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    12/10/2012

    Diderot, Warhol et théorie de la communication avec les intellos du hip-hop US

    Solillaquists of sound : « Nous détruisons ce mur imaginaire qui se trouve entre le public et nous »

    Par Anna Rabemanantsoa

    Dans leur dernier concept-album The 4th Wall, les Solillaquists of sound tentent d'abolir les barrières entre artiste et public pour les toucher au plus profond. Un procédé qui passe par Facebook et les nouvelles technologies.

    Quelle est l’idée derrière The 4th Wall (part 1), votre 3e album qui est sorti cette semaine en France ?

    Swamburger : En fait, nous voulions mettre en avant le fait que nous essayons d’inclure les personnes qui écoutaient notre musique, et qui l’écoutent toujours (voir encadré, ndlr).

    DiVinci : Qu’ils occupent une grande place dans ce que nous faisons.

    Alexandrah : Le 4e mur signifie que nous détruisons ce mur imaginaire qui se trouve entre le public et nous, pour qu’un lien puisse s’établir entre nous.


    [Vidéo] This is your day

    Dans quelle mesure la théorie de Denis Diderot sur le 4e mur a affecté votre écriture sur cet album ?

    DiVinci : Je dirai que ça a plutôt affecté le concept de l’album, et pas nécessairement notre écriture. La théorie du quatrième mur est définie comme étant la frontière entre le public et les artistes. Mais elle représente aussi le fait que pour un temps, le public laisse son scepticisme de côté pour laisser place à ce qu’il se passe sur scène. En fait, nous en avons créé un mur en faisant des albums. On a construit ce quatrième mur. Nous avons construit une sorte de barrière en sortant des albums et en nous produisant en concert. Et en brisant ce mur, il se passe quelque chose. Un choc a lieu dans le public. Un choc tel que le public n’a plus l’impression d’être juste un spectateur ou un auditeur de ce qui se passe, mais aussi qu’il participe à ce qui se produit sur scène. Ce que l’on voudrait vraiment, c’est communiquer davantage avec le public, c’est dans ce but que nous avons détruit le mur. Comme ça il est invité à nous rejoindre autour des sujets que nous abordons.

    Alexandrah : Pour ce qui est de l’écriture, sa théorie nous a permis de nous dévoiler davantage. Nous sommes des personnes très privés d’habitude mais pour cet album on s’est davantage confié. C’est un peu comme si on avait commencé à se dévoiler un peu avec As If we existed, un peu plus avec No More Heroes, et avec The 4th Wall, ça a pris une plus grande ampleur.

    Swamburger : Mais ça nous a aussi donné les moyens de faire exactement ce que nous voulions. On peut dire que ça a créé un podium, comme une scène où l’on peut dire « hey, c’est très bien d’être proche d’autres personnes, c’est très bien de les inviter dans ton monde » et d’autres choses qui vont dans ce sens. C’est dans ce sens que sa théorie a influencé mon écriture. Elle m’a permis de savoir qu’il existe une vraie place pour ce que je fais déjà.

    DiVinci : C’est ce qui pour moi distingue notre musique de celles que d’autres personnes qui se livrent aussi dans leurs chansons, parce que beaucoup écrivent avec leurs tripes sur des choses très personnelles, mais peu invitent l’auditeur dans ce lieu intime. Ils ne font que les partager et se les attribuer. Alors que ce que nous faisons c’est de partager nos expériences et de clamer qu’ils sont à tous, qu’ils sont à tous le monde.

    Di Vinci: « Les gens ont tendance à mettre une barrière qui délimite bien qu’il s’agit de leur vie »

    Est-ce que vous avez aussi l’impression que ce 4e mur est un frein à la communication entre deux individus dans la société actuelle ?

    DiVinci : Oui, sans aucun doute. Si on pense à ce qu’Andy Warhol disait sur le quart d’heure de gloire de chacun, aujourd’hui beaucoup de personnes ont cette possibilité grâce à internet, et elles ont leur propre scène et tous le monde les regarde. Comme l’a dit Shakespeare, le monde est un théâtre. Et je pense qu’à cause de cela et à cause de toutes ces nouvelles technologies, les gens ont tendance à mettre une barrière qui délimite bien qu’il s’agit de leur vie, et que vous ne pouvez pas vous y impliquer, comme ils le font eux-mêmes.

    Swam : Mais vous pouvez regarder de loin.

    DiVinci : Ca créé une sorte de frontière. Je pense que dans les échanges quotidiens, ce 4e mur se trouve souvent être l’ego, et si on en fait table rase, on commence à réaliser à quel point on est connecté aux personnes qui nous entourent. De la même façon qu’avec la métaphore de la scène, lorsque l’on brise ce 4e mur entre la foule et nous, et bien les gens se rendent compte à quel point nous ne sommes pas si différents les uns des autres.

    Swam : Je veux juste bouleverser les habitudes des gens. Je ne veux pas être perçu de telle ou telle manière, sauf si c’est exactement le but que je recherchais. Par exemple dans la vie de tous les jours, si un jour je dis bonjour, mais que je ne le fais pas le lendemain, je ne veux pas être vu comme le mec cool mais qui est un trou-du-cul sur les bords. Du coup, je pense qu’à cause de leurs routines, les gens sont tellement programmés à penser et à manœuvrer de telle façon dans la société, que leur perception des choses est faussée par ce qu’ils endurent dans leur vie. De même, que leur opinion sur toi ou sur ta musique, ou peu importe ce que tu veux leur faire passer comme message, est faussée. Du coup, on veut dire non à ça, réduisons à néant tout ça, et repartons de zéro.

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    [Vidéo] The Witness (in French !)

    Est-ce que « The Listener speaks » sur Facebook est un moyen de briser cet obstacle ? Mais aussi une façon de renforcer le lien entre vos fans et vous ?

    DiVinci : Oui, tout à fait.

    Tonya : Et aussi une façon de faire collaborer tous le monde au projet.

    En parlant de fans, vous avez écrit une chanson en français sur cet album, « The Witness ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

    Alexandrah : La chanson parle d’elle-même, dans la mesure où elle pose les questions de savoir que valent les mots si personne ne les écoute, et que vaut le silence si les gens parlent sans cesse. En fait, quand nous brisons le 4e mur et que nous nous réunissons tous ensemble, on doit être prêt à communiquer, à écouter, à parler, mais aussi à être prêt pour le silence, et pour le son, et tout le reste. Parce que même si l’on veut briser ce 4e mur, je pense qu’il faut aussi inviter les gens à mettre leur pierre à l’édifice. Parfois on peut fracasser le mur, et parfois on peut en prendre les pierres les unes après les autres. Si tout le monde s’émancipe du mur, alors le mur n’existera plus. On n’a donc pas besoin de le briser, juste en enlever les pierres.

    Alexandrah, tu as un bon accent français. Où as-tu appris le français et est-ce que ça a été un défi pour l’album ?

    Alexandrah : J’ai appris à partir de CD et d’internet avec des logiciels. Mais aussi du fait d’être ici, de venir en France et de partir en tourné avec Seb. Ca n’a pas été un challenge dans la mesure où je le voulais tellement que je ne le voyais pas comme tel. Je m’étais juste dit que s’il me fallait le faire 20 fois, je le ferai parce que je veux que ça soit bien.

    Est-ce que vous voulez collaborer avec des artistes français ? Si oui, lesquels et pour quelles raisons ?

    Alexandrah : Oui, on veut bien si la musique nous correspond. Mais pour l’instant personne ne nous a approchés.

    DiVinci : À l’exception de Nouvel R, avec qui nous avons fait une chanson. Je pense que c’est un autre mur que nous devons abattre, parce qu’on a notre propre genre de musique, et je pense que beaucoup s’en sont aperçu, du coup ils ne se voient pas forcément en faire partie. Et cela vaut aussi pour d’autres musiciens. Du coup, on apprécie toutes les opportunités que l’on a de collaborer avec des personnes qui partagent notre état d’esprit, et avec des musiciens qui font aussi de la musique que l’on respecte. Alexandrah et Swam ont collaboré avec Dark Time Sunshine aux États-Unis, et les collaborations sont toujours géniales.

    Swam : Écoutez de toute urgence Dark Time Sunshine avec Henry et Zavala. C’est quelque chose de super que je souhaite que tous le monde connaissent. Je suis vraiment fier de cet épisode de l’histoire du hip-hop. Je suis très fier de faire partie de ça, au même titre que d’avoir fait une chanson avec Henry et Zavala, ou Dark Time Sunshine.

    Alexandrah : Saul Williams vie ici, je voudrais faire une chanson avec lui. Je veux une chanson rock et soul, une chanson FAHEEM [un genre qu’ils ont créé : funk, astro, hip-hop, extraterrestrially energized message].

    Sur votre site, vous dites que « l’histoire d’amour entre les Solillaquists of sound et la France a commencé en 2009 ». Cela fait maintenant 3 ans, quel est votre sentiment sur la France et son évolution ?

    Alexandrah : Je pense que c’est de mieux en mieux.

    DiVinci : On aimerait pouvoir la ramener avec nous. En tout cas, moi oui.

    Alexandrah : J’aimerai vivre ici et apprendre le bon français.

    Pouvez-vous nous donner des indices sur ce que vous préparez pour la deuxième partie de The 4th Wall ?

    Alexandrah : C’est vraiment bien. Je pense que c’est la parfaite conclusion à la trilogie de l’auditeur.

    DiVinci : C’est pour ça qu’on  les [auditeurs] pousse à faire des vidéos ou des enregistrements audio. Je voudrais en prendre des extraits et les éparpiller à travers l’album. Mais ça dépend vraiment de ce que nous donnera le public. Ce qu’il nous donnera influencera notre choix.

    bqhidden. Alexandrah : « Que valent les mots si personne ne les écoute »

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