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    19 / 08 / 2011

    Interview fétichisme avec les réalisateurs de clip les plus hypes de Barcelone

    Lope Serrano du collectif Canada: « La fascination pour les hanches d'une femme devrait se rapprocher de l'attraction pour les batailles navales »

    Par Nicolas Quirion

    Sur StreetPress Lope Serra du collectif espagnol Canada explique pourquoi mettre des femmes nues dans leurs clips n'a rien de sexiste. «Exprimer une attirance n'a rien à voir avec tout ça». Avec en bonus une définition du fétichisme.

    Comment est né le collectif Canada et pourquoi avoir choisi ce nom?

    Canada est né parce que Luis Cerveró, Nicolás Méndez et moi étions amis, que nous réalisions des choses semblables, que nous nous admirions mutuellement. On s’est dit que ce serait une bonne idée d’unir nos forces et de travailler ensemble au quotidien.
    Le nom s’est imposé au terme de longues discussions. Il nous a paru clair, sans particularités phonétiques et facilement compréhensible. Conceptuellement cela renvoie à quelque chose qui est à la fois nouveau et légendaire, sauvage et civilisé, européen et américain. En plus il y a trois syllabes, avec les trois même voyelles et trois consonnes différentes, ça représente un peu ce qui nous unit et ce qui nous différencie… De toute façon Canada ce n’est pas seulement nous trois, Alba Barneda et Oscar Romagosa sont nos producteurs et nous nous sentons très chanceux d’être entourés d’un groupe plus ou moins stable de gens incroyables qui nous accompagnent sur chaque projet.

    L’esthétique de vos clip est assez inhabituelle mais présente des caractéristiques immédiatement reconnaissables, comment décririez-vous le style « canadien » ?

    Sincèrement nous n’aimons pas trop décrire notre style, ça nous gêne un peu. Nous essayons juste de filmer les choses que nous aimons imaginer, nous essayons de filmer ce que l’on aimerait voir, c’est tout.

    En mode erotico-gore pour Scissor Sisters

    Scissor Sisters – Invisible Light from CANADA on Vimeo.

    Quels sont les réalisateurs dont les films vous inspirent?

    Il est difficile de faire une liste des réalisateurs qui nous influencent. Nous admirons le travail de beaucoup de gens, depuis les réalisateurs de notre génération et les plus jeunes jusqu’aux grands maîtres incontournables : David Fincher, Harmony Korine, Jonathan Glazer, Dougal Wilson, Patrick Daughters, Frederic Planchon, Mike Mills, Godard, Terence Malick, Russ Meyer, Paul Thomas Anderson, Gus Van Sant, Spielberg… Mais cette liste est tellement disparate, il manque tellement de monde que je me sens un peu ridicule. D’un autre côté l’inspiration ne provient pas seulement de ce qui a été fait précédemment par d’autres. L’inspiration c’est une étincelle qui surgit tout à coup et qui, je suppose, est alimentée par tout ce que tu vois, lis, écoutes et rêves sans que tu t’en aperçoives vraiment.

    Il y a beaucoup de très jolies filles court-vêtues dans vos vidéos… Ce sont des amies à vous ?

    Certaines oui, d’autres non.

    L’érotisation extrême de la femme et le fétichisme sont des éléments centraux dans vos clips. Vous ne craignez pas que ce soit perçu comme une vision un peu sexiste ?

    Sexisme est un terme péjoratif qui implique la discrimination, le mépris et le manque de respect. Exprimer une attirance n’a rien à voir avec tout ça. Ce qui serait sexiste ce serait de sous-payer ou de mépriser les femmes que nous filmons. Mais nous ne faisons pas ça du tout.
    Il y a une pulsion érotique vers la femme dans nos esprits, c’est sûr, mais ça fait partie de la même fascination que nous inspire la nature, l’habileté, la danse, la rapidité, l’éclat, l’intensité, l’humour absurde, le mystère, le danger ou la précision. Intellectuellement, la fascination pour les hanches d’une femme devrait se rapprocher de l’attraction que l’on peut ressentir pour l’or, la texture photographique ou les batailles navales. C’est en cela que consiste le fétichisme. Nous ne considérons pas que ce que nous faisons soit sarcastique ou humiliant, nous recherchons précisément le contraire.

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