En ce moment

    26 / 10 / 2012

    Cannabis, MD, coke... Au 104 à Paris, à chaque drogue un conseil

    Comment se droguer plus sereinement

    Par Robin D'Angelo

    Un kit de testing pour MDMA ? Des carnets de post-it pour sniffer la coke ? Jeudi et vendredi le 104 à Paris accueillait un village de réduction des risques.

    Paris – 19e. Une tente kaki un peu destroy, des badauds avec des écarteurs d’oreilles et beaucoup de combos baggy + mèches colorées. Jeudi et vendredi, le hall du centre d’art contemporain le 104 avait un petit air de champ, quelques heures avant une teuf.

    Ici ni musique, ni drogue mais un village de réduction des risques. Grosso modo un salon avec des stands animés par des ONG comme Médecins du Monde et des acteurs associatifs comme Techno +. L’objectif : donner des conseils aux usagers pour réduire les risques lors d’une prise.

    L’organisatrice Marie Debrus pense qu’il n’y a « pas de drogues dures ou douces mais des usages durs ou doux. » Et son village « s’adresse à tout le monde, aussi à ceux qui envisagent de prendre des drogues. » Alors pour consommer plus safe, à chaque drogue un conseil, avec un expert en la matière.

    Un kit de testing pour la MDMA

    Le conseil d’Estelle, 26 ans, employée à La Poste et bénévole :

    « Bon, là ça passe surtout par l’information plus qu’autre chose. De savoir que ça donne très soif, qu’on ne sent plus les effets de l’alcool. Et surtout en prendre maxi tous les 40 jours. Ça c’est médical ! Avec la MDMA, t’es plein d’endorphine, c’est lié au plaisir. Du coup, tu as une mauvaise descente et il faut attendre 40 jours pour que ça se rééquilibre.

    Tu peux aussi savoir si ton produit est de la vraie MDMA : Il y a un test qui s’appelle le Marquis. C’est un produit liquide que tu achètes sur internet. Tu en mets une goutte sur un échantillon de ton truc et tu sais instantanément s’il y a de la MD ou pas. Si le produit vire au violet, ça veut dire qu’il y a de la MD. Après, tu ne peux pas savoir avec quoi c’est coupé. C’est interdit d’en posséder pour les assos depuis 2005 mais en tant que personne physique tu as toujours le droit de le faire. »

    Pour commander ton kit Marquis Reagent, c’est ici . Sinon tu peux aller voir Médecins du Monde (voir ci-contre).


    Estelle, nous parle du test Marquis

    Le carnet à post-it pour la cocaïne

    Le conseil d’Emilie, 30 ans, éducatrice :

    « On promeut le ‘‘roule ta paille’‘. C’est un carnet avec des morceaux de papier que tu roules en pailles à usage unique. Le plus important, c’est chacun son carnet ! Parce que quand tu sniffes, ça fait des microcoupures et il suffit d’une trace de sang pour transmettre l’hépatite C. Si tu sniffes toute la soirée, oui, tu auras des coupures. On recommande aussi l’utilisation d’un sérum après un sniff pour enlever les croûtes et le produit stagnant. Bon ça, c’est plus du bien-être que de la réduction des risques.

    Le problème, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de clubs qui mettent à disposition les ‘‘roule ta paille’‘. A Paris, il y a le Batofar et le Rex je crois. Après ça se comprend, les proprios sont responsables s’il y a de la consommation chez eux, donc du coup ils disent tous ‘‘chez nous, ça ne consomme pas !’‘ Ce n’est pas facile d’en trouver, mais c’est juste un bout de papier. En fait vous pouvez prendre un carnet de post-it. L’idée c’est que les gens prennent conscience que se passer des pailles ou utiliser des billets – c’est hyper crade un billet – ça peut être dangereux. »

    Le post-it ou « le roule ta paille » marchent aussi avec toutes les drogues qui se sniffent.


    Vanessa pose avec un roule ta paille

    Fumer du cannabis en communauté

    Le conseil de Dominique, 43 ans, jardinier et fondateur du Cannabis Social Club France :

    « Ça va faire un an et demi qu’on a lancé le Cannabis Social Club en France. L’idée, c’est de constituer un réseau de petites unités de consommateurs – maxi 20 membres – qui s’entraident et partagent des récoltes solidaires sans faire le moindre bénéfice. Tout est noté dans un book de culture au milligramme près : on sait qui a consommé quoi, qui a planté quoi, qui est qui… Tout est fait dans la transparence pour assurer une prestation non-marchande.

    Quant à la prévention des risques, c’est là que c’est trop fort ! A ton dealer, tu achètes n’importe quoi ! Là, c’est toi et ton groupe qui cultivez une herbe 100% bio. Et puis, si par exemple un gamin qui fume trop commence à s’enfermer dans sa chambre, à rester sans rien faire devant la télé, et bien on va aller lui parler, l’aider pour qu’il fume moins ! Parce que pour qu’un groupe soit membre du CSCF, on vérifie que les adhérents sont amis. La voilà la prévention ! C’est aussi pour ça qu’on veut des petits groupes, contrairement au modèle espagnol. »

    Attention StreetPress n’est pas responsable si la police fait une descente chez vous après que vous ayez monté votre Cannabis Social Club.


    Dominique et Jean-François, fondateurs du CSCF

    Pour l’héroïne demander une Stéribox à votre pharmacien

    Les conseils de Vanessa, 31 ans, assistante sociale :

    « Pour tous les produits en intraveineuse, ce qu’on conseille c’est d’utiliser les Stéribox. Il y en a dans toutes les pharmacies, ça coûte 1 euro, et certaines le donnent gratuitement. Dedans, il y a tout le nécessaire pour réduire les risques sanitaires : une seringue, un petit récipient qui fait office de petite cuillère, un bâtonnet pour touiller – il ne faut surtout pas mettre ses doigts – de l’eau stérile pour rincer, un coton qui filtre les impuretés au moment de la pompe, un tampon pour désinfecter son bras et un autre en fin d’injection pour contenir le sang. Le tout est fourni en deux exemplaires si les usagers se piquent à deux. Il y a aussi un préservatif. L’enjeu c’est d’éviter la transmission de l’hépatite C et du VIH. »

    Pour le crack, il existe un même type de kit avec pipes et embouts. L’inhalation de crack engendre coupures sur les doigts et les lèvres, et multiplie la viralité des hépatites.


    Emilie fait la promo du Stéribox

    Et pour l’alcool, les verres doseurs…

    Les conseils de Laurent, 30 ans, animateur à l’ANPAA :

    « La réduction des risques, c’est beaucoup moins visible que pour les pompes chez nous… Bon, y’a bien les verres doseurs… En fait mon premier conseil, ce serait de boire de l’eau. Et surtout de ne pas oublier ton pote qui est plus bourré que toi. Ça arrive excessivement souvent d’oublier les potes – qui parfois peuvent faire un coma éthylique dans la rue. Aussi, quand tu prépares un punch pour un mariage, pourquoi tu mets 5 litres de rhum dans le punch ? Mets 1 litre, ça suffira largement ! »


    Laurent était invité pour parler alcool

    On a choisi de faire différemment. Vous validez ?

    Contrairement à la plupart des médias, StreetPress a choisi d’ouvrir l’intégralité de ses enquêtes, reportages et vidéos en accès libre et gratuit.

    Pour sortir des flux d’infos en continu et de la caricature de nos vies, on pense qu’il est urgent de revenir au niveau du sol, du terrain, de la rue. Faire entendre les voix des oubliés.es du débat public, c’est prendre un engagement fort dans la bataille contre les préjugés qui fracturent la société.

    Nous avons choisi de remettre notre indépendance entre vos mains. Pour que cette information reste accessible au plus grande nombre, votre soutien tous les mois est essentiel. Si vous le pouvez, devenez supporter de StreetPress, même 1€ ça fait la différence.

    Je soutiens StreetPress  
    mode payements

    NE MANQUEZ RIEN DE STREETPRESS,
    ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER