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    10 / 06 / 2010

    Gomina, petites pépés et Roger Federer avec les papes du Rockabilly européen

    Hillbilly Moon Explosion: « A nos concerts il y a des septuagénaires fans de jazz qui côtoient des punks »

    Par Robin D'Angelo

    Sur StreetPress, les membres de Hillbilly Moon Explosion insistent: Le Rockabilly n'est pas un truc de facho de confédéré. La preuve ils viennent d'enregistrer l'Album de la Semaine pour Canal+ et participent à la BO de la série de Scorsese sur HBO.

    Salut Hillbilly Moon Explosion. Bon première question, un groupe de Rockabilly de Zurich c’est plutôt détonnant. Vous trouvez votre public parmi les banquiers et les horlogers ?

    Emanuela: Enfin de Zurich … on vit à Zurich mais on a pas grandi là bas.
    Oliver: En fait on va surtout là où il y a de l’argent “ />

    Duncan: Ahaha. Mais on joue très peu en Suisse sinon on s’enterrerait. On va partout en Europe. On trouvera toujours plein de jolies filles avec des coiffures et des tatouages à la Betty Page.

    C’est quoi la définition du Rockabilly pour ceux qui ne connaissent pas ?

    Oliver: Grosso modo, ce sont des ados blancs qui jouent du Blues de noir, au milieu des années 1950. Si on écoute Carl Perkins ou des mecs comme ça, ce qu’ils font c’est jouer du Blues avec une influence Country. C’est ça le Rockabilly, mais ce n’est pas vraiment ce que nous sommes.
    Emanuella: Nous, on est plutôt des Noirs qui essaient de jouer du Blues de blancs…
    Oliver: Oui c’est ça!

    Comment on en vient à aimer le Rockabilly et à être un adorateur des 1950’s ?

    Oliver: Quand j’étais gosse je jouais au piano du Boogie Woogie(musique)  et mes parents écoutaient beaucoup de vieux jazz, Louis Amstrong,

    Hillbilly Moon Explosion, bio express

    Hillbilly Moon Explosion est un groupe anglo-suisse formé par Duncan David, Oliver Baroni et Emanuela Hutter après l’unification des groupes Hillbilly Headhunters et MD Moon en 1998. Rejoints par Luke « The Puke » Peyerman à la batterie en 2001, ils sortent trois albums Introducing the Hillbilly Moon Explosion (1998), Bourgeois Baby (2001) et The Basement Tapes (2005) qui les rendent incontournables sur la scène Rockabilly européenne.

    En 2010 les bananes et la gomina sont au top du hip-hop. EMI ne s’y trompe en signant leur album All Grown Up enregistré à San Diego et album de la semaine sur Canal +. 2011 s’annonce comme leur année américaine: Ils joueront au Festival de Sundance en janvier prochain et Martin Scorcese a choisi un de leur morceau pour la BO de sa série Broadwalk Empire diffusée sur HBO.


    (Photo: Michela Cuccagna ©)

    « Dans le Rockabilly les femmes sont bien plus féminines que dans n’importe quelle autre contre-culture»

    C’est quoi la différence entre un amateur de Rockabilly et un gros con de confédéré pro-ségrégation?

    Oliver: Il y a une confusion en Europe. A une époque les gens devenaient fan de Rockabilly parce que ça venait des états confédérés. Mais pourtant ça n’a rien à voir. Si tu penses que les confédérés et les conservateurs sont cool, tu ne devrais pas aimer le Rockabilly. En ce temps là, le Rockabilly était une rébellion. C’était des gamins blancs qui jouaient de la musique de Noirs et des ados blanches qui écoutaient des hommes noirs. C’était plus que provocant pour l’ époque !
    Après oui, il y avait beaucoup d’images associés à cette musique mais je crois que c’est une bonne chose. Il y a un style de vie qui va avec et c’est probablement une des raisons qui fait que le Rockabilly est toujours populaire aujourd’hui.

    Vous allez aux rassemblements Americana ?

    Oliver: Bien sur !
    Duncan: Les tattoo, les courses de vieilles tires et les coupes de cheveux sont rassemblés par la musique. Ils ont toujours besoin de concerts.

    Et c’est quoi les accessoires indispensables pour ces rassemblements ?

    Oliver: De la gomme, un peigne…
    Duncan: Des bonnes chaussures, de n’importe quelle marque du moment qu’elles ont de la gueule. Bon perso, je suis très chemises psychédéliques, après c’est pas forcement Rockabilly.
    Oliver: Sinon t’as besoin de gomina. Regarde les cheveux du batteur ! Et d’une chaine pour accrocher tes clefs.
    Emma: La femmes, elles ont de super robes. Et elles sont bien plus féminines que dans n’importe quelle autre contre-culture. Elles aiment montrer leur formes.
    Oliver: Le rouge à lèvre. Très rouge! Et des fleurs dans les cheveux !

    Le magnifique Brown Eyed Boy de Hillbilly Moon Explosion

    « Si tu penses que les confédérés et les conservateurs sont cool, tu ne devrais pas aimer le Rockabilly»

    Vous n’avez l’impression que le Rockabilly ressemble plus à du Carnaval qu’à une scène musicale innovante?

    Emanuela: Les gens sont autant passionnés par la musique que le mode de vie. C’est la même choses avec le Hip-Hop. Dans les quartiers tout le monde s’habille Hip-Hop. Dans les écoles aussi.
    Oliver: Moi j’ai plus d’album Punk-Rock que n’importe quel gosse avec tout l’attirail Punk-Rock ! Tu peux être Punk-Rock et avoir le style. Mais tu peux aussi en écouter sans adopter le mode de vie! Il n’y a pas que le style.
    Emanuela: En plus depuis deux-trois ans, dans ces festivals il y a un mélange. Il y a des punks, des rockeurs…
    Oliver: Peut-être même des gars de petits webzines français surpercool!
    Emanuela: A nos concerts en Suisse il y a des septuagénaires fans de jazz qui côtoient des punks!

    La phrase de Tarantino « Rockabilly is the new big thing ». Vous y croyez?

    Emanuela: Ce que je remarque ce que le style mainstream d’aujourd’hui s’inspire de plus en plus des 1950’s. L’autre jour je regardais Retour vers le futur avec mon fils de 10 ans. Et j’ai dû lui expliquer que les gens avaient des vêtements des années 1950. Il ne l’avait même pas remarqué!

    Le cinéma y est pour beaucoup à ce revival ?

    Oliver: C’est sur qu’aux États-Unis, il y a eu le retour d’une iconographie très classique des 1950’s, 1960’s. Maintenant le cinéma s’attaque à l’époque d’avant: Regardez Les ennemis publics avec Johnny Depp et Cotillard. Ce sont les années 1930. Quand l’époque est défrichée, elle revient à la mode. Pour les 1950’s, le coté bastonnage a été évacué par rapport au coté dandy qui est éternel.

    Duncan: Il y a aussi une valorisation de travail « fait main ». Une fois des gosses très hip-hop sont venus me voir après un show, et leur premier commentaire fût: « Waouh vous jouez des instruments vous-même ! » Et moi je réponds «  Bah oui ». Eux: « C’est dingue, pas de DJ, pas de samples, pas de triggers, pas de loops ». Moi je continue: « Et? » Ils n’en revenaient pas! Il y a une recherche des choses honnêtes et modestes de la musique « faite à la main ».

    Le Rockabilly, WTF ?

    Le Rockabilly est un des premiers style de musique rock, influencé par la country dans les années 1950. Son étymologie vient des mots « rock » et « hillbilly » qui signifie « péquenaud » en anglais-américain. Dans les années 1980 le style connait une renaissance autour des Stray Cats: Le néo-rockabilly est né, il y mêle de la Surf Music, du Garage-Rock et un zeste de psychédélisme.

    Dans les années 2000 la contre-culture Rockabilly s’exprime lors de rassemblements géants d’amateurs de bananes, des ptites pépés bien roulées, et de chevrolets 1960. La culture mainstream participe à la popularité du mouvement à travers les films de Quentin Taratino et certains clips des Queens Of The Sone Age.


    (Photo: Michela Cuccagna ©)

    Mais vous pourriez sampler aussi des trucs en Rockabilly?

    Emanuela: On pourrait!
    Oliver: On a samplé…
    Emanuela: Non nous n’avons pas samplé!
    Oliver: Si le cris de Johnny Bennett « Wooaaahhhh ! ». Mais c’était plus une private joke!
    Emanuela: Mais aujourd’hui, tout le monde peut tout faire très simplement. Il suffit d’acheter un appareil photo et un Apple pour que les nanas aient des photos casi-pro sur Facebook! Mais il y a un besoin de faire des choses par soi-même et par l’apprentissage. Pas seulement par accident
    Duncan: Pas comme par exemple en téléchargeant un plug-in pour jouer du Rockabilly! Non, ici il faut savoir jouer d’un instrument !

    Toi Emanuela, tu as fait une carrière solo aussi ?

    Emanuela: On a joué à deux avec Oliver qui m’accompagnait. C’était très sympa mais je me suis ennuyée ! Moi je veux voir les gens bouger leur popotin! Je ne veux pas chanter à propos de ma vie ennuyeuse, ou de mes histoires d’amour. Je veux que les gens dansent et entrent en transe! Et pas grâce à des ordinateurs !
    Duncan: Moi je veux qu’ils se saoulent la gueule !

    Hillbilly Moon Explosion, le Hip-Hop et les samples

    Les égéries pop-1960’s des membres de Hillbilly Moon Explosion

    Duncan: Miles Davis. La musique swing était à la mode avant la deuxième guerre mondiale et il y avait beaucoup de Bebop . Les musiciens aimaient mais le public beaucoup moins. Miles est arrivé et a dit: « J’en ai marre de cette merde de Bebop. Faisons un truc accessible et cool ». Après les gens n’ont plus jamais écouté les harmonies de la même façon.

    Emma: Billie Holliday, Pasty Cline, Loretta Lynn. J’aime aussi les films mais bon…

    Oliver: Alfred Hitcchcock et surtout sa période Film Noir. J’aime les couleurs, la texture de la pélicule et comment les acteurs se fondent dans le film. Ils ne servent que l’histoire. C’est très pur. Quand l’atmosphère et l’histoire sont bien, ce n’est pas très important les acteurs.

    Luke: Buddy Rich. Et pas seulement pour les 1950’s. Il est intemporel.

    Le shooting-photo de Hillbilly Moon Explosion par Michela Cuccagna

    Source: Robin D’Angelo | StreetPress
    Crédits photos: Michela Cuccagna | StreetPress

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