatique leur marque de fabrique. Si tu aimes les café-philo et disserter des heures sur Judith Butler, les Femen, ce n’est peut-être pas fait pour toi. Ici le crédo, c’est action directe, non-violente mais parfois risquée.

    Quand est-ce qu’elles se réunissent ? pour s’échauffer dans leur jeune centre d’entraînement parisien, il faudra encore attendre. Femen France n’est pas encore vraiment organisé, patience !

    Leur site : femen.org et pour ceux qui ne lisent pas l’anglais, préférez la version Facebook.


    Au centre, Safia Lebdi

    3Osez Le Féminisme ! – le tremplin politique

    C’est fait pour toi si : tu es ambitieuse / Tu es pour l’abolition de la prostitution / Tu préfères qu’on te donne du madame plutôt que du mademoiselle (terme qui n’existe plus, rappelons-le).

    Ze Story : en 2009, le gouvernement Sarkozy annonce une réduction du budget du Planning Familial. Ni une ni deux, le collectif Osez Le Féminisme débarque et devient vite une association importante.

    La VIP : elle a rendu sa carte, et pour cause, Caroline de Haas s’est vu offrir un joli poste de conseillère en charge des relations avec les associations et de la lutte contre les violences faites aux femmes auprès de Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes. Reste la sista, Magali de Haas, porte-parole d’OLF.

    Thèmes de lutte : Leur première campagne, c’était contre le viol. Si OLF se bat sur tous les fronts, des inégalités professionnelles à la lesbophobie, l’agenda politique de Najat Vallaud-Belkacem a fait de la prostitution leur nouveau cheval de bataille. Quand « beaucoup d’associations essaient de faire croire que la prostitution est un métier alors que c’est une violence faite aux femmes et une marchandisation du corps », nous explique Magali, OLF se place en abolitionniste. Pas prude pour autant, l’association milite pour développer l’éducation sexuelle, la réouverture de centres IVG et le remboursement à 100 % en cas d’intervention chirurgicale.

    Leur coup d’éclat : c’était en 2011, 10.000 clitoris partout sur les murs et sur les trottoirs. Vous vous rappelez ? La campagne Osez le clito avait marqué les esprits, ne s’attirant pas seulement des applaudissements. L’idée ? Dénoncer le manque d’éducation sexuelle et plus précisément d’infos sur le clitoris. L’autre idée ? Un bon coup de pub pour le PS. À l’époque, Caroline de Haas était porte-parole de Benoît Hamon. C’est une des seules actions coup de poing d’OLF.

    Quand est-ce qu’elles se réunissent ? À Paris, chaque mercredi soir à 19h30 – mais pas qu’à Paris, OLF dispose d’un réseau bien fourni en France et en Belgique. Pour participer aux réunions, pas besoin d’adhérer, il suffit d’un petit mail histoire de chopper les infos exactes.

    Le site : www.osez le féminisme.fr et, en bonus, leur page Facebook.

    4Les Chiennes de Garde – pour le côté vintage

    C’est fait pour toi si : Tu aimes les pique-nique / La politesse est ton maître mot / Tu es née 4 générations en retard.

    Ze Story : c’était en 1999, Dominique Voynet, alors ministre de l’écologie, se promenait au salon de l’agriculture. Mais contrairement à Chirac, que les agriculteurs sont heureux de voir taper le cul des vaches, Dominique en prend pour son grade. Les insultes proférées à son encontre incitent l’historienne Florence Montreynaud à fonder Les Chiennes de Garde, un « réseau de vigilance défendant des femmes publiques contre des insultes sexistes ».

    La VIP : Isabelle Alonso, grosse tête chez RTL, acolyte de Laurent Ruquier ou chroniqueuse chez Siné Hebdo. Elle a été présidente des Chiennes de Garde de 2000 à 2003 et a même écrit un bouquin pour expliquer pourquoi.

    Thèmes de lutte : le crédo des Chiennes de Garde, c’est lutter « contre les violences symboliques sexistes présentes dans l’espace public ». En gros, les pubs et les insultes. Mesdames et Messieurs (ils constituent environ 10 % du mouvement) réclament « une loi contre le sexisme au même titre qu’il en existe une contre le racisme. »

    Leur coup d’éclat : Difficile à dire. Un nom avec de la renommée, mais des actions pas vraiment fécondes. Les Chiennes de Garde décernent chaque année un « prix du macho » (bravo à Maxime Valette, fondateur de VDM et lauréat 2012) et leur Meute décerne, elle, un « prix de la pub la plus sexiste ». Sinon ? C’est à peu près tout.

    Quand est-ce qu’elles se réunissent ? Tous les premiers dimanches du mois, de mai à octobre, dans un jardin public pour un pique-nique, de 13 h à 16 h et de novembre à avril, dans un café, de 15 h à 17 h 30. Ça c’est pour Paris mais si vous envoyez un mail, on vous dira si Chiennes de Garde il y a dans votre patelin.

    Le site : www.chiennesdegarde.com.


    Isabelle Alonso, la VIP du mouvement (photo : 5Le STRASS – en tous genres

    C’est fait pour toi si : tu es travailleur(se) du sexe / Tu es trans / Tu ne mâches pas tes mots.

    Ze Story : Le STRASS ou le syndicat des travailleurs du sexe. Créé en 2009, ses adhérents sont des prostituées de rues ou indoor, des acteurs porno, des strip-teaseurs, des masseurs érotiques… Qu’ils soient femmes, hommes ou trans, les syndiqués du STRASS luttent pour la reconnaissance de leurs droits.

    La VIP : C’est Morgane Merteuil, l’escort-girl-écrivaine et secrétaire générale du syndicat. Dans son pamphlet Libérez le féminisme, elle dénonce les assos qui, comme OLF OU NPNS, réclament une abolition de la prostitution. Mais le STRASS, ce ne sont pas que des féministes. Beaucoup plus d’hommes que de prostituées en son sein, alors syndicalisme défendant les intérêts des travailleurs ou lobbying pour clients ?

    Thèmes de lutte : « Le droit de chacun de disposer librement de son corps ». Comprendre « l’arrêt de la criminalisation des travailleurs du sexe » mais sûrement pas la réouverture des maisons closes. Chloé Navarro, la porte-parole, met les choses au clair : « Nous sommes tout à fait capables d’autogestion et ne voulons pas de patrons qui nous exploitent. »

    Leur coup d’éclat : Le STRASS a rencontré la ministre du droit des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, en juillet. Et comme la ministre « choisit de précariser et d’ignorer une partie des femmes », le STRASS demande sa démission. Côté impopularité, le STRASS est rôdé. Invité par le PCF à la Fête de l’Huma, ils ont organisé un ZAP contre OLF et se sont pris la tête, encore, avec Henriette Zoughebi, du PCF, contre qui le syndicat a gagné un procès pour diffamation.

    Quand est-ce qu’elles se réunissent ? Le STRASS tient une permanence chaque lundi au local d’Act Up Paris.

    Le site : site.strass-syndicat.org.

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